Economie
Après la prolongation des droits de douane: Le pari d'août pour accroître la collecte de blé tendre local
28/07/2026 - 17:36
Ouiam Faraj
Malgré l'amélioration de la campagne agricole actuelle, les professionnels du secteur affirment que la collecte de blé tendre n'a pas encore atteint les volumes escomptés.
La prolongation jusqu'au 31 août de la perception des droits de douane à l'importation sur le blé tendre et ses dérivés représente ainsi une opportunité d'offrir un délai supplémentaire aux producteurs pour commercialiser leurs récoltes et renforcer le stock national.
C'est ce qui ressort de la réunion de la Commission chargée de l'approvisionnement, tenue mardi 28 juillet 2026. Réunissant les représentants du ministère de L'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, du ministère de l'Économie et des Finances, de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL) ainsi que de la Fédération nationale de la meunerie (FNM), la commission a constaté une amélioration de la campagne agricole par rapport aux années précédentes, tout en notant que les quantités de blé tendre collectées demeurent en deçà des objectifs fixés.
Encouragement de la commercialisation de la production nationale
Le ministère de l'Économie et des Finances a décidé de prolonger l'application des droits de douane à l'importation sur le blé tendre et ses dérivés jusqu'au 31 août 2026, avant de suspendre de nouveau leur perception à compter du 1er septembre prochain.
Cette décision intervient dans le sillage du redressement de la campagne agricole actuelle, à travers lequel le gouvernement entend encourager la commercialisation de la production nationale et protéger la récolte locale de la concurrence étrangère, après une suspension des droits appliquée depuis novembre 2021 en raison de la succession des années de sécheresse.
Dans ce contexte, le président de la Fédération nationale de la meunerie, Moulay Abdelkader Alaoui, a indiqué que les volumes collectés à ce jour "dépassent de peu les 5 millions de quintaux", alors que l'objectif visé s'établissait entre 15 et 20 millions de quintaux durant la période d'application des droits d'importation. Il estime que cet écart traduit la réticence d'un certain nombre d'agriculteurs à écouler leurs récoltes.
M. Alaoui explique cette situation par plusieurs facteurs, notamment la tendance de certains producteurs, après plusieurs années de sécheresse, à conserver une partie de leur production pour l'autoconsommation ou à la vendre directement sur les marchés. Il souligne que le prix de référence, fixé à 270 dirhams le quintal, n'incite pas, selon plusieurs agriculteurs, à la vente au regard de la hausse des coûts de production et de la main-d'œuvre, tout en précisant que ce tarif constitue le plafond maximal envisageable.
Intensification des opérations de collecte
Pour le président de la FNM, la décision gouvernementale de prolonger la perception des droits de douane jusqu'à la fin du mois d'août offre une opportunité supplémentaire pour intensifier la collecte, exprimant l'espoir de voir les agriculteurs adhérer à cette phase.
Il a affirmé qu'atteindre un niveau de 15 millions de quintaux demeure un objectif crucial, bien qu'il ne couvre qu'environ 30 % des besoins des minoteries, tout en insistant sur la nécessité de prendre en compte les exigences de constitution du stock de réserve et de garantie de l'approvisionnement du marché national.
M. Alaoui a souligné que le recours au marché international n'est "pas un choix, mais une nécessité" au vu des volumes limités disponibles localement. Il a toutefois mis en garde contre le risque qu'un retard dans la reprise des importations ne pèse sur le ravitaillement du pays, particulièrement dans un contexte de tensions géopolitiques dans la région de la mer Noire ayant un impact sur la navigation maritime et les cours mondiaux du blé.
Par ailleurs, le président de la FNM a fait état d'une baisse de 20 à 30 % de la demande en farine industrielle, attribuable selon toute vraisemblance à la hausse de l'autoconsommation en milieu rural, où plusieurs ménages disposant de leur propre production font moudre leur blé pour leur consommation directe, même si une large frange de la population continue de dépendre de la farine industrielle.
Trois mois de réserve
Concernant les stocks, M. Alaoui a précisé que les réserves actuelles ne couvrent en moyenne que trois mois de consommation, alors que le secteur ambitionne de porter ce niveau à six mois pour garantir la sécurité d'approvisionnement. Il a également fait remarquer que la répartition géographique de ce stock demeure inégale, faisant du mois supplémentaire accordé par le gouvernement un levier important pour optimiser la collecte.
La prolongation des droits de douane s'appuie sur le redressement de la production céréalière lors de la campagne 2025-2026. Les estimations officielles tablent sur une récolte globale d'environ 90 millions de quintaux, dont 44 millions de quintaux de blé tendre, 21 millions de quintaux de blé dur et 25 millions de quintaux d'orge. Le gouvernement y voit un indicateur favorable permettant de protéger la production nationale, d'encourager sa commercialisation et de consolider le stock stratégique de céréales.
Toutefois, les données des professionnels indiquent que cette hausse de la production, bien que significative, ne dispense pas du recours aux importations. Elle exige, selon leurs termes, de trouver un équilibre entre l'exploitation de la récolte nationale et la continuité de l'approvisionnement face aux fluctuations persistantes du marché mondial.
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