Economie
Initiatives gouvernementales pour le marché du travail au Maroc: réussites, défis et recommandations
22/06/2024 - 10:35
Mohammed Fizazi
Malgré les efforts pour améliorer l'employabilité et la création d'emplois, le marché du travail marocain reste confronté à des défis majeurs. Un récent rapport du Policy Center for the New South (PCNS) analyse en profondeur les programmes phares de l'Agence Nationale pour la Promotion de l'Emploi et des Compétences (ANAPEC), mettant en lumière leurs succès, leurs insuffisances et les pistes d'amélioration.
Pour répondre aux besoins croissants du marché du travail, le Maroc a mis en place plusieurs programmes visant à accroître l'employabilité, à soutenir l'entrepreneuriat et à améliorer la compétitivité des nouvelles entreprises. Ces initiatives, bien que bénéfiques, présentent encore des lacunes importantes. Le rapport du PCNS fournit une évaluation détaillée de ces programmes, tels que Idmaj, Tahfiz, Taehil, Auto-emploi et Forsa, et propose des recommandations pour maximiser leur impact. Les résultats de cette analyse offrent une vision des défis rencontrés et des ajustements nécessaires pour créer un marché du travail plus inclusif et efficace.
Le programme Idmaj a pour objectif d'accroître l'employabilité des jeunes chercheurs d'emploi en leur offrant une première expérience professionnelle. La méthode repose sur des subventions salariales aux entreprises. En 2022, ce programme a permis plus de 114.200 insertions professionnelles, majoritairement des jeunes femmes (53,8%) et des diplômés (33,5% des bacheliers, 37% des diplômés de la formation professionnelle et 21,6% des diplômés de l'enseignement supérieur). Toutefois, le suivi insuffisant des pratiques des entreprises pose un défi majeur pour éviter les abus.
Le rapport ajoute que pour sa part, le programme Tahfiz vise à promouvoir l'emploi des jeunes diplômés et à renforcer la compétitivité des nouvelles entreprises. Il utilise des incitations fiscales et des exonérations des cotisations sociales. En 2022, Tahfiz a soutenu près de 23.000 unités et 65.600 salariés, enregistrant une augmentation de 20% par rapport à 2021. Cependant, le ciblage géographique reste limité, avec une concentration sur l'axe Tanger-Casablanca.
Le programme Taehil cherche pour sa part à améliorer l'employabilité des chercheurs d'emploi par des formations adaptées. Il propose des formations contractuelles pour l'emploi (FCE) et des formations qualifiantes ou de reconversion (FQR). En 2022, ce programme a soutenu plus de 5.000 chercheurs d'emploi, bien que le nombre de bénéficiaires ait diminué de 50% par rapport à 2021. La répartition géographique des bénéficiaires est inégale, principalement concentrée dans les régions Casablanca-Settat et Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Le programme Auto-emploi encourage l'entrepreneuriat et l'auto-emploi en accompagnant les porteurs de projets et en offrant des aides financières. En 2022, il a contribué à la création de plus de 1.800 unités générant près de 3.300 emplois directs. Cependant, malgré l'augmentation du nombre d'emplois générés, le nombre d'unités créées a diminué.
Enfin, le programme Forsa soutient l'entrepreneuriat des jeunes et favorise leur intégration au marché de l'emploi par des formations, des orientations et des crédits garantis sans conditions préalables. En 2022, il a financé et accompagné 10.000 projets avec un taux de satisfaction de 98% parmi les bénéficiaires. Néanmoins, il est nécessaire d'augmenter la participation des femmes et des populations des zones rurales.
Le document indique que les programmes actuels ne couvrent pas adéquatement certaines catégories de chômeurs, notamment les jeunes en rupture de scolarité, les diplômés des petites villes, les chômeurs de longue durée et les personnes en situation de handicap. La couverture géographique est également limitée, avec une majorité des bénéficiaires concentrés dans les grands centres urbains. De plus, la coordination entre les différents acteurs institutionnels reste insuffisante, limitant l'efficacité globale des politiques actives.
Le PCNS propose ainsi d'élargir la cible des programmes pour inclure des groupes sous-représentés, d'améliorer le ciblage et l'accompagnement des bénéficiaires, d'adopter une approche territoriale pour décentraliser les services, d'intégrer les nouvelles technologies pour faciliter l'accès à la formation et aux services d'emploi, et de renforcer la coordination entre les acteurs institutionnels pour une meilleure cohérence des actions.
L'efficacité des Politiques Actives du Marché du Travail dépend largement de leur conception, de leur mise en œuvre et de leur évaluation rigoureuse. L'amélioration de ces programmes est essentielle pour construire un marché du travail plus inclusif, résilient et performant, capable de répondre aux aspirations d'une population jeune et ambitieuse.
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