Société
Livreurs : précarité professionnelle et risques routiers
06/06/2026 - 20:14
Morad Karakhi
Le Maroc connaît une expansion rapide du nombre de livreurs, portée par l'usage croissant des applications de livraison de repas, de colis et de courses. Cette mutation des modes de consommation s'accompagne d'un débat autour des conditions dans lesquelles exercent ces travailleurs.
Un grand nombre de ces jeunes évoluent dans des conditions précaires, souvent sans protection sociale adéquate ni couverture médicale stable, tout en dépendant quasi totalement de leur moto comme unique source de revenus.
Une course contre la montre
La nature de ce travail impose une course contre la montre permanente : les gains étant calculés en fonction du nombre de commandes livrées et de la rapidité d'exécution, le travailleur subit une pression constante pour effectuer le plus grand nombre de trajets possible dans un temps limité.
Interrogé par SNRTnews, Hassan, livreur pour une société de livraison à Casablanca, déplore que l'entreprise continue de maintenir le statut des travailleurs sous la catégorie d'« auto-entrepreneur ». Il estime que cette démarche constitue une tentative d'échapper aux obligations sociales et aux dispositions du Code du travail. Il réclame le dépassement de ce statut juridique précaire au profit d'une reconnaissance réelle de l'existence d'une relation de travail, qui leur garantirait le droit aux heures supplémentaires, aux congés annuels et aux jours fériés payés, tout en obligeant l'employeur à verser les cotisations à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS).
Dans ce contexte, l'économiste Mohamed Chiguer estime que le travail dans ce secteur revêt un caractère « temporaire et précaire » et reflète des mutations profondes sur le marché de l'emploi, où l'avenir professionnel des actifs demeure instable. M. Chiguer a expliqué, dans une déclaration à SNRTnews, que ce mode d'emploi – basé sur les plateformes numériques et le travail non régulier – soulève des problématiques liées aux droits sociaux et à la protection juridique, en raison du manque de clarté de la relation entre l'employeur et le travailleur dans de nombreux cas.
Il a ajouté que plusieurs conducteurs se retrouvent contraints à l'excès de vitesse, au non-respect des feux de signalisation ou à l'emprunt de sens interdits, en raison de la « pression du client » ou de l'employeur, outre le faible respect des règles de sécurité, comme l'usage du téléphone au volant. L'intervenant a souligné la nécessité d'adopter un cadre réglementaire spécifique au secteur de la livraison, qui tienne compte de sa particularité et garantisse les droits ainsi que la sécurité des travailleurs.
Risques
Cette pression professionnelle, conjuguée dans certains cas à la faiblesse du cadre organisationnel, pousse de nombreux travailleurs à adopter des comportements de conduite risqués pour raccourcir leurs trajets, allant parfois jusqu'à enfreindre le Code de la route.
À cet égard, Ilyas Salib, président de l'Observatoire National de la Sécurité Routière, a indiqué que l'essor des services de livraison a créé d'importantes opportunités d'emploi et a facilité l'accès rapide des citoyens à leurs besoins. En contrepartie, il a engendré des risques principalement liés à la contrainte de temps.
M. Salib a expliqué à SNRTnews que de nombreux travailleurs de ce secteur se retrouvent sous la pression soit du client, soit de l'employeur, ce qui les pousse à enfreindre le Code de la route, notamment par des excès de vitesse, le non-respect des feux de signalisation ou l'usage de voies interdites.
Il a ajouté que certains comportements dangereux, tels que l'utilisation du téléphone pendant la conduite ou les slaloms entre les voitures, augmentent la probabilité d'accidents graves, appelant à un renforcement des contrôles et à la mise en place d'un cadre juridique spécifique pour réglementer cette activité. Le même intervenant a réaffirmé que la sécurité routière doit demeurer une priorité partagée entre les conducteurs, les autorités et la société, afin de protéger les vies et de garantir des conditions de travail plus sûres et plus durables.
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