Société
Calico: Le mystérieux pari de Google pour “tuer” la mort
18/04/2026 - 15:05
Malak Zougagh
Fondée sous l'égide du laboratoire Google X, la filiale biotechnologique Calico mène depuis 2013 une quête ambitieuse : décoder le vieillissement biologique pour en finir avec la finitude humaine. Entre ambitions transhumanistes et passion pour la science, l'entreprise bouscule les codes de la science moderne.
Lancée officiellement le 18 septembre 2013, Calico, acronyme de California Life Company, n'est pas une start-up de biotechnologie ordinaire. À sa tête, on retrouve un “Dream Team” de la science, dirigée par Arthur Levinson. Comme le rappelle sa biographie officielle, ancien patron de Genentech, Levinson siège aux conseils d’administration de géants tels qu’Apple et Hoffmann-La Roche. En 2020, l'entreprise a franchi un nouveau cap stratégique en recrutant Joseph R. Arron, docteur américain, à la direction du pôle de la biologie humaine, confirmant sa volonté de passer de la théorie à l'ingénierie génétique.
Pour comprendre la genèse de Calico, il faut observer la philosophie de sa maison-mère. Dès 2012, Google officialisait le recrutement de Raymond Kurzweil, le théoricien de la “singularité technologique”. Dans ses nombreux ouvrages, Kurzweil prédit un point de bascule où l’intelligence artificielle dépassera les capacités humaines.
Cette vision est partagée par les auteurs David Angevin et Laurent Alexandre qui, dans leur essai Google Démocratie, décrivent comment la firme s’inscrit dans la convergence des NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et sciences Cognitives) pour traiter le vieillissement non plus comme une fatalité, mais comme une simple pathologie à corriger.
1,5 milliard de dollars pour "tuer la mort"
Loin des projets de santé avortés comme Google Health, fermé en 2012, ou les lentilles connectées pour diabétiques ; projet arrêté en 2018 selon les rapports de Novartis, Calico bénéficie de moyens colossaux. Selon les termes de leur accord de collaboration, le géant pharmaceutique AbbVie et Calico ont mobilisé une enveloppe totale de 1,5 milliard de dollars. Ce trésor de guerre permet à la firme de collaborer avec des institutions de renommée mondiale, telles que le MIT, le Broad Institute ou le Jackson Laboratory, spécialisé dans l’expérimentation génétique sur des modèles animaux.
Cependant, cette puissance financière se heurte à une critique récurrente : le silence. Contrairement aux standards de la recherche académique qui exigent la publication régulière des données dans des revues comme Nature ou Science, Calico cultive une culture de la confidentialité absolue. Cette discrétion, souvent dénoncée par la communauté scientifique internationale, alimente le scepticisme sur la réalité des percées réalisées derrière les murs de ses laboratoires ultra-sécurisés.
Au-delà de la prouesse technique, le projet soulève des questions de société fondamentales. Si “guérir” le vieillissement devient possible, les récits de science-fiction et les prospectivistes craignent l'émergence d'une humanité à deux vitesses. Comme le soulignent les débats au sein de la Singularity University, l'allongement radical de la vie pourrait entraîner des déséquilibres démographiques majeurs et faire de la longévité un luxe réservé à une élite. Plus de dix ans après sa création, Calico demeure cette énigme fascinante, à la frontière entre la révolution médicale et le mythe de Prométhée version numérique.
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