Société
La hausse des prix dans les cafés pendant les matchs du Maroc suscite la grogne des consommateurs
18/06/2026 - 12:40
Morad Karakhi
Les augmentations tarifaires appliquées par certains cafés à l'occasion des matchs de l'équipe nationale marocaine lors de la Coupe du monde 2026 ont provoqué une vague de mécontentement parmi les clients. Ces derniers considèrent cette démarche comme une exploitation de l'engouement massif pour le suivi des matchs des « Lions de l'Atlas » dans les espaces publics.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont largement relayé des annonces de certains établissements imposant des tarifs exceptionnels sur les boissons durant les matchs de l'équipe nationale, ouvrant ainsi un vaste débat sur la légitimité de ces hausses et leur impact sur le pouvoir d'achat des consommateurs.
Certains professionnels justifient toutefois ces augmentations par la hausse des coûts d'exploitation pendant les rencontres, notamment celles qui se prolongent tard dans la nuit. Ils évoquent également les indemnités supplémentaires versées au personnel ainsi que le coût élevé des abonnements aux chaînes diffusant la Coupe du monde.
Une pratique rejetée
Dans ce contexte, Noureddine El Harrak, président de l'Association nationale des propriétaires de cafés, restaurants et unités touristiques, a affirmé à SNRTnews son opposition à toute hausse exceptionnelle des prix liée aux matchs de la Coupe du monde.
Il a indiqué que les instances professionnelles avaient appelé les propriétaires à maintenir les tarifs habituels et à ne pas profiter de cet événement sportif pour augmenter les prix. Selon lui, l'ambiance du Mondial doit être une occasion de joie et de célébration collective, et non une source de mécontentement pour les clients.
Il a ajouté que les cas enregistrés restent isolés, mais qu'ils ternissent l'image du secteur et affectent sa réputation auprès des citoyens. Il a également expliqué que la hausse du coût des matières premières ne saurait justifier des augmentations conjoncturelles uniquement liées aux matchs de l'équipe nationale.
Le même intervenant a précisé que les prix de plusieurs produits de base essentiels au secteur, le café en tête, ont connu des hausses successives ces dernières années. Toutefois, la gestion de ces coûts doit s'inscrire dans le cadre de la gestion ordinaire de l'entreprise et non par l'imposition de hausses liées à un événement sportif précis.
Noureddine El Harrak a par ailleurs révélé que des représentants du secteur ont récemment tenu des réunions avec le Conseil de la concurrence afin d'examiner les difficultés auxquelles sont confrontés les cafés. Il a indiqué que l'institution envisage de mener une étude de terrain pour dresser un état des lieux du secteur et identifier les principaux obstacles à son développement.
Le consommateur au cœur de l'équation
De son côté, Bouazza Kharrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur, a expliqué à SNRTnews que la loi n°104.12 relative à la liberté des prix et de la concurrence consacre le principe de la liberté tarifaire, permettant ainsi aux propriétaires de cafés de fixer les prix qu'ils jugent appropriés à leur activité commerciale.
Il a toutefois insisté sur le fait que cette liberté est conditionnée par l'obligation d'afficher clairement les tarifs et de permettre au consommateur d'en prendre connaissance avant toute consommation, afin que sa décision soit prise en toute connaissance de cause.
En revanche, il a rappelé que la loi interdit explicitement certaines pratiques auxquelles peuvent recourir certains établissements, comme l'imposition d'un montant minimum de consommation ou l'obligation pour le client de commander des produits supplémentaires en plus de sa boisson. Selon lui, ces pratiques relèvent de ce que la législation qualifie de « vente subordonnée ».
Il a ajouté que le consommateur conserve le dernier mot face aux prix élevés, en choisissant les établissements qu'il fréquente et en boycottant ceux qui adoptent des tarifs qu'il juge inappropriés, ce qui est de nature à contribuer à la régulation du marché selon les règles de l'offre et de la demande.
Bouazza Kharrati estime ainsi que le comportement du consommateur constitue un levier essentiel pour corriger les déséquilibres du marché dans un système fondé sur la liberté des prix. Le maintien de la fréquentation des établissements pratiquant des tarifs excessifs encourage, selon lui, la répétition de telles pratiques, tandis qu'une baisse de leur clientèle peut inciter leurs propriétaires à revoir leur politique commerciale.
Il a enfin souligné que la connaissance par les consommateurs de leurs droits, leur capacité à comparer les prix et à effectuer des choix d'achat responsables figurent parmi les principaux facteurs permettant de préserver l'équilibre entre les intérêts des professionnels et la protection du pouvoir d'achat des citoyens.
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