Société
La commercialisation directe des fruits et légumes contribue-t-elle à limiter le rôle des intermédiaires?
27/06/2024 - 14:30
Youness Oubaali | Mohammed Fizazi
Les professionnels attendent de connaître les répercussions du projet de décret approuvé par le gouvernement, qui permet la commercialisation directe des légumes et des fruits sans obligation de passer par les marchés de gros.
Le projet de décret soulève de nombreuses questions pour eux ainsi que pour les consommateurs. Est-ce que cela réduira l'intervention des intermédiaires dans le processus de commercialisation? Les prix de ces produits vont-ils baisser en conséquence?
El Houcine Adardor, président de la Fédération interprofessionnelle des producteurs et exportateurs de fruits et légumes au Maroc, estime que la mise en œuvre du projet de décret "va concurrencer les intermédiaires".
Il affirme également, dans une déclaration à SNRTnews, que c'est un "avantage direct" pour le consommateur en termes de prix, en précisant que l'autorisation accordée au collecteur est valable pour trois mois, renouvelable à titre expérimental pour évaluer ses bénéfices.
Il ajoute que l'initiative du gouvernement est le résultat de longues discussions entre les professionnels et le ministère concerné, discussions qui ont cherché des formules pouvant "éliminer" le rôle des intermédiaires dans la commercialisation, considérant que les prix des fruits et légumes augmentent significativement entre le producteur et le consommateur.
Un rapport du Conseil de la concurrence sur le fonctionnement des marchés de gros de fruits et légumes, publié en avril dernier, a conclu que les intermédiaires contrôlent la fixation des prix, obtenant de larges marges au détriment des producteurs et des consommateurs.
Le rapport, présenté lors de la conférence organisée par la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural, observe que seulement 30 à 40% des fruits et légumes finissent sur les marchés de gros marocains, le reste étant commercialisé via des circuits parallèles et non structurés.
Le rapport indique que les producteurs cherchent à maximiser leurs revenus, soumis à des contraintes telles que les coûts de production, déterminants pour fixer les prix de vente, les conditions climatiques et les réseaux de financement.
Le rapport souligne que les prix payés aux producteurs au cours des huit dernières années montrent une certaine transformation depuis 2022, avec une augmentation des prix bénéficiant aux producteurs, en raison de l'inflation augmentant les coûts de production et des conditions climatiques difficiles.
Le Conseil de la concurrence affirme que les intermédiaires occupent une position stratégique dans la chaîne de valeur, en raison de leur pouvoir d'achat et de leur influence sur les fournisseurs et les clients, ce qui crée un déséquilibre dans le pouvoir de négociation.
Ce pouvoir des intermédiaires est illustré par la faible flexibilité des prix par rapport aux quantités vendues. Sur le marché de gros de Casablanca, par exemple, le prix des carottes reflète peu les volumes vendus.
Le rapport note que les détaillants fixent leurs prix en fonction de ceux observés sur les marchés de gros, précisant que les prix de détail comprennent une marge fixe et une marge variable, dépendant des prix des marchés de gros.
L'étude se concentre sur les prix du producteur au consommateur, observant que les prix payés aux producteurs ne représentent que 30 à 40% du prix final payé par le consommateur.
Le Conseil de la concurrence indique que les intermédiaires captent la plus grande part du prix final payé par le consommateur pour les fruits et légumes, ajoutant que le manque de transparence est dû à l'asymétrie d'information entre les producteurs, les intermédiaires et les consommateurs, et à un environnement commercial peu prévisible, décrit par le ministre de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Mohamed Sadiki, lors de la conférence de présentation du rapport du Conseil de la concurrence en marge du Salon international de l'agriculture à Meknès, comme "la boîte noire".
Adardor considère que le succès de la commercialisation directe des fruits et légumes dépend aussi de l'état des marchés de gros. Selon lui, ils "fonctionnent sur le même modèle depuis 70 ans" et "sont dépassés, avec trop d'intervenants", mais restent maîtres des prix et des circuits des produits.
Il souligne que, par exemple, en France, les marchés de gros ne dominent plus le marché, les grandes surfaces jouant désormais sur la qualité. Cependant, il estime que l'adoption de cette expérience au Maroc est difficile pour diverses raisons.
Selon la loi 37.21, l'autorisation accordée aux collecteurs est liée à un cahier des charges, précisant que l'autorisation doit indiquer l'identité du bénéficiaire, la commune concernée et sa durée de validité, qui ne peut dépasser trois ans, renouvelable. L'autorisation est retirée si le bénéficiaire viole une des clauses du cahier des charges ou fournit des informations fausses ou trompeuses pour obtenir l'autorisation.
À cet égard, Adardor a évoqué la possibilité pour les professionnels de discuter du cahier des charges pour voir s'il doit être amendé.
Le cahier des charges prévoit l'identification des collecteurs, les spécifications des points de vente des fruits et légumes, les conditions d'hygiène et de sécurité sanitaire, les spécifications de l'emballage et de la mise en lot, les modalités de suivi des produits commercialisés, ainsi que les ressources humaines et matérielles utilisées pour la commercialisation, et les éléments de calcul des redevances dues à la commune et leurs modalités de paiement.
Les collectivités territoriales concernées mettent à disposition des collecteurs agréés un service pour recevoir les déclarations concernant les fruits et légumes commercialisés, y compris les informations sur la nature de ces produits, leurs quantités, leurs points de vente et les prix des transactions réalisées.
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