Economie
Défis climatiques: le Maroc mise sur la souveraineté alimentaire durable
28/04/2023 - 12:58
Ouiam Faraj | Sami Nouaim
Le Maroc se concentre sur la réalisation de sa souveraineté alimentaire durable qui dépasse la simple idée de sécurité alimentaire, visant à fournir des produits alimentaires à l'ensemble de la société. Il s'agit plutôt de prendre des mesures visant à soutenir la production locale et à valoriser les ressources halieutiques et agricoles du royaume. Cependant, cette voie n'est pas exempte de défis, en particulier les changements climatiques qui ont causé des années de sécheresse et de rareté d'eau.
Le Salon international de l'agriculture de Meknès 2023 (Siam), qui fait son grand retour cette année du 2 au 7 mai après une absence de trois ans, a pour thème la souveraineté alimentaire et sa durabilité dans la stratégie agricole de la nouvelle "Génération Green".
Il est attendu que le salon cherche à orienter la politique agricole vers la réalisation de l'objectif de la souveraineté alimentaire, dont l'importance a été mise en évidence dans le contexte des problèmes économiques découlant de la crise sanitaire, de la sécheresse et des conséquences de la guerre en Ukraine.
Il est également prévu que l'objectif de la souveraineté alimentaire soit au cœur des accords de programmes attendus à l'occasion du salon, et que le programme scientifique de l'événement accorde une place importante aux discussions sur les questions liées à la réalisation de cet objectif. Le thème de la souveraineté alimentaire sera abordé dans le contexte de la gestion de l'eau, sachant que le rapport publié par la Banque mondiale, jeudi 27 avril 2023, sur "L'économie de la rareté de l'eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord" confirme que la moyenne de la part annuelle de chaque individu en matière de ressources en eau disponible dans la région baissera en dessous de la limite absolue de rareté d'eau de 500 mètres cubes par personne et par an.
Le Siam se concentrera aussi sur les défis de la gestion de l'eau d'irrigation, l'impact des changements climatiques sur l'agriculture, la résilience et la durabilité des activités de production, ainsi que sur la valorisation et la modernisation des chaînes de valeur agricoles grâce à la distribution.
Rareté et consommation
Dans ce contexte, Larbi Zagdouni, expert en économie agricole et en développement rural, considère que les principaux défis auxquels le Royaume fait face dans sa quête de souveraineté alimentaire sont principalement liés aux fluctuations climatiques et à la rareté de l'eau. Pour lui, le manque de précipitations pluviales et neigeuses entrave la croissance de plusieurs types de cultures, d'autant plus que le climat du Maroc est considéré comme sec à semi-aride à 90%.
Dans une déclaration à SNRTnews, Zagdouni explique que les choix politiques en matière agricole ont également accéléré le problème de rareté de l'eau, "en ne prenant pas en compte une vision prospective pour assurer les ressources en eau, alors que la demande en eau potable augmente en raison de la croissance démographique et économique du Maroc".
L’ancien professeur à l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II compare les années de sécheresse qu'a connues le Maroc au début des années 1980 avec les quatre dernières années. Selon Zagdouni, ces dernières sont plus dangereuses en raison de la baisse spectaculaire du taux de remplissage des barrages ainsi que l'épuisement des nappes phréatiques. Contrairement à ces dernières années, la sécheresse des années 1980 était caractérisée par la conservation des nappes phréatiques malgré la baisse des niveaux des barrages.
Zagdouni affirme que cet épuisement résulte de "choix politiques mal avisés, avec de forts signes de fluctuations climatiques, de faibles précipitations et de températures élevées", soulignant que ces données n'ont pas été prises en compte de manière significative depuis 2008.
Par ailleurs, l'ancien universitaire confirme que le mode de consommation individuel constitue également un défi majeur pour atteindre la souveraineté alimentaire, mettant la lumière sur la consommation annuelle de sucre par habitant au Maroc qui est deux fois plus supérieure à la moyenne mondiale. Zagdouni souligne l'importance de sensibiliser le consommateur marocain à l'économie relative à la consommation de sucre.
