Société
Dispositif anti-triche au baccalauréat: Explications du directeur de la société fabricante
05/06/2026 - 19:32
Morad Karakhi
L'introduction cette année d'un système marocain de détection de la triche aux examens du baccalauréat a suscité un large débat quant à son efficacité et ses modalités de fonctionnement, à l'heure où les solutions technologiques se généralisent pour garantir l'intégrité des épreuves.
Baptisé "T3 Shield ", ce boîtier portable de pointe conçu pour la lutte anti-triche et le contre-espionnage représente la seconde génération d'un système développé par SensThings. Cette startup marocaine a été incubée au sein de la plateforme UM6P de l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P).
L'appareil se distingue par son format compact, affichant un poids inférieur à 3 kg. Il embarque la technologie "Edge AI" (intelligence artificielle embarquée), ce qui lui permet de traiter les données localement et de fonctionner de manière totalement autonome, sans nécessiter de connexion au cloud.
Comment fonctionne ce dispositif ?
Hafid Griguer, directeur fondateur de SensThings, a précisé que le dispositif a franchi toutes les étapes de validation réglementaires et industrielles, de la recherche et du développement jusqu'à la fabrication de série.
Dans une déclaration accordée à SNRTnews, M. Griguer a expliqué que le principe de fonctionnement repose sur la détection des ondes électromagnétiques ambiantes. Ce procédé permet de cartographier l'espace et d'isoler la source exacte de toute activité électronique suspecte dans la zone de couverture.
Le déploiement de cette technologie s'est fait de manière progressive. Avant sa généralisation, le boîtier a fait l'objet de phases pilotes: d'abord des tests initiaux, puis une utilisation restreinte, avant d'être introduit dans plusieurs centres d'examen lors de la session de rattrapage du baccalauréat de l'année dernière.
"Suite aux résultats concluants de cette phase d'expérimentation, il a été décidé d'adopter officiellement le dispositif dans l'ensemble des centres d'examen du baccalauréat pour la session actuelle, tout en le soumettant à une évaluation continue", a souligné M. Griguer.
L'entreprise a ainsi livré près de 2000 unités au ministère de l'Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports. Déployés dans les différents centres, ces outils visent à sanctuariser le principe d'égalité des chances entre les candidats.
Concernant les rumeurs et fausses informations relayées sur les réseaux sociaux, M. Griguer a assuré de l'innocuité totale de l'appareil pour la santé des élèves. Il a insisté sur le fait que cette innovation, bénéficiant de certifications internationales, ne repose pas sur le brouillage d'ondes traditionnel. Le système se contente de localiser la source du signal sans l'intercepter ni perturber les réseaux environnants, une rupture technologique qui en fait une solution unique et scientifiquement valorisée.
Une demande croissante au Maroc et à l'international
L'usage de ce dispositif dépasse le cadre scolaire. Il est également sollicité par d'autres institutions, notamment lors de concours professionnels. Dans ces cas, l'équipement est projeté sur site avec des équipes techniques (ingénieurs et techniciens) pour effectuer des audits électromagnétiques et des scans de terrain à la demande.
L'efficacité éprouvée lors des différentes sessions d'examens et d'audits techniques suscite un intérêt croissant de la part d'institutions étrangères. M. Griguer a toutefois rappelé que la priorité absolue de la startup reste la couverture des besoins du marché national.
Le porte-parole a néanmoins confirmé la signature de plusieurs accords bilatéraux. L'entreprise reçoit de nombreuses sollicitations de l'étranger, particulièrement de pays africains, la triche étant un phénomène mondial qui requiert des solutions technologiques transfrontalières de pointe.
Premier bilan: Focus sur le cycle du Baccalauréat
Le ministère de l'Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a confirmé que la généralisation de ce système électronique de détection a directement contribué à une hausse de 167 % des cas de triche interceptés lors des épreuves de la session normale de l'examen régional unifié (première année du baccalauréat) en juin 2026, comparativement à la session de 2025.
Le ministère attribue ces résultats à la combinaison de mesures disciplinaires strictes et du déploiement massif de ces 2000 boîtiers, appuyés par un support logistique et technique de proximité. Au total, la vigilance des équipes de surveillance et l'apport de cette technologie ont permis de consigner 4929 cas de fraude.
En amont de ce dispositif de sécurisation, des sessions de formation ont été dispensées à près de 4 014 cadres pédagogiques et administratifs afin de garantir une exploitation optimale et standardisée du matériel sur le terrain, conclut le communiqué officiel.
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