Société
CESE: plus de la moitié des personnes âgées au Maroc n’ont pas de revenu stable
01/10/2025 - 12:54
Youness Oubaali | Khaoula Benhaddou
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a organisé, ce mercredi 1er octobre, une rencontre sur l’inclusion socio-économique des personnes âgées.
L’événement a été l’occasion de mettre en lumière la situation préoccupante de cette catégorie sociale, notamment sur les plans social, sanitaire et psychologique.
À cette occasion, le CESE a préconisé une accélération de la mise en œuvre du Plan d’action national pour la promotion du vieillissement actif, ainsi que l’adoption d’une loi-cadre relative aux personnes âgées.
Présenté par le président du CESE, Abdelkader Amara, le rapport annuel du Conseil au titre de l’année 2024, intitulé "Intégration socio-économique des personnes âgées (PA) au Maroc : pour mieux se préparer à s’adapter au vieillissement démographique rapide" , met en lumière la situation de ces personnes dans le Royaume.
Cet événement, qui coïncide avec la Journée internationale des personnes âgées célébrée chaque 1er octobre, a également permis de rappeler le rôle primordial de cette tranche d’âge comme capital humain productif et acteur de développement.
Vieillissement de la population
Dans son allocution d’ouverture, Abdelkader Amara a insisté sur le contexte marqué par l’accélération du vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie, tels que mis en évidence par le Recensement général de la population et de l’habitat de 2024.
Il a rappelé que la proportion de personnes âgées de 60 ans ou plus est passée de 9,4 % en 2014 à 13,8 % en 2024, soit plus de 5 millions de personnes. Parmi elles, 58,6 % sont âgées de 60 à 69 ans, tandis que 41,4 % ont 70 ans ou plus.
Le responsable a précisé que cette population est hétérogène : certains jouissent d’une autonomie et d’une capacité d’épargne, contribuant activement à la vie socio-économique, tandis que d’autres, en raison de l’âge, de la maladie ou du handicap, nécessitent une prise en charge plus personnalisée.
Renforcer la contribution des seniors au développement
Le CESE observe, dans son rapport, que les politiques actuelles considèrent souvent les personnes âgées comme un groupe homogène et "vulnérable", nécessitant surtout un soutien social. Or, cette population est très diversifiée en termes de profils, de besoins et d’expériences de vie.
"Ces évolutions posent de nouveaux défis aux politiques publiques et requièrent une approche renouvelée, qui considère les personnes âgées comme un capital humain productif, et non uniquement comme des individus nécessitant soins et prise en charge", a souligné Abdelkader Amara.
Une vision réductrice du vieillissement
Le président du CESE a regretté que l’approche dominante reste centrée sur la dépendance des personnes âgées, en négligeant leurs compétences, leur expérience et leur potentiel d’action dans la société. Pourtant, ils peuvent contribuer par la transmission de savoirs, le mentorat, le bénévolat, la solidarité locale, ou encore grâce à leur pouvoir d’épargne et de consommation.
Le Conseil souligne également que l’économie liée aux besoins des seniors (silver economy) constitue un secteur prometteur : créateur d’emplois, moteur de diversification économique et levier de développement.
De son côté, Abdelmaksoud Rachdi, membre du CESE et rapporteur de la thématique, a mis en avant la nécessité d’accélérer la mise en œuvre du Plan d’action national pour la promotion du vieillissement actif 2023-2030, en veillant à la cohérence entre ses axes, ses mesures et ses programmes.
Il a rappelé que le Conseil préconise l’adoption d’une loi-cadre définissant les objectifs, les orientations et les engagements fondamentaux de l’action publique en matière d’intégration socio-économique des personnes âgées.
Il a également souligné que l’inclusion socio-économique de cette catégorie ne relève pas uniquement d’un impératif de justice sociale et d’effectivité des droits, mais constitue aussi une véritable opportunité stratégique pour renforcer le développement durable du pays.
Freins à l’intégration sociale et économique des personnes âgées
Selon le rapport du CESE, les personnes âgées font face à de nombreux obstacles. Ainsi, 52,4% ne bénéficient d’aucun revenu régulier. Parmi celles qui en perçoivent un, seulement 49,2% touchent une pension de retraite.
Le taux d’analphabétisme reste particulièrement élevé: 71,6% chez les 60 ans et plus. Le rapport alerte également sur l’isolement psychologique, l’exposition à la violence, le manque d’infrastructures adaptées, ainsi que la rareté d’offres culturelles, sportives et récréatives adaptées à leurs besoins.
Par ailleurs, seules 72 structures d’accueil pour personnes âgées sont recensées au niveau national, alors que les besoins sont croissants. Ces établissements dépendent en grande partie de dons, faute d’une aide publique suffisante, et souffrent souvent d’un manque de personnel qualifié et de gouvernance adaptée.
Concernant l’accès aux soins, le rapport indique que seuls deux hôpitaux publics sont spécifiquement dédiés aux personnes âgées, tous deux situés dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Les services de soins à domicile, quant à eux, restent quasi inexistants.
Recommandations phares du CESE
Le rapport propose une série de mesures structurantes, parmi lesquelles :
Soutien immédiat : revalorisation des pensions de retraite, adaptation de l’Assurance maladie obligatoire aux besoins spécifiques des seniors, notamment via le développement des soins à domicile et l’accompagnement par des aides-soignants qualifiés.
Renforcement de l’inclusion socio-économique : faciliter l’accès au marché du travail grâce à des dispositifs adaptés, introduire des modalités de travail flexibles, permettre le cumul partiel ou total d’un revenu d’activité avec la pension, et accorder des incitations fiscales aux entreprises employant des seniors.
Promotion de l’entrepreneuriat et du transfert de compétences : accompagner les initiatives entrepreneuriales individuelles, faciliter l’accès au financement, et valoriser le savoir-faire, y compris celui des Marocains résidant à l’étranger, via une plateforme nationale de réseautage professionnel.
Développement d’une silver economy structurée : inspirée des meilleures pratiques internationales, cette approche viserait à transformer le vieillissement démographique en levier de création de valeur sociale et économique, en articulant besoins de consommation et offre territoriale de services adaptés.
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