Sport
Nasser Larguet à SNRTnews: "Face à la Norvège, le Maroc a trouvé des certitudes avant d'affronter le Brésil"
09/06/2026 - 10:12
Amine Oubaha
Le résultat importe peu, les enseignements beaucoup plus. Accroché par la Norvège (1-1) lors de son dernier match de préparation, le Maroc a montré deux visages à quelques jours du Mondial 2026.
Si la première période a conforté les ambitions des Lions de l’Atlas, la seconde a mis en lumière certains ajustements encore nécessaires. Pour SNRTnews, Nasser Larguet analyse les forces, les limites et les perspectives de la sélection nationale avant le grand rendez-vous.
SNRTnews: Quel regard portez-vous sur la performance globale du Maroc face à la Norvège ?
Nasser Larguet: C'est une performance à lire en deux temps, et c'est précisément ce qui la rend instructive. En première période, avec son équipe de référence, le Maroc a livré un match de très grande qualité face à une Norvège alignée quasiment au complet, avec Haaland, Ødegaard, Sørloth et Nusa, c'est-à-dire le visage que les Scandinaves présenteront au Mondial.
Les Lions de l'Atlas ont installé un bloc haut, agressé le porteur du ballon dès la relance adverse et étouffé une sélection qui n'a jamais réussi à entrer sereinement dans son match. L'ouverture du score de Brahim Díaz, dès la 7e minute, n'est pas le fruit du hasard: elle est née directement de ce pressing coordonné et d'une transition rapide.
Jusqu'à la pause, on a vu une équipe qui maîtrisait son sujet, se créait des occasions franches et aurait même dû faire le break avant la mi-temps. La bascule s'est opérée ensuite et s'explique par deux facteurs distincts. D'abord, les blessures, avec les sorties de Mazraoui puis, plus inquiétante encore, celle d'Ezzalzouli, qui ont perturbé l'équilibre initial de l'équipe.
Ensuite, et surtout, la vague de changements opérée à l'heure de jeu. C'est le propre d'un match de préparation: le sélectionneur a fait tourner son effectif pour observer différentes options. Mais le rythme est retombé, les automatismes se sont délités et la Norvège a logiquement profité de cette baisse de régime pour égaliser par Ødegaard à la 75e minute.
En résumé, le Maroc a affiché un contenu de premier ordre avec son onze type, tout en révélant un point de vigilance concernant sa capacité à maintenir ce niveau sur 90 minutes lorsque la profondeur de banc est sollicitée.
Le score nul ne doit pas masquer la hiérarchie observée sur le terrain.
Quels ont été les principaux points forts affichés par les Lions de l'Atlas lors de cette préparation pour le Mondial?
Le premier point fort, c'est l'identité de jeu. Sous la direction de Mohamed Ouahbi, on voit une équipe plus proactive, qui assume l'initiative et le pressing haut plutôt que de se contenter de défendre en bloc avant de procéder en transition.
C'est un véritable marqueur. Face à la Norvège, ce pressing a été à la fois intense et parfaitement organisé, et il a directement conduit au but marocain.
Dans un travail de préparation, voir un principe de jeu se traduire concrètement par une occasion puis une réalisation est exactement ce que l'on recherche.
Le deuxième point fort réside dans la richesse du secteur offensif et la qualité technique entre les lignes. L'animation autour de Saibari, utilisé en faux numéro neuf, avec le soutien de Brahim Díaz et d'Ezzalzouli, a constamment créé du surnombre et de l'incertitude dans la défense norvégienne.
Le Maroc a tenté treize tirs, dont cinq cadrés, un volume révélateur de sa capacité à se procurer des occasions face à une opposition de très haut niveau.
Le troisième élément positif est l'émergence de la jeunesse au milieu de terrain. La titularisation d'Ayyoub Bouaddi aux côtés d'El Aynaoui et d'Ounahi constitue un signal fort. Intégrer un jeune joueur dans un match d'une telle intensité et le voir répondre présent est le fruit d'un véritable travail de formation. Or, la profondeur générationnelle sera décisive dans une compétition longue comme une Coupe du monde.
