Société
AMO: Les dépenses de santé grimpent à 9,2 milliards de DH en 2025, les maladies chroniques pèsent de plus en plus lourd
24/07/2026 - 14:15
Khaoula Benhaddou
La couverture maladie poursuit son extension au Maroc, mais la facture augmente bien plus rapidement que le nombre d'assurés. Selon le rapport statistique 2025 de la CNSS, les remboursements de l'Assurance maladie obligatoire (AMO) des travailleurs salariés ont atteint 9,219 milliards de dirhams, en hausse de 12 % sur un an. Une progression portée principalement par le vieillissement des bénéficiaires et le poids croissant des affections de longue durée.
La généralisation de l'Assurance maladie obligatoire continue de gagner du terrain. À fin 2025, 8,7 millions de personnes disposaient de droits ouverts au régime des travailleurs salariés, contre 8,4 millions un an auparavant, soit une progression de 4 %. En incluant les bénéficiaires dont les droits sont temporairement suspendus, la population éligible atteint 9,8 millions de personnes, selon le rapport statistique publié par la CNSS.
Cette progression de la couverture s'accompagne toutefois d'une hausse encore plus rapide des dépenses de santé. En 2025, les remboursements versés par la CNSS se sont élevés à 9,219 milliards de dirhams, soit 12 % de plus qu'en 2024, une évolution près de trois fois supérieure à celle du nombre de bénéficiaires couverts.
Profils différents
Cette population se répartit entre deux ensembles aux profils très différents : 7,3 millions de personnes rattachées à des salariés en activité (assurés principaux, conjoints et enfants confondus) et 1,3 million rattachées à des pensionnés. Les salariés forment donc l'écrasante majorité des effectifs couverts, mais ce poids démographique masque une réalité bien différente dès qu'on regarde la consommation de soins.
Côté entreprises, le tissu affilié reste dominé par la très petite structure : 86 % des affiliés emploient moins de 10 salariés, tandis qu'une minorité d'entreprises de grande taille concentre l'essentiel de la masse salariale déclarée.
Près de trois millions de bénéficiaires ont eu recours aux soins
L'an dernier, 2,9 millions de personnes ont bénéficié de remboursements, soit une hausse de 7 % sur un an. Au total, près de 8 millions de dossiers ont été traités, dont plus de 7,4 millions de demandes de remboursement et près de 492 000 prises en charge hospitalières.
L'augmentation du recours aux soins s'est traduite par une forte progression des remboursements. En 2025, les prestations versées par la CNSS ont atteint 9,219 milliards de dirhams, en hausse de 12 % sur un an, une évolution nettement supérieure à celle du nombre de bénéficiaires couverts, signe d'une augmentation continue du coût des soins.
Cette intensification du recours aux soins s'est traduite par une augmentation du coût moyen des prestations. Chaque bénéficiaire ayant consommé des soins a perçu en moyenne 3 185 dirhams de remboursements, contre 3059 dirhams en 2024. Le coût moyen d'un dossier atteint désormais 1154 dirhams (+3 %), tandis que la fréquence des remboursements progresse légèrement à 2,76 dossiers par consommateur, contre 2,74 l'année précédente. Au final, le taux de sinistralité — la part des assurés ayant effectivement consommé des soins dans l'année — grimpe à 33,3 %, contre 32,2 % en 2024.
Les médicaments restent le premier poste de dépenses
Sans surprise, les médicaments demeurent le principal poste de remboursement. Ils représentent à eux seuls 35 % des dépenses de l'AMO, soit plus de 3,2 milliards de dirhams.
Ils sont suivis par les hospitalisations chirurgicales (14 %), la dialyse (11 %), les analyses biologiques (10 %) et les examens de radiologie (7 %). Au total, les soins hospitaliers concentrent près de la moitié des montants remboursés, tandis que les soins ambulatoires représentent 53 % des dépenses, regroupant l'essentiel des actes courants comme les consultations, la biologie ou l'imagerie.
Les retraités mobilisent une part importante des remboursements
Le rapport met également en évidence un écart important entre les salariés en activité et les pensionnés. Bien qu'ils ne représentent que 15 % des personnes couvertes, les retraités concentrent près de 46 % des remboursements.
