Art & Culture
Cinéma :"The Wound", un long métrage qui met à nu les blessures invisibles de la société
09/01/2026 - 22:43
SNRTnewsÀ partir du 14 janvier 2026, les salles obscures marocaines accueilleront The Wound, le premier long métrage de Seloua El Gouni, une œuvre sensible qui ausculte, sans détour ni complaisance, les tensions entre désir d’émancipation, héritage familial et normes sociales dans le Maroc d’aujourd’hui.
Au cœur du film, Leila, une jeune femme d’une vingtaine d’années, aspire à choisir sa propre vie, loin des trajectoires tracées pour elle. Mais face à elle se dressent le poids des traditions, le regard des autres et les attentes d’une famille partagée entre amour, protection et conformité.
Son père, Driss, figure d’autorité imprégnée de valeurs conservatrices, et sa mère, Fatima, dans une posture plus nuancée de transmission et d’accompagnement, incarnent cette fracture générationnelle où s’entrechoquent attachement et contrôle. À travers cette cellule familiale, The Wound met en scène une société entière, traversée par des contradictions profondes.
La "blessure" dont parle le film n’est jamais seulement physique. Elle est morale, sociale, intime. Seloua El Gouni filme les silences, les regards fuyants, les gestes retenus avec une précision presque chirurgicale, donnant à voir ce que les mots peinent souvent à dire. Son cinéma refuse le manichéisme et la démonstration : il observe, il suggère, il laisse au spectateur l’espace de ressentir et de réfléchir.
Porté par un casting remarquable, le film doit beaucoup à l’interprétation d’Oumaima Barid, bouleversante dans le rôle de Leila, tout en retenue et en intensité.
Amal Ayouch offre à Fatima une profondeur sensible, tandis que Mansour Badri, récemment récompensé au Bridges International Film Festival, prête à Driss une épaisseur tragique, entre rigidité et vulnérabilité. Autour d’eux, Brice Bexter, Soraya Azzabi, Abdelhak Saleh et Sami Fekkak composent une galerie de personnages révélatrice d’une société en pleine mutation.
Visuellement, The Wound se distingue par la photographie de Travis Tips, doublement primé aux Emmy Awards. Son travail sur la lumière et les cadres crée une atmosphère immersive, où l’intime dialogue en permanence avec l’espace social, renforçant la tension dramatique et la poésie du récit.
Côté écriture et production, Seloua El Gouni s’est entourée de Brice Bexter El Glaoui, Brian Bexter El Glaoui et Taha Benghalem, qui ont façonné un scénario à la fois ancré dans une réalité marocaine précise et ouvert à une portée universelle. Le film, déjà salué dans plusieurs festivals internationaux d’Athènes à Beyrouth, de Malte à Casablanca, a notamment remporté le Prix du Meilleur Premier Long Métrage à l’Athens International Art Film Festival, confirmant l’écho de son propos au-delà des frontières.
Pour Seloua El Gouni, The Wound est né d’un “sentiment de responsabilité” : celui de donner une voix à des femmes dont les histoires restent trop souvent tues. Le personnage de Leila, inspiré d’un court-métrage initial, s’est imposé comme une figure universelle, reflet de dilemmes vécus par de nombreuses femmes marocaines. La réalisatrice revendique une approche profondément collaborative, où les actrices ont pu nourrir leurs personnages de leur propre sensibilité, dans un espace de confiance rare sur les plateaux.
De son côté, le producteur Taha Benghalem voit dans The Wound l’acte fondateur d’un cinéma marocain nouveau, exigeant et affranchi des schémas faciles. Avec Pink Sheep Productions, il entend soutenir des récits “nécessaires”, capables de dialoguer avec les standards internationaux tout en restant profondément enracinés dans la réalité locale.
Avec The Wound, Seloua El Gouni signe ainsi bien plus qu’un premier film : une œuvre qui ose regarder en face les blessures que la société inflige, et qui invite, sans jamais imposer, à une réflexion intime et collective. Un cinéma de silences et de regards, qui continue de résonner longtemps après la fin de la projection.
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