Société
Extincteurs défaillants: Quand le manque d'entretien menace la sécurité incendie
25/07/2026 - 21:01
Wydad El Houari
Accrochés aux murs des immeubles, des commerces et des établissements recevant du public, les extincteurs et robinets d'incendie armés sont obligatoires dans la plupart des bâtiments au Maroc. Cependant, ces équipements ont une durée de vie limitée et exigent des contrôles réguliers, souvent négligés, au risque de découvrir leur défaillance au moment précis où un feu se déclare.
Ils font tellement partie du décor qu'on ne les remarque plus. Pourtant, un extincteur dépressurisé, corrodé ou dont la charge n'a jamais été renouvelée n'offre qu'une illusion de sécurité : le jour d'un départ de feu, il ne fonctionnera pas.
Au Maroc, l'entretien de ces appareils est encadré par la norme marocaine NM 21.9.014 et les exigences de l'Institut marocain de normalisation (IMANOR). "Une vérification par une entreprise spécialisée doit être réalisée au minimum une fois par an afin de contrôler la pression, l'état du corps de l'appareil, les organes de sécurité, l'agent extincteur et l'ensemble des composants", explique Abdelaziz Ahaoual, directeur d'une entreprise spécialisée dans la sécurité incendie.
La durée de vie d'un extincteur n'est pas illimitée. Pour la plupart des modèles à eau, à poudre ou à mousse, elle est de vingt ans, à condition que l'ensemble des opérations de maintenance et de requalification prévues aient été correctement effectuées. Au-delà de cette durée, ou en présence d'une anomalie (perte de pression, corrosion, détérioration), l'appareil ne peut plus être considéré comme fiable et doit être remplacé ou requalifié.
Sur le terrain, l'état des équipements demeure inégal. « Dans les entreprises qui appliquent un programme de maintenance régulier, les équipements sont généralement en bon état », indique le spécialiste. Ailleurs, le constat s'avère plus préoccupant : « Il n'est pas rare de constater des extincteurs dont la pression est insuffisante, des appareils corrodés, endommagés, partiellement déchargés ou dont la maintenance annuelle n'a pas été réalisée. Nous rencontrons également des extincteurs qui ont dépassé leur durée de vie réglementaire ou qui ne sont plus conformes aux exigences de la norme marocaine. »
Pourquoi ces contrôles sont-ils souvent négligés ? Abdelaziz Ahaoual avance plusieurs raisons: "Un manque de sensibilisation, la volonté de réduire les coûts, ou la conviction qu'un extincteur n'ayant jamais servi est forcément en bon état". Or, un extincteur est un équipement de sécurité qui doit rester opérationnel à tout moment. "La prévention coûte toujours moins cher que les conséquences d'un incendie", résume-t-il.
L'enjeu est loin d'être théorique. "Le risque est tout simplement que l'extincteur ne fonctionne pas au moment où il est indispensable", prévient le même intervenant. Les premières minutes d'un incendie sont décisives: un départ de feu peut souvent être maîtrisé avec un appareil en bon état ; s'il est défectueux ou dépressurisé, les flammes se propagent très vite. Les conséquences peuvent aller de la mise en danger des occupants jusqu'aux pertes humaines, en passant par la destruction de biens, l'interruption de l'activité économique et de lourds dommages financiers. L'absence de maintenance peut aussi engager la responsabilité du propriétaire ou de l'exploitant lorsque les obligations réglementaires n'ont pas été respectées. « Un extincteur entretenu est une garantie de sécurité ; un extincteur non entretenu peut donner un faux sentiment de protection », insiste le spécialiste.
Cette obligation d'entretien s'inscrit dans un cadre légal plus large. Le décret n° 2-14-499, qui approuve le règlement général de construction fixant les règles de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les constructions, impose des équipements de détection et d'extinction adaptés à chaque catégorie de bâtiment, des établissements recevant du public (ERP) aux immeubles d'habitation collectifs, en passant par les commerces, les parkings couverts et les sites industriels.
Vérifier soi-même l'état d'un extincteur reste toutefois à la portée de tous. Un simple contrôle visuel, sans connaissances techniques, permet de repérer l'essentiel : s'assurer que l'appareil est bien à son emplacement et accessible, qu'il ne présente pas de traces de corrosion ou de chocs, que la goupille de sécurité et le plomb sont intacts et, pour les modèles équipés d'un manomètre, que l'aiguille se trouve dans la zone verte. Il convient également de vérifier la date de la dernière maintenance et la durée de vie de l'appareil. Ce contrôle ne remplace cependant pas la maintenance annuelle prévue par la norme : seule une entreprise spécialisée est habilitée à effectuer les essais, les recharges et les opérations garantissant que l'appareil fonctionnera le jour venu. En cas d'anomalie, l'extincteur doit être confié sans attendre à un professionnel pour être rechargé, requalifié ou remplacé. "Un simple contrôle visuel prend moins d'une minute, mais il peut faire toute la différence le jour où chaque seconde compte", conclut Abdelaziz Ahaoual.
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