Société
L’illusion du multitâche : Pourquoi faire moins permet de faire mieux
19/07/2026 - 15:21
Nada Essabaissi
C’est une scène familière de notre quotidien professionnel et académique : écouter distraitement une réunion ou un cours magistral tout en tapant un e-mail, en répondant à un collègue et en jetant un coup d'œil à ses notifications. Sur le papier, cette agilité donne une sensation de productivité redoutable. En réalité, elle relève d'une pure illusion cognitive qui fragmente notre attention et sabote la qualité de notre travail.
Le cerveau humain ne possède tout simplement pas l'architecture nécessaire pour traiter simultanément deux informations complexes. Ce que nous appelons, de manière flatteuse, le « multitâche » n'est qu'un basculement attentionnel, un va-et-vient ultra-rapide où l'esprit s'interrompt pour passer d'un sujet à un autre. Ce zapping permanent force le cerveau à redéfinir ses objectifs et à réactiver de nouvelles règles cognitives à chaque transition. Bien que ces transitions ne durent que quelques dixièmes de seconde, leur accumulation fatigue les fonctions exécutives, détruit notre état de fluidité et ralentit considérablement notre rythme de travail. À force de diviser nos ressources, nous habituons notre esprit à la distraction, faisons grimper notre taux d'erreur et épuisons notre capital mental.
Cette mauvaise habitude frappe de plein fouet les étudiants et les professionnels, qui se retrouvent souvent submergés par des exigences contradictoires. Dans les entreprises, la culture de la réactivité immédiate pousse les salariés à interrompre constamment leurs dossiers de fond pour répondre aux messages instantanés, un mécanisme qui génère une surcharge cognitive et un sentiment d'épuisement en fin de journée. Du côté des étudiants, le piège est tout aussi redoutable : réviser un examen en gardant un œil sur les réseaux sociaux allonge considérablement le temps nécessaire pour assimiler une leçon, tout en diminuant la mémorisation à long terme. Pour ces profils soumis à une forte pression de performance, le multitâche ne fait pas gagner de temps ; il crée un stress invisible, diminue la créativité et mène directement au surmenage.
Il existe cependant une exception notable : associer une activité automatique et mécanique, comme marcher ou plier du linge, à une tâche intellectuelle fonctionne très bien, car la première n'exige aucun effort conscient. Le danger n'apparaît que lorsque deux actions réclament une réflexion active.
Pour remédier à cela, Yassmine Jouamai, chercheuse en psychologie, déclare à SNRTnews qu'il existe des étapes importantes pour mieux structurer notre quotidien, rééduquer notre attention et briser définitivement ce cercle vicieux. Selon elle, cette démarche repose sur trois piliers fondamentaux :
- Sanctuariser des blocs de focalisation : Plutôt que de papillonner, il est essentiel de consacrer toute son attention à un seul dossier pendant une période définie (comme la règle des 20 minutes) avant de s'autoriser à changer de sujet. Cela permet à l'esprit de plonger en profondeur dans son travail.
- Regrouper les tâches similaires (task batching) : Rassemblez les micro-tâches répétitives au lieu de les traiter au fil de l'eau. Fixez, par exemple, deux moments précis dans la journée pour vider votre boîte mail ou répondre à vos messages d'un seul coup, évitant ainsi les interruptions permanentes.
- Éliminer les déclencheurs de distraction : Créez un environnement propice à la concentration en fermant les onglets inutiles du navigateur, en rangeant le téléphone hors de vue et en coupant les notifications non essentielles afin de protéger votre espace mental.
En renonçant au mythe de la simultanéité et en adoptant cette structure, nous ne réduisons pas notre charge de travail ; nous optimisons notre énergie. Faire moins de choses à la fois est le moyen le plus sûr d'en accomplir davantage, avec plus de justesse, plus de sérénité et moins de fatigue.
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