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Afrique : Pierre Jacquemot rêve de vaccin pour tous
05/02/2021 - 12:37
Imane Benichou
L’enseignant-chercheur français, Pierre Jacquemot, plaide pour que les vaccins soient considérés comme des biens communs. Les brevets doivent être libres d’accès. Il s'agit, selon lui, de l'unique moyen pour surmonter efficacement les pandémies.
«La pandémie ne sera pas éradiquée tant que l’intégralité du monde entier, c’est-à-dire toute l’Afrique, n’a pas été vacciné», a alerté, mercredi 3 février 2021, Pierre Jacquemot, Maître de conférences Science Po Paris, dans un webinaire organisé par le Policy Center for the New South pour présenter son nouveau rapport annuel sur l’économie de l’Afrique. Un continent qui craint aujourd'hui une persistance de la pandémie alors qu'en Europe la vaccination s’accélère.« L’enjeu fondamental, c’est la vaccination pour tous aux moindres coûts, grâce à la délivrance des brevets gratuits à l’échelle internationale. C'est ce qui permettra aux pays africains de prendre en charge, sur la base de la capacité de production, la production de vaccin».
Sinon, prévient-il, « le risque demeurera tant qu’il n’y aura pas une couverture mondiale intercontinentale de la vaccination qui reste le seul moyen efficace pour lutter contre la covid». L'enjeu aujourd'hui est d'atteindre l’immunité collective qui peut être à 60 ou 70%. Or, l'Afrique en est encore loin. « D’après les éléments que nous avons, l’Afrique ne sera pas vaccinée à 60% ou 70% avant la fin de l’année 2022, début de l’année 2023 », regrette-t-il. Pierre Jacquemot a, en effet, contribué à l’élaboration du Rapport annuel de l’économie de l’Afrique en traitent le sujet des biens communs, qu’il définit par « des ressources naturelles, intellectuelles ou fabriqués, une communauté avec des règles en vue de l’intérêt commun et un système de gouvernance».
Il y a aujourd’hui, selon lui, un enjeu en termes de biens communs autour de trois éléments qui sont les tests, les médicaments et les vaccins. Sur la question des vaccins, des personnalités du monde occidental ont préconisé une approche en termes de bien public mondial. Malheureusement, comme tout le monde le sait, la course au vaccin s'avère sans pitié. «A l’échelle européenne, on voit qu'il y a une tentative d’une gestion collective de cette ressource rare», a-il- soulevé.
Côté Afrique, M. Jacquemot évoque trois attitudes. « Il y a une attitude qui relève des biens communs mondiaux, comme l’initiative conjointe de l’OMS et de GAVI (Agence Internationale pour la Vaccination), d’approvisionner les 91 pays les plus pauvres de la planète en vaccin. Ce qui veut dire concrètement pour l’Afrique, 600 millions de doses qui auraient été pré-commandées sur la base d’une promesse internationale de financement, peu importe le vaccin».
Il fait ensuite le point sur un effort, en dépit du nationalisme, pour jouer "la carte africaine". Il s'agit de la décision de l’Union Africaine d’acheter 270 millions de doses supplémentaires et d’en faire une distribution aux pays membres. « C’est une distribution par nombre d’habitants qui privilégie bien sûr les populations les plus vulnérables et en particulier le personnel de santé », précise-t-il.
Une troisième initiative a attiré l'attention de l'expert. Elle concerne les pays qui ont accepté d'effectuer des essais cliniques, comme le Maroc, la Guinée ou encore de l’Egypte. Des pays qui, affirme-t-il, « jouent une carte plutôt individuelle pour s'offrir tel ou tel vaccin disponible actuellement sur le marché mondial ».
Le Maître de conférences français plaide pour que les vaccins soient considérés comme des biens communs. Les brevets doivent être libres d’accès. Il s'agit, selon lui, de l'unique moyen pour surmonter efficacement les pandémies. « C’est fondamental. Les Big Pharmas doivent céder leurs brevets à l’échelle internationale et en faire des biens publics mondiaux. C’est le véritable enjeu », clame-t-il haut et fort.
Il ne s'agit pas d'un discours populiste ou utopiste, mais d'une réflexion rationnelle. Car, comme il l'explique, la marge dégagée par les laboratoires sur les brevets de vaccins est dérisoire. Elle se situe entre 2% et 3% de leurs revenus. « Il y a un véritable combat à mener. Il faut des leaders d’opinion qui porteront ce message. Il faut absolument débloquer les brevets afin de rendre possible la création d'unités pharmaceutiques capables de développer des chaines de production de vaccin à des coûts moindres », .
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