J'ajouterais également le leadership d'Achraf Hakimi, en tant que capitaine, ainsi que la sérénité de Bounou, auteur d'un arrêt décisif à la 50e minute qui a longtemps permis au Maroc de préserver son avantage.
Le Maroc possède-t-il les armes pour rivaliser avec le Brésil dès son entrée en lice ?
Oui, sans naïveté, le Maroc dispose d'arguments solides. La première mi-temps face à la Norvège l'a démontré : lorsque cette équipe presse haut, occupe intelligemment les intervalles et joue rapidement vers l'avant, elle est capable de mettre n'importe quel adversaire en difficulté.
Face au Brésil, trois armes me semblent particulièrement transposables : la vitesse et la capacité de projection d'Hakimi dans son couloir, la qualité technique d'un milieu capable de conserver le ballon et de casser les lignes, ainsi que la présence d'un gardien de classe mondiale comme Bounou, capable de faire basculer les moments clés d'un match.
Sans oublier l'expérience accumulée par cette génération. Au Qatar, elle a appris qu'elle pouvait éliminer des sélections majeures comme l'Espagne ou le Portugal. Ce vécu constitue un atout précieux dans les grands rendez-vous.
Cela dit, rivaliser pendant 90 minutes avec la Seleção exige de corriger ce que la seconde période contre la Norvège a révélé. Il faudra d'abord mieux gérer les temps faibles. Le Brésil, contrairement à la Norvège, possède la qualité individuelle nécessaire pour sanctionner immédiatement la moindre baisse d'intensité.
Il faudra ensuite maintenir une discipline défensive irréprochable tout au long du match, en conservant un bloc compact sans renoncer à l'ambition de jeu.
Enfin, la profondeur de banc sera déterminante. Les remplacements devront permettre de maintenir le niveau de performance et non de le faire diminuer.
Si ces trois paramètres sont maîtrisés, et le travail de la semaine doit précisément servir à cela, le Maroc a clairement les moyens de rivaliser et de jouer pleinement ses chances face au Brésil.
À six jours du début de la Coupe du monde, ce match face à la Norvège vous rend-il optimiste pour le parcours du Maroc? Pourquoi?
Oui, je suis optimiste, mais d'un optimisme lucide. La principale raison tient à ce que nous avons vu en première période. Le niveau de jeu, l'intensité et la qualité technique affichés face à une équipe que la France retrouvera au premier tour constituent des indicateurs très encourageants.
Lorsqu'une équipe est capable de produire un tel football contre une opposition de ce niveau, cela signifie qu'elle possède un fond de jeu solide et une identité clairement définie. C'est le socle de tout parcours réussi.
Mon optimisme reste néanmoins accompagné de deux points de vigilance, qui relèvent davantage de chantiers à finaliser que de véritables inquiétudes.
Le premier concerne l'état physique du groupe. Le suivi des blessures de Mazraoui et d'Ezzalzouli sera déterminant, car une Coupe du monde se gagne aussi grâce à la fraîcheur et à la disponibilité de l'effectif.
Le second concerne la capacité de l'équipe à terminer les matches avec la même intensité qu'elle les commence. C'est probablement la principale marge de progression révélée par cette rencontre.
À ce stade de la préparation, les principes de jeu sont en place. L'accent doit désormais être mis sur la cohésion collective, la gestion physique des joueurs et la confiance. Un match de préparation n'a pas vocation à fournir un résultat à tout prix. Il sert avant tout à identifier ce qu'il reste à ajuster.
De ce point de vue, le nul face à la Norvège est presque idéal : il valide l'essentiel tout en rappelant, sans la sanction d'une défaite, les aspects à perfectionner avant l'entrée en lice. Avec un tel contenu et une génération arrivée à maturité, il existe de solides raisons d'aborder cette Coupe du monde avec ambition.
Articles en relations
Sport
Sport
Sport
Sport