Société
Détartreur dentaire électrique entre promesses et risques
23/08/2025 - 16:23
Meriem Khaer
Aussi bien pour leur aspect esthétique que leur santé, il est important de prendre soin de ses dents, et après la propagation des différents moyens de blanchiment des dents, un nouvel outil nommé détartreur électrique est apparu sur les réseaux sociaux.
Les appareils de détartrage dentaire électriques sont devenus aujourd'hui des outils modernes, dites efficaces pour certains qui vise éliminer le tartre et la plaque dentaire. Ces appareils sont devenus accessibles à travers leur commercialisation sur Internet, ce qui encourage leur utilisation à domicile.
Dans une déclaration à SNRTnews, le professeur à la Faculté de médecine dentaire de Rabat Akram Belmehdi affirme que le détartrage est un acte thérapeutique essentiel qui consiste à éliminer la plaque dentaire et le tartre qui sont responsables de l’inflammation des gencives et de nombreuses maladies bucco-dentaires.
Les détartreurs dentaires électriques sont ils efficaces?
Professeur Belmehdi souligne qu'il est important de distinguer deux réalités: Les appareils ultrasonores utilisés par les dentistes, qui sont des dispositifs médicaux de haute précision, validés scientifiquement et employés dans un cadre professionnel, et les détartreurs portatifs vendus sur des sites d’e-commerce au grand public, qui ne répondent pas aux mêmes normes et peuvent représenter un danger réel pour la santé bucco-dentaire.
Il précise qu’un détartrage n’est pas un geste anodin, mais un acte médical réalisé en cabinet, qui s’inscrit toujours dans un protocole de soins: avant de commencer, le dentiste effectue un bilan bucco-dentaire complet qui permet de:
- Diagnostiquer la présence et le stade d’une maladie parodontale (gingivite débutante, parodontite plus avancée, récession gingivale, mobilité dentaire.)
- D’évaluer les facteurs de risque individuels (tabac, diabète, hygiène insuffisante, antécédents familiaux.)
- De définir les modalités de la prise en charge (détartrage simple, surfaçage radiculaire, traitement chirurgical complémentaire, séances rapprochées.)
- D’organiser un suivi adapté pour prévenir les récidives.
"Les appareils ultrasonores, largement utilisés aujourd’hui, sont parfaitement sécurisés lorsqu’ils sont manipulés par un chirurgien-dentiste formé", poursuit-il.
Selon Pr. Belmehdi, l’utilisation de ces appareils de détartrage vendus au grand public sur internet comporte de nombreux risques:
- Traumatismes dentaires et gingivaux: une mauvaise manipulation peut provoquer des micro-fissures de l’émail, des blessures aux gencives, voire une exposition de la racine. Ces lésions favorisent ensuite la sensibilité dentaire, la douleur et parfois l’accélération de la récession.
- L’absence de diagnostic préalable: l’utilisateur "gratte" du tartre visible, mais ignore totalement l’état sous-jacent de ses tissus de soutien (os, gencive, ligament parodontal). Cela peut masquer une parodontite en évolution et retarder un traitement approprié.
- Nettoyage incomplet et fausse impression de sécurité: le tartre sous-gingival, souvent invisible, est le plus dangereux car il entretient l’inflammation chronique. Les détartreurs grand public ne permettent pas de l’éliminer. Le patient a alors l’impression que "tout est propre", alors que la maladie continue de progresser en profondeur.
- Risque infectieux: ces appareils ne sont pas conçus pour être stérilisés selon les normes médicales. Ils peuvent donc devenir des réservoirs bactériens, augmentant le risque d’infections locales.
- Absence de plan de traitement global: en cabinet, le détartrage n’est qu’une étape. Il est toujours suivi de conseils personnalisés, d’un contrôle des habitudes d’hygiène et parfois de traitements complémentaires.
Combien de fois faut-il faire un détartrage?
Concernant le détartrage fait par un chirurgien-dentiste, le professeur affirme que la fréquence dépend de chaque patient et de son état de santé bucco-dentaire. En règle générale, un détartrage tous les 6 à 12 mois est recommandé pour une personne en bonne santé. Chez certains patients à risque, par exemple les fumeurs, les diabétiques, ou ceux ayant déjà une maladie parodontale, une fréquence plus rapprochée peut être nécessaire, parfois tous les 3 à 4 mois. Il est donc important de rappeler que la décision ne peut pas être standardisée pour tout le monde. Seul un examen clinique réalisé par un dentiste permet de déterminer la fréquence optimale. Le suivi personnalisé reste la meilleure garantie pour maintenir une santé gingivale stable et prévenir des complications à long terme.
Il rappelle que le détartrage ne fragilise ni les dents ni l’émail, contrairement à certaines idées reçues, les ultrasons ciblent uniquement les dépôts calcifiés, sans endommager les tissus durs dentaires. "Les seuls effets secondaires possibles, généralement transitoires, peuvent être une légère sensibilité dentaire ou une petite irritation gingivale dans les jours qui suivent. Ces désagréments disparaissent rapidement et ne présentent aucun danger", explique-t-il.
Professeur Belmehdi souligne que l’absence de détartrage régulier représente un risque bien réel qui peut engendrer une accumulation de tartre, une inflammation gingivale, un déchaussement progressif des dents et une apparition de parodontites. Autrement dit, les bénéfices dépassent largement les éventuels inconforts passagers.
Comment garder une bonne santé buccodentaire?
Professeur Belmehdi dévoile qu'une bonne santé bucco-dentaire repose sur trois piliers indissociables: une hygiène rigoureuse, des habitudes de vie équilibrées et un suivi régulier chez le dentiste. Sur le plan de l’hygiène quotidienne, un brossage trois fois par jour avec une brosse à dents adaptée et un dentifrice fluoré constitue la base indispensable. Ce geste doit être complété par l’utilisation du fil dentaire ou de brossettes interdentaires afin d’éliminer la plaque dans les zones inaccessibles à la brosse.
L’alimentation joue également un rôle déterminant: il est recommandé de limiter les sucres rapides, principaux responsables de la carie, et de privilégier une alimentation variée et équilibrée, riche en fruits, légumes et produits laitiers, apportant vitamines et calcium essentiels à la solidité des dents et à la santé des gencives.
Les consultations régulières sont tout aussi importantes: une visite annuelle au minimum permet de dépister précocement les pathologies bucco-dentaires, souvent silencieuses à leurs débuts, et de mettre en place les traitements appropriés avant que la situation ne s’aggrave.
Enfin, certaines habitudes de vie doivent être surveillées: le tabac et l’excès d’alcool représentent des facteurs de risque majeurs de maladies parodontales et de cancers de la cavité buccale. Ainsi, maintenir une bouche en bonne santé nécessite une discipline quotidienne, un mode de vie sain et un suivi médical adapté.
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