Définir les priorités
Concernant les mesures les plus importantes à prendre pour renforcer la souveraineté alimentaire du royaume, Zagdouni a souligné que le Roi Mohammed VI avait été clair dans son appel à la formulation de toutes les politiques sectorielles à la lumière de la situation hydrique au Maroc, lors de l'ouverture de la session législative du Parlement, qui a abordé deux axes principaux, à savoir l'eau et l'investissement.
Dans ce contexte, Zagdouni a mis en avant la nécessité de revoir les choix politiques sectoriels en commençant par le secteur agricole en raison de son importance dans la consommation d'eau.
Il a aussi insisté sur la nécessité de déterminer quel modèle doit être adopté pour réaliser cette souveraineté alimentaire. "Doit-on continuer à exporter ou donner la priorité aux besoins du marché intérieur en matière de produits de base?", se demande-t-il.
Il a expliqué l'importance de la formulation d'une politique à long terme, à partir d'aujourd'hui, pour travailler à changer le modèle de consommation marocain et adopter un autre modèle de consommation adapté aux caractéristiques de la prochaine génération.
Dans ce sens, le gouvernement a récemment confirmé son intention de créer un équilibre entre l'exportation et l’approvisionnement du marché national. Le ministre de l'Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural, de l'eau et des forêts, Mohamed Sadiki, a expliqué que l'objectif est de réaliser la souveraineté alimentaire en réglementant la production nationale (baisser l'utilisation de médicaments, baisser la consommation d'eau, choix des cultures, etc.), en plus de contrôler les importations, de disposer de capacités de stockage.
Il considère également que les défis actuels sont liés aux canaux de commercialisation et de distribution, soulignant que ces défis sont la responsabilité de tous les secteurs.
Le modèle des grains en exemple
Le président de l'Association marocaine de développement agricole de la région de Casablanca-Settat, El Fatmi Bourkizia, estime que les questions actuellement posées concernent l'orientation du gouvernement dans ce contexte de changements climatiques. Ce dernier se demande si le gouvernement travaillera à atteindre l'autosuffisance progressive dans certains types et chaînes agricoles, ainsi que sur les mécanismes qui peuvent être utilisés pour atteindre cette autosuffisance.
Dans une déclaration à SNRTnews, Bourkizia indique que la rareté de l'eau est le principal problème auquel le Royaume est confronté dans la réalisation de la sécurité alimentaire.
"En ce qui concerne la production céréalière, une baisse significative de la récolte a été enregistrée après que le processus de germination se soit déroulé avec succès grâce aux précipitations pluvieuses qui ont coïncidé avec le début de l'année en cours". Selon la même source, le manque de pluies printanières a entraîné une pénurie effrayante qui, dans certaines régions, a atteint entre 90 et 100%.
Bourkizia estime donc que l'atteinte de l'autosuffisance en grains nécessite un travail sur l'intégration de certaines régions "pauvres" et leur transformation en zones irriguées, dans le cadre de l'irrigation de complément, soulignant que ce type d'irrigation ne nécessite pas beaucoup d'eau et donne de bons résultats.
Encourager la recherche agricole
Pour les légumes, la même chose s'applique, ajoute Bourkizia, "il faut travailler sur le mécanisme du cycle de l'eau pour éviter de réduire la superficie cultivée", soulignant que la réduction de cette superficie, ainsi que les coûts des intrants agricoles, ont clairement affecté la production agricole et la rentabilité.
Il a également assuré que l'encouragement de la recherche scientifique dans le domaine agricole contribuera à réaliser la sécurité alimentaire souhaitée en créant une banque de semences spéciale pour le Maroc dont le but est de réduire les importations.
Parallèlement, nombre d’experts dans le domaine mettent l’accent sur l'importance de l'encouragement de la recherche agricole pour continuer à découvrir de nouvelles variétés de céréales résistantes à la sécheresse.
Ainsi, les agriculteurs du Royaume placent leur espoir dans le Salon international de l'agriculture au Maroc afin de trouver de nouvelles solutions et mécanismes pour soutenir le secteur, espérant que des décisions claires seront prises.
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