Sport
Football marocain féminin: révolution de pratique et de mentalités
23/07/2023 - 22:21
Amine Oubaha
La participation historique des Lionnes de l’Atlas en Coupe du monde féminine qui se déroule du 20 juillet au 20 août en Australie et en Nouvelle Zélande est déjà le couronnement d’une révolution que connait le football marocain féminin depuis des années. Une évolution qui a aussi fait changer les mentalités et rendu cette discipline populaire auprès du public marocain.
Qui aurait cru qu’en 2023, la sélection marocaine féminine jouera pour la première fois de son histoire le Mondial féminin, organisé en Australie et en Nouvelle Zélande? Qui aurait pensé qu’en 2022, le Complexe Moulay Abdellah de Rabat sera plein à craquer par les supporters, hommes et femmes (45.000) venus nombreux pour soutenir les Lionnes de l’Atlas lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations féminine contre l’Afrique du Sud? Et dans la même année qui aurait prédit que l’équipe féminine de l’AS FAR remportera sa première Ligue des champions africaine féminine? Evidemment personne.
Ce bilan à peine réalisé dans 3 ans est le fruit d’un travail de longue haleine entrepris par les acteurs du football qui traduit la vision éclairée de SM le Roi Mohammed VI. Entre pratique footballistique et mentalités, le football féminin a beaucoup évolué dans les deux sens. Depuis des années, le football marocain masculin prédominait largement la scène footballistique, tout en camouflant, le ballon rond féminin qui n’était guère exposé ou connu auprès du large public. En 2020, le temps a changé et l’idée de développer le football féminin au Maroc a commencé à se matérialiser.
En suivant les orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui, lors des Assises nationales du Sport de Skhirat, a affirmé, dans son discours, que le sport marocain devait constituer un levier de développement pour la jeunesse marocaine. la Fédération royale marocaine de football n’a pas lésiné sur ses moyens pour développer et structurer le football marocain et conduire le Royaume à devenir un pays leader en la matière.
Le football féminin était un des chantiers qui devaient faire peau neuve. Sur le plan mondial, plusieurs nations prenaient une large avance dans ce domaine, comme les Etats Unis (1ere au classement mondiale), la France (5e) ou encore l’Allemagne (2e). Du coup, le Maroc de sa position géographique en Afrique et son ouverture sur le continent européen devait absolument suivre la tendance mondiale et s’ériger une identité dans cette discipline.
Les premiers pas
Alors que le football masculin a prenait le bon chemin avec une qualification du Maroc en Coupe du Monde en Russie, après 20 ans d’absence et le retour tonitruant des clubs Marocains (Wydad, Raja, RS Berkane) sur la scène africaine, l’évolution football féminin était au point mort.
Pour que cette discipline retrouve des couleurs, il a fallu à la FRMF de se mobiliser et lancer un projet de restructuration, qui fera évoluer et professionnaliser le football féminin, afin de tirer toutes les équipes féminines marocaines, vers le haut. Le premier trait de ce projet ambitieux est apparu le 6 août 2020, jour où le contrat-objectif a été signé avec la Ligue nationale de football féminin (LNFF), conformément à la stratégie de la FIFA visant le développement du football féminin en Afrique et l’amélioration des compétitions africaines.
Présidée par Khadija Ila, la LNFF a vu le jour en 2019 pour assurer la gestion des compétitions nationales du championnat féminin D1 et D2. Un premier pas vers la professionnalisation du championnat marocain qui sera officiellement lancé lors de la saison 2020-2021, avec toute une nouvelle dimension.
L’ère du professionnalisme
Des critères sportifs ont été exigés aux clubs de la 1ère et la 2e division, comme par exemple: avoir une équipe sénior, une équipe U17, une équipe U15, pour pouvoir bénéficier des subventions de la FRMF. Celle-ci s’est engagée à prendre en charge les salaires des joueuses des équipes des deux divisions.
La FRMF a donc fixé des salaires de 3.500 dirhams minimum pour la D1 et 2.500 dirhams pour la D2. Et ce n’est pas tout, l’instance marocaine de football offre aussi aux clubs des bus de déplacement et tâche aussi à leur assurer tous les équipements (maillots, ballons). L’objectif actuellement est d’élargir la base des joueuses licenciées (10.000) pour atteindre en 2024: 90.000 licenciées. Un plan qui jusqu’ici donne des résultats de bon augure.
Changement de mentalité et récoltes
En 2022, le Maroc a réussi d’organiser la CAN féminine où les joueuses de Reynald Pedros ont atteint la finale qui les a qualifiées à la Coupe du monde. Au niveau des catégories, les Lioncelles ont aussi signé leur première participation en Coupe du monde des U17. Les clubs marocains ne sont pas en reste: l’AS FAR a eu aussi sa place dans cette révolution, après avoir remporté la LDC africaine, organisée au Maroc. Faut-il le mentionner: l’AS FAR est un club précurseur en football féminin qui fait naitre des stars comme Ghizlan Chebbak, Fatima Tagnaout, Zineb Radouani, ou encore Ibtissam Jraidi.
Des réalisations sportives qui ont eu aussi un grand impact sur les mentalités des Marocains. La brillante campagne des Lionnes de l’Atlas lors de la CAN a tout basculé. Le temps où on entendait un tel jugement: "le football est réservé seulement aux hommes, les femmes ont leur place dans la cuisine", est révolu. En finale de la CAN, plus de 45 000 supporters ont assisté à ce match. Un record d’affluence du jamais vu en Afrique.
Aujourd’hui, si la sélection marocaine féminine se retrouve en Australie pour se frotter avec des équipes mondialistes (Allemagne, Colombie, Corée du Sud) c’est grâce aux efforts de toutes les parties prenantes de la structure footballistique marocaine et aussi le soutien du public marocain qui rêve de revivre une autre épopée historique en cette Coupe du monde féminine en Australie, après l'exploit des Lions de l'Atlas au Qatar.
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