Art & Culture
"Folcoche", l'enquête qui réhabilite la méchante mère du roman français "Vipère au poing"
26/09/2025 - 10:18
AFP
Elle a fait frémir des générations de jeunes lecteurs dans le monde entier, mais Folcoche était-elle l'affreuse mère dépeinte dans le roman "Vipère au poing" ? Non, selon un livre-enquête qui brise la légende machiavélique et pointe un désir de vengeance de son créateur, l'écrivain français Hervé Bazin.
"Tout est fascinant dans cette histoire!", explique à l'AFP Emilie Lanez, l'autrice de "Folcoche", qui sort le 1er octobre en France chez Grasset.
Lorsqu'il est publié, en 1948, "Vipère au poing" connaît "un succès populaire retentissant". Il est traduit en une trentaine de langues, s'est vendu à ce jour à plus de cinq millions d'exemplaires et a fait l'objet de deux adaptations cinématographiques.
L'ouvrage devient un "classique", étudié par des générations d'élèves au collège.
Dans son récit, la journaliste de l'hebdomadaire L'Express redonne vie à l'une des figures féminines les plus détestées de la littérature française. Une héroïne malgré elle passée à la postérité par son seul surnom, l'infamant Folcoche, contraction de "folle" et de "cochonne", qui désigne aussi une truie dévorant ses petits.
"Vipère au poing" en dresse un portrait dévastateur: cette mère "ogresse" prive ses trois fils "de chauffage, d'oreiller, de beurre, de lait, de viande, de chaussures, de pantalons...". Pire, "elle les rase, les bat, les fouette, les gifle, les pince, les surveille et les confesse en public", énumère Emilie Lanez.
Dans ce livre, présenté comme autobiographique, Hervé Bazin raconte comment son double, le brave rebelle Brasse-Bouillon, tient tête à cette mère tyrannique pour s'en libérer.
"matricide littéraire"
Mais, pour Emilie Lanez, ce livre "n'a rien du cri libérateur d'un adolescent". Il est au contraire "le plus célèbre matricide littéraire qui, depuis sa parution, berne toutes les générations de lecteurs".
La journaliste est arrivée à ce constat en recueillant des témoignages de proches et en plongeant dans les archives de la famille de l'écrivain, décédé en 1996, et dans celles de la préfecture de police de Paris.
Cette masse de documents dressent le portrait d'un Hervé Bazin qui, jeune, a "vécu une vie de bamboche, de délinquance et de folie". Avec, à la clé, de multiples séjours en hôpital psychiatrique et en prison.
Désemparée par ce fils "mythomane et kleptomane", sa mère fait tout, "avec maladresse et rudesse parfois", pour le sauver. Sans résultat. De dépit, sa famille le prive d'héritage, ce qui met le jeune homme dans une colère noire.
Il écrit alors "Vipère au poing": "J'ai besoin d'un peu de scandale pour hausser la voix (...) Je me marre à l'idée de gagner de l'argent sur le dos de ma mère", écrit-il à l'un de ses frères.
Le livre et son succès changent sa vie. "Il écrit, donc il n'a plus besoin de voler", résume Emilie Lanez.
Hervé Bazin, reconnaissable à sa coupe au bol, devient un pilier du tout Paris littéraire, qui laisse de côté son passé sulfureux. Ses livres se vendent bien et il assoit son influence en présidant le Prix Goncourt pendant plus de 20 ans.
Sa mère Paule, elle, devient Folcoche aux yeux de tous. Jusqu'à sa mort en 1960, sans se révolter, "elle accepte d'être le monstre que son fils a fait d'elle par l'écriture, de devenir un personnage fictif pour le laisser triompher", raconte Emilie Lanez.
"C'est l'histoire d'un amour impossible entre une mère et un fils".
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