Société
Enfants victimes d’abus sexuel: la protection commence à la maison et se poursuit à l’école
27/08/2025 - 11:46
Morad Karakhi
Les récentes affaires d’agressions sexuelles survenues à l’encontre de deux enfants, l’une à El Jadida et l’autre à Ifrane, ont relancé le débat sur les violences sexuelles faites aux mineurs au Maroc.
Ces événements soulèvent des questions cruciales concernant les moyens de protection, les mécanismes de dissuasion, ainsi que le rôle de l’éducation sexuelle dans la prévention et la lutte contre ces crimes.
Malgré les efforts déployés par l’État et la société civile, les chiffres publiés par les associations de défense des droits humains continuent de révéler une réalité préoccupante, plaçant la famille, l’école et l’espace public face à de lourdes responsabilités.
Au mois d’août, deux cas marquants ont été enregistrés : le premier à El Jadida, où un enfant a subi une agression collective de la part de plusieurs personnes ; le second dans une colonie de vacances à Ifrane.
La protection commence à la maison
Selon Nadia Kadiri, professeure en psychiatrie, "en plus des cas qui arrivent jusqu’à la justice, un grand nombre d’enfants subissent diverses formes d’agressions sexuelles, que ce soit au sein de la famille ou en dehors".
Dans une déclaration à SNRTnews, elle a précisé que "ces crimes restent souvent tus en raison de la peur du scandale ou du manque de sensibilisation des familles, ce qui complique la poursuite des agresseurs et accroît la souffrance des victimes".
Elle a ajouté que la persistance de ces agressions est fréquemment liée à la faiblesse de la culture sexuelle des enfants et de leurs familles. L’absence d’une éducation structurée à la maison et à l’école prive l’enfant de la connaissance de ses droits corporels et des limites dans ses interactions avec autrui, le rendant ainsi plus vulnérable à l’exploitation.
Kadiri a insisté sur le rôle central de la famille dans la protection de l’enfant, en lui inculquant dès son plus jeune âge des principes simples sur son corps et son droit de refuser tout contact non désiré. Elle a plaidé pour fournir à l’enfant, dès ses premières années, une connaissance adaptée à son âge sur son corps et ses parties intimes, afin qu’il puisse reconnaître toute agression ou comportement suspect.
Elle a également souligné que les parents doivent surveiller de près leurs enfants, y compris vis-à-vis de leurs proches, rappelant que "de nombreux cas d’agressions sexuelles sur mineurs sont commis par des membres de la famille ou de l’entourage immédiat". Elle a recommandé une vigilance accrue concernant les fréquentations et les lieux fréquentés par les enfants, selon leur âge.
La même source a par ailleurs insisté sur la nécessité de renforcer les canaux de communication et de confiance entre parents et enfants, afin que ces derniers se sentent écoutés et soutenus, ce qui les encouragera à révéler tout incident suspect, que ce soit dans leur environnement familial ou scolaire.
Les établissements scolaires face à leurs responsabilités
Nadia Kadiri a appelé à l’intégration progressive de l’éducation sexuelle dans les programmes scolaires, considérant que "l’éducation sexuelle simplifiée, adaptée à chaque tranche d’âge, aide les enfants à connaître les limites de leur corps et à distinguer les contacts sûrs des contacts dangereux", leur permettant ainsi de rejeter tout comportement suspect et de le signaler immédiatement.
Les agressions sexuelles au sein des établissements scolaires demeurent une source d’inquiétude, alimentant un vaste débat sur la responsabilité des institutions éducatives dans la garantie d’un environnement d’apprentissage sécurisé.
Soulignant l’importance d’éviter le mélange des enfants avec d’autres qui ne sont pas de leur âge, ainsi que la nécessité d’une surveillance stricte assurée par une présence constante du personnel éducatif et administratif dans les cours de récréation et les couloirs, en particulier pendant les pauses. Elle a aussi recommandé l’installation de caméras de surveillance autour des écoles afin de renforcer la dissuasion.
Elle a affirmé qu’il est également essentiel de mettre en place, au sein des établissements, des mécanismes sûrs et confidentiels permettant aux élèves de signaler toute forme de harcèlement, tout en garantissant leur protection contre les représailles ou la stigmatisation. Elle a également suggéré la création de cellules de vigilance composées de psychologues et de sociologues pour un suivi immédiat des cas signalés.
Dans le même sens, le Conseil National des Droits de l’Homme appelle à mettre fin à l’impunité et à renforcer les sanctions contre toute personne impliquée dans des agressions sexuelles contre des enfants.
Dans son mémorandum relatif au projet de loi de réforme du Code pénal (octobre 2019), le Conseil avait recommandé de redéfinir le crime de viol afin qu’il englobe toutes les formes d’agression sexuelle, indépendamment du sexe de la victime ou de l’agresseur, de leur relation ou de leur statut.
Il a en outre insisté sur la nécessité de durcir les peines lorsque les victimes sont des enfants.
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