Société
Noyade : l'OMS dévoile sa première stratégie mondiale pour faire reculer un "tueur silencieux"
25/07/2026 - 10:28
Khaoula Benhaddou
Chaque année, plus de 300 000 personnes meurent par noyade dans le monde, faisant de ce phénomène l'une des principales causes de décès accidentels. Pourtant, la plupart de ces drames pourraient être évités. Pour la première fois, l'Alliance mondiale pour la prévention des noyades, hébergée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), se dote d'une stratégie internationale visant à réduire de 35 % la mortalité liée aux noyades d'ici à 2035.
Souvent qualifiée de "tueur silencieux", la noyade continue de faire des ravages à travers le monde sans bénéficier de la même attention que d'autres enjeux de santé publique. Selon la nouvelle stratégie mondiale publiée par l'Alliance mondiale pour la prévention des noyades (Global Alliance for Drowning Prevention), plus de 300.000 personnes perdent la vie chaque année, tandis que des millions d'autres survivent avec des séquelles physiques ou neurologiques parfois irréversibles.
Le bilan est particulièrement lourd chez les plus jeunes. Un décès sur quatre concerne un enfant de moins de cinq ans, et près de la moitié des victimes ont moins de 29 ans. Au-delà du drame humain, ces décès frappent des populations en âge d'étudier, de travailler ou de subvenir aux besoins de leur famille, avec des conséquences sociales et économiques considérables.
Une mortalité qui frappe avant tout les pays les plus vulnérables
La noyade est aussi un marqueur des inégalités. Plus de 90 % des décès surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où les taux de mortalité sont jusqu'à trois fois supérieurs à ceux observés dans les pays les plus riches.
Les communautés rurales, les pêcheurs, les populations vivant à proximité des cours d'eau, les personnes en situation de handicap, les populations autochtones ou encore les migrants empruntant des routes maritimes dangereuses figurent parmi les groupes les plus exposés.
Selon l'OMS, le risque résulte de la combinaison de plusieurs facteurs : la présence de plans d'eau non sécurisés, les conditions d'exposition (travail, loisirs, transport ou catastrophes naturelles), mais aussi les vulnérabilités propres à chaque individu.
Au-delà de son impact sanitaire, la noyade constitue également un frein au développement. Dans certains pays, son coût économique représenterait jusqu'à 3 % du produit intérieur brut (PIB), en raison des décès prématurés, des incapacités permanentes et des dépenses de santé qu'elle engendre.
Une mobilisation internationale qui s'accélère
Si la prévention des noyades figure depuis plus de vingt ans parmi les préoccupations de l'OMS, le sujet a véritablement gagné en visibilité ces dernières années.
Après un premier rapport publié en 2002, les Nations unies ont adopté en 2021 une résolution historique faisant de la prévention des noyades une priorité mondiale et instituant une Journée mondiale de prévention de la noyade, célébrée chaque 25 juillet. Deux ans plus tard, l'Assemblée mondiale de la santé a adopté sa propre résolution, ouvrant la voie à la création de l'Alliance mondiale pour la prévention des noyades.
Ces efforts auraient déjà permis une baisse de 38 % du taux mondial de mortalité par noyade depuis 2000. Pour autant, l'OMS estime que les progrès demeurent insuffisants.
Une feuille de route mondiale pour la période 2025-2035
La nouvelle stratégie constitue la première feuille de route internationale entièrement consacrée à la prévention des noyades. Elle repose sur six piliers : renforcer la gouvernance, développer la coopération entre les secteurs concernés, améliorer la collecte des données, intensifier les actions de sensibilisation, garantir des financements durables et soutenir la recherche ainsi que l'innovation.
L'objectif est de faire de la prévention des noyades une politique publique à part entière, intégrée aux stratégies de santé, d'éducation, d'aménagement du territoire, de transport, de gestion des catastrophes naturelles et de protection de l'environnement.
Dix mesures jugées prioritaires
Pour atteindre cet objectif, l'Alliance recommande dix interventions dont l'efficacité est déjà démontrée. Parmi elles figurent le renforcement de la surveillance des jeunes enfants à proximité des points d'eau, l'installation de barrières de protection autour des piscines, puits et canaux, l'apprentissage de la natation et des gestes d'auto-sauvetage dès le plus jeune âge, la formation des citoyens aux premiers secours et à la réanimation cardio-pulmonaire, le développement des services de surveillance des plages et des plans d'eau, ainsi que le renforcement des capacités de recherche et de sauvetage.
La stratégie insiste également sur le respect des règles de sécurité maritime et sur une meilleure prise en compte du risque de noyade dans les politiques de prévention des catastrophes naturelles.
Un défi de gouvernance
Malgré les avancées, la prévention des noyades reste insuffisamment structurée dans de nombreux pays. Selon l'OMS, moins d'un pays sur deux dispose aujourd'hui d'une stratégie nationale dédiée, moins de 40 % ont mis en place un mécanisme de coordination entre les différents secteurs concernés et seule une minorité bénéficie d'une gouvernance spécifiquement consacrée à cette problématique.
À travers cette première stratégie mondiale, l'Alliance entend faire de la prévention des noyades une responsabilité collective, mobilisant gouvernements, collectivités territoriales, organisations internationales, chercheurs, associations et communautés locales.
L'ambition est claire : faire reculer de 35 % la mortalité liée aux noyades d'ici à 2035 grâce à des interventions simples, éprouvées et accessibles, afin d'éviter des centaines de milliers de décès au cours de la prochaine décennie.
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