Société
Jeûner malgré la maladie: les risques d’un choix à haut risque
20/02/2026 - 14:09
Khaoula Benhaddou | Ayoub MouhyiddineAvec l'avènement du mois de Ramadan, la question revient avec insistance dans les cabinets médicaux: les personnes atteintes de maladies chroniques peuvent-elles jeûner sans mettre leur santé en danger?
Entre ferveur religieuse et impératifs médicaux, le dilemme est parfois douloureux. Pourtant, les spécialistes se veulent clairs: dans certaines situations, le jeûne est formellement déconseillé, voire interdit. Comment convaincre les patients de cette réalité? Ont-il besoin d’un accompagnement psychologique? Et quels sont les risques en cas de jeûne? Dr Houda Afane, endocrinologue, donne des explications.
Diabète déséquilibré, hypertension sévère, maladies cardiovasculaires, insuffisance rénale… Pour ces patients, le jeûne pendant le mois sacré peut provoquer des complications graves. Hypoglycémies, déshydratation aiguë, troubles du rythme cardiaque ou poussées hypertensives figurent parmi les risques les plus redoutés.
Une interdiction médicale parfois ignorée
Malgré les mises en garde, de nombreux patients insistent pour jeûner. Par conviction, pression sociale ou sentiment de culpabilité, certains prennent la décision de jeuner et de suspendre ou de modifier eux-mêmes leur traitement. Une pratique jugée dangereuse par les professionnels de santé.
Le rôle clé du médecin
Face à cette réalité, le rôle du médecin dépasse la simple prescription. Il devient pédagogue, médiateur et parfois conseiller. L’objectif: expliquer les risques de manière claire, sans jugement, et accompagner le patient dans une décision éclairée.
Pour cela, les spécialistes insistent sur l’importance d’une consultation pré-Ramadan. Ce rendez-vous permet d’évaluer l’état de santé, d’ajuster si possible les traitements et de rappeler les signes d’alerte imposant la rupture immédiate du jeûne: malaise, vertiges, douleurs thoraciques, hypoglycémie sévère ou essoufflement inhabituel, comme l'explique Dr Houda Afane; "A quelques semaines du mois sacré, le patient qui souffre de maladies chroniques doit absolument voir son médecin traitant afin de vérifier s'il peut jeuner ou pas. Cette visite chez le médecin peut permettre de dresser un bilan et d'équilibrer toutes les défaillances comme équilibrer le diabète, s'il y a une insuffisance rénale qui est peut-être juste débutante, un petit déclin de la fonction rénale, on peut ajuster la donne et faire normaliser le bilan rénal".
Et d'ajouter: "Il faut également faire les consultations nécessaires auprès de l'ophtalmologue, du cardiologue. Heureusement, ces dernières années, on voit qu'il y a une prise de conscience beaucoup plus importante. De plus en plus de patients prennent cette démarche d'équilibrer leur diabète, de voir si tout va bien avant de prendre la décision de jeûner ou pas".
La prévention demeure donc l’arme la plus efficace. Informer, anticiper et dialoguer restent les piliers d’une pratique religieuse vécue en toute sécurité car la santé, elle aussi, est une responsabilité.
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