Technologie
4 questions à la présidente exécutive du "Ai Movement-UM6P", désigné centre de catégorie II de l'UNESCO
23/11/2023 - 11:00
MAP
Le centre international d'intelligence artificielle au Maroc "Ai Movement", relevant de l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) de Rabat, a été désigné, récemment à Paris, en tant que centre de catégorie II sous l’égide de l'Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO).
Dans cet entretien, Amal El Fallah Seghrouchni, présidente exécutive du "Ai Movement-UM6P", expose les avantages de cette labellisation par l'UNESCO. Elle revient également sur l'impact potentiel de l'intelligence artificielle sur le développement au Maroc et en Afrique, ainsi que les points de vigilance éthique associés à cette avancée technologique.
1- Le "Ai Movement-UM6P" vient d'être officiellement désigné par l'UNESCO en tant que centre de catégorie II, qu'est-ce que cela représente pour vous ? Et quels avantages cette labellisation vous offre-t-elle?
"Ai Movement" a été mis en place pour créer un hub régional d'excellence en intelligence artificielle et sciences des données, qui a une portée marocaine, mais aussi africaine et internationale. Ainsi, être reconnu comme un centre de catégorie II de l'UNESCO est une consécration pour "Ai Movement" qui existe depuis deux ans et demi.
Cette labellisation permettra une visibilité considérable au centre, tant à l'échelle continentale qu'internationale. Elle nous permettra aussi d'établir des liens avec d'autres centres d'excellence, notamment ceux de l'UNESCO, autour des thématiques de l'intelligence artificielle et des sciences des données, et de développer nos activités.
Cette désignation nous donnera aussi, certainement, des moyens qui vont nous permettre de développer davantage nos activités. Donc c'est vraiment une grande fierté pour nous.
2- Quel est l'impact potentiel de l'intelligence artificielle sur le développement du Maroc et en Afrique?
L'intelligence artificielle est considérée aujourd'hui comme un "game changer" pour l'économie mondiale et africaine. Beaucoup d'indicateurs montrent que l'économie mondiale va se développer grâce, et avec, cette avancée technologique, qui a le potentiel de créer un grand impact social et économique dans le monde entier, y compris en Afrique.
Au sein du centre "Ai movement", nous avons conçu nos activités autour de quatre axes principaux, à savoir la santé, l'environnement, l'impact social et économique. Ainsi, l'IA va permettre de booster l'industrie, l'économie, l'éducation et la santé. Tous les domaines de la vie sont, en effet, impactés aujourd'hui par cette science.
3- Quelles sont les préoccupations à soulever, notamment sur le plan sociétal?
Aux niveaux marocain et africain, le vrai challenge serait de former les populations à ces nouvelles technologies. Aujourd'hui, on observe l'émergence d'une fracture sociale induite par l'IA au sein des populations. Ainsi, le premier défi consiste à trouver des talents pour travailler dans ce domaine. Un autre challenge réside dans la formation des jeunes générations aux nouvelles technologies émergentes.
Il existe également des enjeux d'acceptabilité de l'IA à l'échelle sociétale, mais la question de l'acceptabilité se pose en raison d'une méconnaissance du sujet. Je pense que former à plus large échelle les nouvelles générations, mais aussi les générations qui sont en activité, notamment à travers le "upskilling" et le "reskilling" des populations, représente un vrai défi pour les 10 à 15 années à venir.
4- Quels sont les points de vigilance éthique à une stratégie IA?
D'abord il faut mettre en place une stratégie nationale, ce qui n'est pas encore le cas dans beaucoup de pays africains. Au Maroc, on commence à en parler, mais il faut mettre les bouchées doubles et accélérer la cadence.
Les vigilances éthiques sont toujours les mêmes : c'est faire en sorte que les usages qu'on va faire avec l'IA soient éthiques et responsables (la dignité humaine, la protection des données et données à caractère personnel, pas de discrimination...). Ces questions sont largement abordées dans les recommandations éthiques de l'UNESCO et dans d'autres recommandations au niveau global.
Il est alors nécessaire aujourd'hui de développer l'IA, et pour cela il faut avoir une vision claire d'une stratégie nationale et africaine pour ne pas faire du "made ailleurs" chez nous. Il faut alors réunir les acteurs du Maroc et d'Afrique autour de cette question qui est plus qu'urgente actuellement.
Propos recueillis par Maria Mouatadid
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