Economie
Économie marocaine: Une dynamique tirée par l'agriculture, le tourisme et l'investissement au premier semestre 2026
24/07/2026 - 21:18
Khaoula Benhaddou
Entre un rebond spectaculaire du secteur agricole, un secteur touristique en pleine expansion et une accélération des investissements structurants, l'économie nationale fait preuve d'une belle résilience au premier semestre 2026, malgré les turbulences industrielles et minières.
C’est ce qui ressort de la Note de conjoncture publiée ce vendredi 24 juillet par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère de l'Économie et des Finances.
L'économie nationale poursuit son redressement en 2026 dans un contexte marqué par une inflation maîtrisée, un regain de la demande intérieure et une nette amélioration des revenus agricoles. Selon la DEPF, la consommation des ménages bénéficie des mesures de soutien au pouvoir d'achat, d'une inflation limitée à 0,4 % à fin juin, contre 1,3 % un an auparavant, mais aussi de la progression des crédits à la consommation (+4,2 %) et des transferts des Marocains résidant à l'étranger (+8,8 %).
Dans le même temps, l'investissement continue de jouer un rôle moteur. Les dépenses d'équipement du Budget général de l'État ont progressé de 20,2 % à fin juin, tandis que les importations de biens d'équipement (+18,7 %) et les crédits à l'équipement (+28,7 %) témoignent de la poursuite des grands projets structurants et d'une confiance accrue des opérateurs économiques.
L'agriculture retrouve des couleurs
Après plusieurs campagnes affectées par la sécheresse, l'agriculture renoue avec une croissance vigoureuse. La valeur ajoutée du secteur a bondi de 18,4 % au premier trimestre 2026, contre 8,1 % un an auparavant, portée par des précipitations abondantes et bien réparties.
Cette embellie se traduit par une production céréalière estimée à 90 millions de quintaux, soit plus du double de la récolte de la campagne précédente (43,1 millions de quintaux). Les autres filières affichent également des performances remarquables : la production d'olives devrait atteindre un niveau record de 2 millions de tonnes (+111 %), tandis que les agrumes et les dattes progresseraient respectivement de 25 % et 55 %.
Les exportations agricoles et agroalimentaires suivent cette dynamique. Elles se sont élevées à 46,1 milliards de dirhams à fin mai, en hausse de 3,4 %, soutenues notamment par les ventes de produits de l'industrie alimentaire.
Le tourisme confirme son statut de locomotive
Le secteur tertiaire demeure l'un des principaux moteurs de l'économie. Le tourisme poursuit son expansion avec 9,4 millions d'arrivées à fin juin, en progression de 6 %, tandis que les nuitées augmentent de 9 % à fin mai.
Les recettes voyages atteignent 53,8 milliards de dirhams, en hausse de 14,6 %, confirmant le retour en force de la destination Maroc. Cette dynamique profite également aux transports, avec une progression de 8,8 % du trafic aérien de passagers, qui dépasse 18,8 millions de voyageurs, et une hausse de 4,3 % du trafic portuaire global.
Une industrie à deux vitesses
Le tableau est plus contrasté du côté du secteur secondaire. La valeur ajoutée manufacturière recule de 1,3 % au premier trimestre, tandis que le taux d'utilisation des capacités de production demeure quasiment stable à 77,7 %.
Les activités minières restent pénalisées par le recul de la production de phosphate brut (-12,4 %) et des dérivés phosphatés (-11,5 %), entraînant une baisse de 11,2 % des exportations du groupe OCP, à 32,7 milliards de dirhams. À l'inverse, les autres activités extractives affichent une croissance spectaculaire (+95,4 %), portée notamment par l'envolée des exportations de minerai de cuivre.
Le secteur du bâtiment et des travaux publics montre également des signes contrastés. Si les ventes de ciment restent en léger repli de 1,3 % à fin juin, elles ont rebondi de 8 % au deuxième trimestre, laissant entrevoir une reprise progressive de l'activité.
L'investissement reste le principal moteur
Pour la DEPF, la vigueur de la demande intérieure repose largement sur l'investissement public et privé. Outre la hausse des dépenses d'équipement de l'État, les investissements directs étrangers progressent de 20 %, tandis que les crédits bancaires destinés à l'investissement connaissent une forte accélération. Cette dynamique s'inscrit dans la poursuite des grands chantiers d'infrastructures et des projets industriels engagés dans le Royaume.
Un commerce extérieur sous pression
Malgré une progression des exportations de 5,8 % à fin mai, portée par les secteurs de l'automobile (+15,9 %), de l'aéronautique (+14,2 %) et de l'agriculture, les importations augmentent plus rapidement (+11,8 %).
Cette évolution entraîne un creusement du déficit commercial de 20,8 %, tandis que le taux de couverture des importations par les exportations recule à 57,1 %. Les importations de biens d'équipement, indispensables au maintien de l'investissement, expliquent en partie cette évolution, tout comme le renchérissement de certaines importations stratégiques.
Des finances publiques en amélioration
Les équilibres macroéconomiques enregistrent toutefois une évolution favorable. À fin juin, le déficit budgétaire s'est allégé de 22,3 %, soit une baisse de 6,9 milliards de dirhams, pour s'établir à 24 milliards de dirhams.
Cette amélioration résulte d'une hausse des recettes de 15,4 %, supérieure à celle des dépenses globales (+10,2 %).
Le financement de l'économie poursuit également son accélération. Les crédits bancaires progressent de 9,9 % à fin mai, bénéficiant aussi bien aux entreprises qu'aux ménages. Sur le marché boursier, les indices MASI et MASI 20 ont rebondi au deuxième trimestre, limitant leurs pertes enregistrées depuis le début de l'année.
Une reprise à consolider
Si les indicateurs sont globalement orientés à la hausse, la DEPF souligne que plusieurs défis demeurent. L'économie marocaine reste fortement dépendante des performances du secteur agricole, tandis que les industries manufacturières et minières peinent encore à retrouver un rythme soutenu.
À ces fragilités internes s'ajoutent un déficit commercial en aggravation et un environnement international toujours marqué par les tensions géopolitiques, la volatilité des prix de l'énergie et le ralentissement de la croissance mondiale.
Dans ce sens, la conjoncture demeure marquée par de vives tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la volatilité des cours énergétiques, qui entraînent un ralentissement de la croissance mondiale autour de 3% en 2026. La trajectoire reste très contrastée selon les régions : les États-Unis affichent une dynamique relativement solide portée par les investissements massifs dans l'intelligence artificielle, tandis que les économies émergentes comme l'Inde et la Chine continuent de tirer l'activité globale.
À l'inverse, la zone euro subit un essoufflement marqué sous l'effet du choc énergétique et des coûts de production élevés, ce qui pèse sur la demande extérieure adressée aux pays partenaires. Face à une inflation résiduelle, les grandes banques centrales conservent une posture prudente sur leurs taux d'intérêt, maintenant un climat d'incertitude sur les marchés financiers et les chaînes d'approvisionnement mondiales.
La bonne tenue de l'agriculture et du tourisme offre une bouffée d'oxygène à l'économie nationale. Mais ces performances conjoncturelles ne suffiront pas à elles seules à garantir une croissance durable. Le renforcement de la compétitivité industrielle, la diversification des exportations et la maîtrise des déséquilibres extérieurs demeurent les principaux chantiers pour consolider cette reprise.
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