Art & Culture
De Pink Floyd à Queen, les "tributes" remontent le temps avec succès
12/10/2024 - 10:11
AFP
Immortels ou presque: Queen, Dire Straits, Pink Floyd, Abba et autres artistes de légende se déclinent à travers des "tributes", ces groupes de reprise qui font revivre au public "quelque chose d'impossible" en remontant le temps et les tubes.
"Freddie je t'aime !", s'époumone un fan de Mercury, alors que résonne "We are the Champions" au Dôme de Paris. Seul hic: le vrai Mercury est décédé en 1991. Entouré de ses musiciens, l'homme sur scène n'est autre que l'Ecossais Gary Mullen, qui reprend tout de son idole, voix, costumes, jusqu'au déhanché.
A tel point que la mère de Freddie Mercury fut elle-même bluffée. "A la fin du concert, elle lui a dit +grâce à toi ce soir j'ai vu mon fils vivant sur scène+", se remémore auprès de l'AFP Richard Walter, producteur qui fait tourner plusieurs groupes de reprise, dont One night of Queen.
Se positionnant comme celui qui a "importé ce phénomène en France" il y a une quinzaine d'années, il rappelle qu'à l'origine, les salles françaises n'étaient guère friandes de ce type de concerts qui faisaient un carton dans les pays anglo-saxons.
"Tout le monde s'est foutu de moi et m'a dit +mais t'es fou, qui va voir des faux ?+", rembobine Richard Walter, initialement séduit par un groupe de reprises de Led Zeppelin.
La France, habituée aux sosies de Johnny Hallyday ou Claude François - comme le Cloclo du film "Podium" en 2004 - s'est peu à peu ouverte au genre.
"On va permettre à des gens de revivre un soir quelque chose d'impossible", résume M. Walter. En retrouvant - ou presque - leurs idoles de jeunesse, les spectateurs revivent aussi les souvenirs d'une époque.
Succès incontestable
Pour faire un bon "tribute", il convient tout d'abord de rendre hommage à un artiste ou un groupe au succès incontestable, plutôt d'obédience pop ou rock, années 80 ou 90. Soit le répertoire d'un chanteur défunt, soit celui d'une star vivante, mais qui n'est plus en activité.
Sans tromper le spectateur, le nom du tribute doit faire référence suffisamment clairement au groupe ou artiste originel (L'Héritage Goldman, Abba Gold, So Floyd, Queen Extravaganza...) parfois sous forme de clin d'oeil comme Letz Zep (Led Zeppelin) ou The Rabeats (The Beatles).
Certaines productions ont été adoubées voire montées avec des membres des groupes initiaux: "L'Héritage Goldman" compte dans ses rangs Michael Jones, acolyte de Jean-Jacques Goldman, tandis que The Dire Straits Experience est piloté par Chris White, saxophoniste du groupe anglais.
The Australian Pink Floyd Show, groupe de reprises des Pink Floyd qui a démarré dans des pubs en Australie et tourne depuis trois décennies, a été reconnu par David Gilmour et Nick Mason.
"Dans deux siècles on ne sera plus là, mais il y aura des orchestres qui joueront Pink Floyd. Ça sera la nouvelle musique classique", est convaincu Matthieu Drouot, PDG de Gérard Drouot Productions, autre producteur de "tributes".
"Bouche-à-oreille"
Face à cet engouement, le créneau est "très porteur", confirme Vincent Dourlet, directeur de Narbonne Arena, dans le sud de la France, soulignant que "côté salles, on a beaucoup de demandes de producteurs et de groupes, donc on essaie de faire passer les bons".
Le spectateur non-initié risque parfois de s'égarer dans cette programmation pléthorique et concurrentielle.
"Le marché est mature", note de son côté Richard Walter, qui craint que des producteurs commencent à programmer "des artistes de moyenne qualité".
"C'est un peu comme dans la musique originale: c'est à chaque groupe de faire sa réputation et de construire son image et son spectacle, et puis les meilleurs sortiront du lot", souligne Matthieu Drouot, PDG de Gérard Drouot Productions.
Car même s'ils ressuscitent des stars aux millions d'admirateurs, les "tributes" n'échappent pas au "bouche-à-oreille", selon ces producteurs, sans lequel ils retomberaient vite dans l'anonymat.
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