Politique
Cheikh Ibrahima Diop: le communiqué du Cabinet Royal est un message panafricain de paix et de fraternité
23/01/2026 - 21:16
Khaoula Benhaddou
À l'issue de la Coupe d’Afrique des nations 2025, le communiqué du Cabinet Royal a dépassé le strict cadre sportif pour s’imposer comme un véritable message panafricain, porteur de sens politique, moral et civilisationnel. Pour Cheikh Ibrahima Diop, chercheur sénégalais et membre de la Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains, ce communiqué illustre un leadership africain fondé sur la paix, la stabilité et la prospérité partagée.
Contacté par SNRTnews, Cheikh Ibrahima Diop, chercheur sénégalais et membre de la Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains, précise que le communiqué du Cabinet Royal est venu avec une vision claire, celle d’une Afrique unie, souveraine et capable de bâtir son avenir sur la coopération, la solidarité et le développement durable; "Le communiqué du Cabinet Royal constitue, à mon sens, un discours de leadership panafricain d’une grande profondeur morale, politique et stratégique. Au-delà du cadre sportif, il s’agit d’un message humaniste et civilisationnel qui réaffirme la vocation africaine profonde du Maroc et son engagement en faveur de la paix et du développement du continent."
Et d’ajouter: "J’y vois un souverain qui ne recherche rien d’autre que la stabilité, la paix et la prospérité partagée pour l’Afrique. Sa vision est celle d’une Afrique unie, pacifique et souveraine, capable de construire son avenir sur la coopération, la solidarité et le développement durable."
Pour Cheikh Diop, il s'agit d'un message "de fraternité particulièrement fort envers le Sénégal, avec lequel le Maroc entretient des relations exceptionnelles depuis plus de mille ans, fondées sur l’islam soufi, le rite malikite, la foi Ach'arite, la culture, l’éducation et la diplomatie. Il montre enfin que les peuples africains, leurs dirigeants politiques, religieux et intellectuels sont largement en phase avec cette vision royale, car elle sert l’intérêt général du continent africain".
Une "réussite marocaine et africaine" au cœur d’une diplomatie de coopération
L’expression employée par le communiqué du Cabinet Royal qualifiant la CAN de "réussite marocaine et africaine", n’est pas anodine. Pour Cheikh Ibrahima Diop, elle traduit "une approche diplomatique hautement stratégique; "cette formule est une expression diplomatique hautement stratégique. Elle signifie que le Maroc ne conçoit pas son succès en dehors de celui de l’Afrique, et qu’il se positionne comme un acteur africain engagé au service du continent".
Et d’ajouter: "Sur le plan diplomatique, cette rhétorique renforce le soft power marocain et consolide l’image du Royaume comme partenaire fiable, pacifique et moteur du développement africain. Elle traduit la volonté royale de partager l’expérience marocaine en matière d’infrastructures, de formation, de diplomatie religieuse et de développement économique. Elle reflète également une convergence de vues entre Sa Majesté et les leaders africains, qui partagent la conviction que l’avenir du continent repose sur la coopération Sud–Sud, l’intégration régionale et la stabilité politique", précise Cheikh Diop qui rappelle que le Maroc ne conçoit pas son succès en dehors de celui de l’Afrique.
Zaouïas et confréries soufies: un socle historique des relations panafricaines
Cheikh Ibrahima Diop rappelle que les relations entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne, notamment le Sénégal, reposent sur des fondements spirituels anciens et profonds. Bien avant l’avènement de la diplomatie moderne, les zaouïas et les confréries soufies ont structuré de vastes réseaux transnationaux de savoir, de spiritualité et d’allégeance religieuse. "Depuis plus d’un siècle, de grands érudits soufis africains et sénégalais visitent régulièrement les zaouïas marocaines, en particulier celle de Fès, et invitent leurs disciples et muqaddams à s’y rendre. Ils les incitent également à s’aligner spirituellement et symboliquement sur les souverains marocains, reconnus comme Commandeurs des croyants, ce qui témoigne d’une reconnaissance ancienne et profonde de l’autorité spirituelle marocaine. Cheikh Abdoulaye Niass (1848-1922) a visité Fès en 1910 avec sa famille, renforçant les liens entre la Tîjâniya et le Maroc. El Hadj Abdoul Aziz SY Dabakh (1904-1997), Khalife général des Tidjanes à Tivaouane (une des capitales de la Tîjâniya au Sénégal), se rendait régulièrement à Fès, tout comme Thierno Seydou Nourou Tall (1862-1980) et l’ensemble de la famille de Cheikh Oumar Foutiyou Tall, point d’entrée de la Tîjâniya au Sénégal. Cheikh Ibrahim Abdoulaye Niass (1900-1975) a également entretenu des relations étroites avec le Maroc et a été décoré par feu SM le Roi Hassan II en 1966 par le Wissam du Trône, symbolisant une reconnaissance mutuelle au plus haut niveau spirituel et politique".
Et de préciser "Plus récemment, son petit-fils, Oustaz Babacar Niang, grand chercheur sénégalais, a remporté en décembre 2025 le Prix Mohammed VI des Oulémas Africains dans la section consacrée à la Commanderie des croyants. Cela illustre la continuité historique de l’adhésion des élites religieuses africaines à cette institution spirituelle marocaine. Ces éléments montrent que l’influence spirituelle du Maroc en Afrique de l’Ouest est ancienne, structurante et reconnue. Les zaouïas ont servi de ponts diplomatiques, culturels et éducatifs, consolidant une communauté de valeurs entre le Maroc et le Sénégal. Aujourd’hui, cette diplomatie religieuse est institutionnalisée à travers la Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains et l’Institut Mohammed VI de formation des imams".
Un communiqué apaisant
Dans un contexte marqué par des incidents survenus lors de la finale de la CAN, le communiqué du Cabinet Royal apparaît, selon Cheikh Ibrahima Diop, comme un puissant facteur d’apaisement. En replaçant les tensions dans une perspective historique et fraternelle, Sa Majesté le Roi rappelle que les émotions sportives sont éphémères, tandis que les liens entre les peuples africains sont séculaires.
"Ce communiqué agit comme une boussole morale face aux tentatives de division et aux dérives des réseaux sociaux: le communiqué du Cabinet Royal joue un rôle fondamental d’apaisement, car il replace les tensions dans une perspective historique et fraternelle. Il rappelle que les émotions sportives sont passagères, alors que les relations entre les peuples africains sont séculaires et profondément enracinées. En condamnant implicitement la haine et les tentatives de division, Sa Majesté offre une boussole morale aux opinions publiques africaines".
Et de conclure: "Ce communiqué agit comme un antidote contre la manipulation des réseaux sociaux et contre les discours populistes qui cherchent à fracturer l’unité africaine. En tant que Sénégalais ayant étudié et vécu près de vingt ans au Maroc, je peux témoigner de la force émotionnelle de ce communiqué. Il rassure, il guérit les blessures symboliques et il réaffirme une communauté de destin entre nos peuples. Je peux conclure par affirmer qu'en définitive, la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour l’Afrique est une vision de paix, de développement partagé et de prospérité collective. Le Sénégal, qui entretient avec le Maroc des relations exceptionnelles depuis plus de mille ans, partage pleinement cette vision et s’y reconnaît. La visite du Premier ministre sénégalais témoigne de la détermination du Sénégal à poursuivre et à approfondir la consolidation de nos liens diplomatiques, économiques, culturels et spirituels. C’est la preuve que nos deux pays avancent ensemble dans une parfaite concordance pour l’intérêt général de l’Afrique et de ses peuples."
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