Société
Lutte contre la corruption au Maroc: l'INPPLC présente son bilan et ses perspectives dans son rapport 2023
08/10/2024 - 12:47
Youness Oubaali | Fahd MerrounL'Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption (INPPLC) a publié son rapport annuel 2023, un document clé qui fait état des avancées et des défis dans la lutte contre la corruption au Maroc.
Présenté par le président de l'Instance, Bachir Rachdi, ce mardi 8 octobre, ce rapport, le premier couvrant une année complète après l'entrée en vigueur de la loi n°46.19, souligne les efforts menés par l'Instance pour consolider la lutte contre ce fléau, tout en mettant en lumière les faiblesses qui freinent l’efficacité de ces initiatives.
Un contexte préoccupant et persistant
Le rapport 2023 intervient dans un contexte où la situation de la corruption au Maroc reste préoccupante. Malgré des efforts indéniables des pouvoirs publics au cours des deux dernières décennies, la corruption demeure un problème structurel. En 2023, le Maroc a obtenu un score de 38/100 à l’Indice de Perception de la Corruption (IPC), marquant une baisse de cinq points en cinq ans. Ce recul s’accompagne d’une chute significative dans le classement mondial, le pays passant de la 73e place en 2018 à la 97e place sur 180 pays en 2023. Cette dégradation reflète un écart persistant entre les engagements des autorités et la réalité sur le terrain.
L’INPPLC constate également que la corruption constitue un obstacle majeur pour les entreprises opérant au Maroc. Selon une enquête menée par la Banque mondiale, la corruption est la deuxième entrave la plus fréquemment citée par les entreprises marocaines, affectant directement leur compétitivité et l’attractivité économique du pays. Ce phénomène touche particulièrement l’attribution des marchés publics, le recrutement, ainsi que les procédures d’obtention d’autorisations et d’agréments.
Consciente de l’urgence de la situation, l’INPPLC appelle à une transition vers une « nouvelle ère » de prévention et de lutte contre la corruption. Cette transition repose sur une approche holistique qui englobe à la fois l'éducation, la sensibilisation, la prévention, la dissuasion et la répression. Le but est de surmonter les faiblesses actuelles en matière de gouvernance et d’impulser une dynamique nationale capable de produire des résultats concrets à court terme.
L'INPPLC insiste sur la nécessité d’adopter une stratégie de « nouvelle génération », bâtie sur les acquis des dernières années. Celle-ci devra garantir une meilleure coordination entre les différentes institutions, et intégrer des mécanismes de suivi et de priorisation afin de mesurer les résultats obtenus. L’Instance souligne également l’importance de restaurer la confiance des citoyens en démontrant que les efforts engagés dans la lutte contre la corruption peuvent avoir des impacts tangibles sur leur quotidien.
Bilan des initiatives et actions menées en 2023
Le rapport 2023 de l'INPPLC dresse un bilan détaillé des actions entreprises au cours de l’année. Parmi les faits marquants, l’Instance note une consolidation de plusieurs chantiers stratégiques. Sur le plan judiciaire, la ligne téléphonique directe mise en place pour dénoncer les actes de corruption a conduit à l’arrestation de 243 personnes en flagrant délit, principalement dans les régions de Marrakech-Safi, Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra. Par ailleurs, 716 affaires liées à des délits financiers ont été portées devant les juridictions compétentes.
Cependant, malgré certains progrès, l’évaluation de la stratégie nationale de lutte contre la corruption révèle que les objectifs fixés n’ont pas été atteints. L'INPPLC identifie plusieurs facteurs ayant entravé la mise en œuvre efficace de cette stratégie, tels que la faible coordination entre les acteurs concernés, l’absence de priorisation des projets en fonction de leur impact, et un manque de transparence dans la gestion des budgets alloués.
Recommandations pour une lutte plus efficace
Face aux défis persistants, l'INPPLC émet plusieurs recommandations dans son rapport. L'Instance propose, notamment, de renforcer les mécanismes de coordination entre les institutions nationales impliquées dans la lutte contre la corruption, d'améliorer la communication autour des actions entreprises, et d’intégrer des mesures spécifiques de lutte contre la corruption dans les budgets des départements concernés.
En outre, l'INPPLC préconise une refonte du décret régissant la Commission Nationale Anti-Corruption afin d’instaurer un cadre institutionnel de coopération plus rigoureux. Elle recommande également de donner une impulsion aux programmes visant à renforcer l’intégrité et la transparence dans le secteur public, notamment par la digitalisation des services administratifs et une meilleure transparence dans l’accès à l’information.
L'INPPLC souligne que la lutte contre la corruption ne pourra être véritablement efficace qu’avec l’engagement de l’ensemble des acteurs institutionnels, économiques et sociétaux. Le rapport 2023 rappelle que la corruption reste un obstacle majeur au développement du Maroc, et appelle à une mobilisation collective pour inverser cette tendance. L’Instance réaffirme son engagement à jouer un rôle central dans ce processus, en capitalisant sur les acquis pour impulser un changement durable et profond, avec des résultats mesurables pour les citoyens et les entreprises.
Articles en relations
Politique
Politique
Société
Société