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France: après le jugement Sarkozy, les menaces envers les magistrats inquiètent la justice
27/09/2025 - 22:26
AFP
Le monde de la justice en France, ministre en tête, s'est élevé samedi contre les menaces visant les magistrats qui ont condamné jeudi l'ex-président Nicolas Sarkozy dans le dossier dit du financement libyen, des intimidations qui ont déjà mené à l'ouverture de deux enquêtes.
Après la condamnation de l'ancien chef de l'Etat à cinq ans de prison, la présidente de la chambre correctionnelle du tribunal de Paris, qui a ordonné l'incarcération prochaine de Nicolas Sarkozy, a été la cible de menaces de mort.
"Les intimidations et les menaces de mort qui touchent les magistrats sont absolument insupportables en démocratie. Je les condamne sans aucune réserve", a écrit samedi sur le réseau social X le ministre de la Justice démissionnaire, Gérald Darmanin.
La contestation d'une décision de justice ne doit pas se faire "dans la violence des attaques personnelles", a-t-il fustigé.
Le parquet de Paris a ouvert vendredi deux enquêtes à la suite de "messages menaçants" visant la présidente qui a énoncé jeudi le jugement.
Selon le secrétaire général adjoint de l'Union syndicale des magistrats (USM), Aurélien Martini, la magistrate est visée par des menaces de mort et d'agression violente sur les réseaux sociaux, où sa photo est publiée.
Façon "crime organisé"
"Nous, les magistrats, on était assez habitués à recevoir des menaces de la part du crime organisé. Là (...), pour des procès qui n'ont rien à voir avec le crime organisé, c'est un pas nouveau qui est franchi", a dénoncé samedi sur la chaîné de télévision BFMTV Ludovic Friat, le président de l'USM.
Or "les magistrats, pour rendre une justice sereine, doivent pouvoir savoir qu'ils ne sont pas menacés pour l'exercice de leur fonction", a-t-il ajouté.
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné jeudi Nicolas Sarkozy à cinq ans d'emprisonnement avec incarcération prochaine pour avoir "laissé ses plus proches" démarcher la Libye de Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne victorieuse de 2007, une lourde peine infligée par "haine" selon l'ancien chef de l'Etat.
Le premier président de la cour d'appel de Paris, Jacques Boulard, a lui aussi appelé "solennellement", samedi dans un communiqué, au respect de l'institution judiciaire et de son indépendance et a déploré la "remise en cause" de son impartialité.
"Dans un Etat de droit démocratique, la critique d'une décision de justice ne peut en aucun cas s'exprimer par des menaces formulées à l'égard des magistrats", s'est encore inquiété M. Boulard, exprimant sa "vive inquiétude".
Un précédent Le Pen
Plus tôt cette année, il avait déjà dénoncé les menaces à l'égard des magistrats qui avaient rendu le jugement dans une autre affaire politico-judiciaire sensible, celle concernant Marine Le Pen dans le dossier des assistants parlementaires européens de son parti.
Le 31 mars, la cheffe de file de l'extrême droite avait été condamnée à quatre ans d'emprisonnement, dont deux ferme aménagés sous bracelet électronique, ainsi qu'à une inéligibilité immédiate de cinq ans qui compromet sa candidature à l'élection présidentielle prévue en France en 2027.
Les magistrats ayant rendu la décision, notamment la présidente de la chambre concernée, avaient été la cible de menaces très virulentes ayant mené au placement sous protection policière de cette dernière.
Le 1er avril, une enquête avait été lancée.
Le même mois, un tribunal de Bobigny, près de Paris, avait condamné à huit mois de prison avec sursis un internaute de 76 ans pour outrage et provocation au meurtre, pour un message en ligne contre la présidente du tribunal au procès de Mme Le Pen.
Dans le dossier des assistants parlementaires européens, le procès en appel se tiendra du 13 janvier au 12 février 2026.
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