Politique
Aji Souwet, un mouvement qui tente de réconcilier les jeunes avec la politique
02/01/2021 - 15:40
Khaoula Benhaddou
A l’approche des élections, le mouvement Aji Souwet multiplie les actions pour encourager les jeunes et les inciter à se rendre aux urnes. Créé par Ali Taleb, ce mouvement apolitique est constitué de jeunes étudiants. Pour présenter le mouvement et ses actions, SNRTnews a interviewé Illy Benyoussef, membre de l’équipe Aji Souwet
L’année 2021 est celle de toutes les échéances électorales. Les partis politiques, le gouvernement et la société civile se retrouvent devant un défi, ancien certes, mais qui est plus prégnant : inciter les jeunes Marocains à prendre part à la politique, à participer dans le « jeu » politique et devenir acteur, notamment à travers le vote. C’est pour aider les décideurs et responsables politiques que l’initiative « Aji Souwet ». Interview avec Illy Benyoussef, membre de l’équipe « Aji Souwet ».
SNRTnews : Tout d’abord, présentez-nous le mouvement « Aji Souwet » ?
« Aji Souwet » est un mouvement apolitique, civique et citoyen. Il a pour objectif d’encourager la jeunesse marocaine à participer aux élections nationales qui auront lieu en 2021, en les incitant à s’inscrire sur les listes électorales et à se rendre massivement aux urnes. Nous voulons aussi rendre la compréhension de la vie politique accessible à tous ainsi qu’encourager les jeunes à devenir acteurs de la vie publique du pays.
Illy Benyoussef : Pourquoi le choix des réseaux sociaux comme plateforme de communication avec les jeunes ?
Les réseaux sociaux constituent pour beaucoup de jeunes un moyen de communication et d’information. C’est pour cette raison que nous avons d’abord conçu le mouvement comme une initiative en ligne. Dans un premier temps, nous avons essayé́ de faire un teasing qui a duré quelques jours et qui a eu un énorme impact sur les réseaux sociaux : 3000 followers en 24 heures, des dizaines de relais par des influenceurs … le tout avec des phrases simples et partagées par tous les marocains à propos de la scène politique (« ils sont tous pareils », « plus personne ne croit au changement », « un autre Maroc est-il possible ?»).
Ensuite, nous sommes entrés dans une approche plus pédagogique permettant de montrer aux jeunes Marocains - et la plupart ne le savent pas- comment s’inscrire sur les listes électorales, rapidement et simplement sur www.listeselectorales.ma. Avec le hashtag #Ajitsejel. À travers des challenges et nos lives, nous avons réussi à toucher plus de 4700 personnes sur les différents réseaux. En janvier, nous avons commencé une nouvelle phase dont le but est d’expliquer de la manière la plus claire et pédagogique possible l’offre politique dans notre pays.
Quel regard portez-vous sur le taux de participation politique des jeunes lors des dernières échéances électorales et éventuellement lors des prochaines élections ?
La participation politique des jeunes est un des principaux enjeux de ce scrutin. Il est à noter que les jeunes entre 18 et 24 ans représentent 4.173.530 d’électeurs potentiels. Seuls 775.025 d’entre eux sont inscrits sur les listes électorales. De même, plus de 2.463.597 de jeunes, âgés entre 24 et 35 ans, ne sont pas non plus inscrits sur les listes électorales. Les jeunes, de 18 à 35 ans, représentent 24%, soit un quart du corps électoral.
Nous ne disposons pas de chiffres relatifs aux taux de participation des jeunes, de ces deux catégories, aux dernières élections. Seulement, ces chiffres parlent d’eux-mêmes...
Quel message souhaiteriez-vous porter aux partis politiques marocains ?
Démocratiser leurs programmes en les rendant plus accessibles à la jeunesse. En effet, une des principales barrières entre les jeunes et la politique se trouve être au cœur de cette inaccessibilité. Aussi, nous lançons un appel qui, nous l’espérons, pourra être entendu, de repousser la date butoir de l’inscription sur les listes électorales. De ce fait, davantage de jeunes seront en mesure de s’inscrire, et ainsi les élections 2021 auront un meilleur impact national et seront encore plus démocratiques. Enfin, nous les invitons tous à venir participer à la deuxième phase de notre mouvement : celui de rapprocher les politiciens de la jeunesse à travers des interviews, des lives, des FAQ (foire aux questions)… que vous retrouverez très prochainement sur nos réseaux sociaux.
Suivant votre analyse il semble clair que les jeunes Marocains ont perdu confiance en tout ce qui se rapporte à la vie politique. Comment leur redonner espoir ?
Effectivement, nous avons constaté que le principal défi est le large désintérêt de la jeunesse, dû à un discours politique qui ne lui est pas destiné et qui parfois paraît trop loin de ses intérêts. Beaucoup de mouvements et associations ont essayé de changer la donne, d’inciter au vote sans toutefois réaliser ses objectifs. À travers notre initiative, nous voulons marquer une rupture avec un discours et un langage pareil et celui de la jeunesse marocaine, celui qu’on peut entendre dans la rue, à l’université, dans les maisons. Nous voulons faire comprendre que ce n’est qu’avec cet acte citoyen que le jeune d’aujourd’hui pourra être fier plus tard, qu’il aura laissé un pays plus grand, plus fort, plus juste après lui. Nous nous reposons donc largement sur les réseaux sociaux pour transmettre ce message et essayer d’avoir le plus grand impact possible.
Quelle place occupent les influenceurs web dans ce mouvement ?
Nous avons largement fait appel aux influenceurs et influenceuses marocains afin qu’ils relayent nos posts, parlent de nous dans leurs storys… La réponse de la grande majorité était positive et cela nous a concrètement aidés à donner à notre mouvement plus de visibilité. Depuis quelques jours, nous réalisons un live par soir dans lequel nous invitons un ou plusieurs influenceurs et influenceuses sur des thèmes tels que “Faut-il rendre le vote obligatoire?” “Faut-il comptabiliser le vote blanc?”. À travers ces débats avec des personnalités influentes des réseaux sociaux, nous voulions créer un espace d’échange bienveillant. Nous tenons donc à remercier celles et ceux qui nous ont aidés à travers nos actions.
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