Dans le détail, chaque retraité consommateur perçoit en moyenne 6023 DH de remboursements par an, soit près de trois fois plus qu'un salarié actif (2 278 DH), avec une fréquence de recours également bien plus élevée : 3,9 dossiers par consommateur contre 2,4 chez les actifs. Le taux de sinistralité des pensionnés atteint ainsi 52 %, contre 30 % chez les salariés en activité.
Cette surconsommation s'accentue nettement avec l'âge : chez les pensionnés de 75 à 85 ans, le taux de sinistralité atteint 66 % et le coût moyen par consommateur dépasse 8 000 DH. Un phénomène attendu, la maladie et le recours aux soins s'intensifiant naturellement avec l'avancée en âge, mais qui interroge sur la soutenabilité financière du régime à mesure que la population des retraités vieillit. Les femmes, qu'elles soient actives ou pensionnées, affichent par ailleurs systématiquement des taux de sinistralité supérieurs à ceux des hommes.
Les affections de longue durée, principal défi financier de l'AMO
Le principal enseignement du rapport concerne toutefois les affections de longue durée (ALD), dont le poids financier ne cesse de croître. En 2025, 363.097 personnes étaient reconnues porteuses d'une ALD, soit environ 4 % de la population couverte, un effectif en progression de 9 % sur un an, deux fois plus rapide que celui de la population générale.
Cette catégorie de patients concentre à elle seule 61 % des remboursements de l'AMO, soit 5,617 milliards de dirhams sur les 9,219 milliards remboursés au total, contre 3,602 milliards pour l'ensemble des autres assurés.
L'écart est tout aussi spectaculaire à l'échelle individuelle : un bénéficiaire porteur d'une ALD coûte en moyenne 16 977 DH par an au régime, contre 1 405 DH pour un assuré non concerné, soit un rapport de plus de douze contre un. Ces patients déposent également près de trois fois plus de dossiers de remboursement (6,3 contre 2,3 par an), et chaque dossier coûte en moyenne plus de quatre fois plus cher (2 679 DH contre 611 DH).
Ces chiffres confirment le poids grandissant des maladies chroniques, notamment le diabète, les maladies cardiovasculaires ou l'insuffisance rénale, dans les dépenses de santé. Ils soulignent également l'importance des politiques de prévention, de dépistage précoce et d'amélioration du suivi des patients chroniques pour garantir la soutenabilité financière du régime d'assurance maladie dans les années à venir.
Des écarts régionaux et sectoriels persistants
Sur le plan géographique, le Grand Casablanca concentre la plus grande part des salariés couverts, avec les directions régionales d'Anfa (16 %) et de Sidi Otmane-Hay Hassani (9 %) en tête, suivies de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (13 %) et de Rabat (11 %). Le coût moyen par bénéficiaire varie sensiblement selon les régions, de 1803 DH à Draâ-Tafilalet à 2701 DH à Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ, révélant des différences d'accès ou de recours aux soins selon les territoires.
Du côté des secteurs d'activité, les services (22 % des salariés couverts), le commerce (16 %) et l'industrie manufacturière (15 %) rassemblent l'essentiel des effectifs, tandis que les salariés du secteur financier et des assurances, peu nombreux (à peine 1 % des effectifs), affichent les coûts de santé moyens les plus élevés.
Une base salariale toujours concentrée sur les bas revenus
Enfin, le rapport confirme la persistance d'une structure salariale tirée vers le bas : 37 % des salariés couverts par l'AMO perçoivent un salaire mensuel inférieur ou égal au SMIG, fixé à 3266 DH en 2025, une proportion néanmoins en léger recul par rapport à 2024 (39 %). À l'autre extrémité de l'échelle, la part des salariés gagnant plus de 6000 DH par mois progresse légèrement, passant de 13 % à 15 % des effectifs entre les deux années.
Une soutenabilité de plus en plus questionnée
Au-delà de l'augmentation du nombre d'assurés, le rapport met en lumière une évolution structurelle des dépenses de santé. Le vieillissement de la population couverte, conjugué à la progression continue des maladies chroniques, accroît la pression sur les finances de l'AMO. Dans ce contexte, les politiques de prévention, de dépistage précoce et d'amélioration du suivi des patients chroniques apparaissent plus que jamais comme des leviers essentiels pour contenir les dépenses et préserver l'équilibre du régime.
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