Société
Journée mondiale de l’alimentation: les spécialistes tirent la sonnette d’alarme sur la malnutrition
16/10/2024 - 23:11
Khaoula Benhaddou
A l’ère de la surconsommation, des fastfoods et du gaspillage alimentaire, les consommateurs souffrent de malnutrition. Ce phénomène contradictoire inquiète les spécialistes qui rappellent sans cesse l’importance de manger équilibré et de pratiquer une activité physique régulière.
Depuis des années, le régime alimentaire des Marocains a changé d’une manière remarquable. Les tagines, les soupes et les salades ont été petit à petit remplacé par les fastfoods, les aliments transformés et les plats riches en sucre et en gras.
Le déjeuner en famille au tour d’un bon plat équilibré a laissé place au lynch box et aux repas congelés.
Surconsommation/malnutrition: le revers de la médaille
Si la taille des portions a augmenté, la consommation des fruits, légumes et aliments riches en fibres a remarquablement diminué. Un phénomène qui n’est pas sans risque sur la santé des consommateurs.
Ce changement d’habitudes alimentaires a causé la malnutrition sous ses deux aspects comme l’explique Pr El Bour Abdellatif, Président de la Société Marocaine de Nutrition et spécialiste en nutrition et en micro-nutrition; "la malnutrition englobe deux aspects. Le premier aspect c'est la sous-nutrition, on parle de malnutrition par carence. Et le deuxième c'est la surcharge, c'est-à-dire, il y a l'abondance alimentaire et la densité énergétique apportée par ce qu'on mange comme par exemple dans les hamburgers. Ce sont des aliments qui apportent beaucoup d'énergie mais qui n'apportent pas de vitamines. On parle de calories vides, puisqu’il n'y a pas de qualité nutritionnelle".
Comme plusieurs pays dans le monde, le Maroc est touché par la malnutrition comme l’explique le spécialiste; "au Maroc, comme des autres pays voisins, on parle de double charge de malnutrition. C’est-à-dire que la même personne peut être carencée en vitamine et obèse. Ce phénomène peut être individuel comme il peut être familial, voire communautaire". Et de poursuivre "nous pouvons trouver dans la même famille une personne obèse, une autre maigre. On trouve également des enfants qui souffrent de problèmes de croissances."
Transition nutritionnelle
Pour Pr El Bour, le Maroc passe par une période appelée transition nutritionnelle; "Il y a 40 ou 50 ans, il y avait la pauvreté, les gens avaient faim et ne trouvaient pas de quoi manger. Il y avait également des maladies infectieuses qu’on a attaquées par des programmes élargis de vaccination. Aujourd’hui, on trouve d'autres maladies. Il s’agit de maladies des pays riches, notamment le diabète type 2, l’hypercholestérolémie et les maladies cardiaques."
Et de poursuivre "dans le passé, le consommateur marocain souffrait d'un seul type de malnutrition, notamment celle par carence. Cela se poursuit toujours parce que même les personnes qui n’ont pas beaucoup d’argent mangent à l’extérieur et consomment des produits moins chers qui n’apportent aucune valeur nutritionnelle. Donc, maintenant le consommateur souffre des deux types, il cumule la malnutrition par carence et la malnutrition par surcharge."
Ce phénomène s’explique par le spécialiste par la transition économique que vit le Royaume depuis quelques années; "ces deux types de transition vont de pair avec la transition économique. Le Maroc devient de plus en plus riche sur le plan économique, et donc ceci s'accompagne de l'abondance alimentaire mais aussi l'inactivité physique parce qu’on utilise des moyens de transport comme la voiture, la moto… sans oublier l’usage excessif des écrans pour les enfants et pour les adultes."
Signes de malnutrition
Fatigue, douleurs articulaires, pâleur… sont entre autres les signes de la malnutrition comme l’explique Pr El Bour; "en cas de malnutrition, la fatigue se manifeste souvent. Les personnes qui souffrent de carences en vitamines ou en fer sont souvent pales. On trouve également des signes comme les douleurs articulaire, les céphalées, les maux de tête. Et quand on est une surcharge, il y a souvent une inflammation et les cellules du corps aiment ça pour se nourrir et devenir cancéreuses."
Comment faire face à la malnutrition ?
Comme tous les spécialistes, Pr El Bour ne rate pas l’occasion pour rappeler la nécessité d’adopter un bon mode de vie; "pour faire face à la malnutrition, il faut sensibiliser le consommateur à consommer des fruits et des légumes et à les bien choisir. Il faut opter pour des produits de saisons. Même chose pour la viande, il faut prendre des quantités précises et ne pas dépasser les limites". Et de poursuivre "je conseille également de pratiquer une activité physique, d’avoir un sommeil réparateur et surtout de s’hydrater. J’ai fait des enquêtes sur le terrain, surtout dans le monde rural, où j'ai trouvé que beaucoup de personnes sont déshydratées et souffrent des maux de tête et de courbatures. Donc pour éviter la malnutrition, il faut manger équilibré, pratiquer une activité sportive régulière et boire suffisamment d’eau."
Pour rappel, au Maroc, 20% des citoyens sont obèses (29% des femmes et 11% des hommes), et le tiers de la population souffre de surpoids. Le taux d'obésité au Maroc est passé de 13,2% à 20% entre 2000 et 2017, soit une augmentation de 7%.
L’obésité est considérée également au Royaume comme le 3e facteur de risque ayant provoqué plus de morts en 2019.
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