Art & Culture
Décès de la diva marocaine Naima Samih
08/03/2025 - 09:20
Morad Karakhi | Mohammed Fizazi
La chanteuse marocaine emblématique Naïma Samih est décédée le 8 mars 2025 après une longue maladie
Le parcours de Naïma Samih s'est distingué par sa fidélité à l’authenticité de la musique marocaine dans ses choix artistiques. Elle a excellé dans l’interprétation de chansons célèbres qui ont dépassé les frontières, lui valant ainsi l’amour du public marocain et, à juste titre, le titre de "Dame de la chanson marocaine moderne".
Naïma Samih est née en 1954 dans le quartier populaire de Derb Sultan à Casablanca et a grandi dans une famille conservatrice. Elle n’a pas poursuivi ses études au-delà du niveau primaire, son premier et véritable amour ayant toujours été l’art depuis son plus jeune âge.
Elle a découvert sa passion pour la musique très tôt et a officiellement fait ses débuts dans le monde artistique à seulement 16 ans, grâce à l’émission télévisée marocaine "Mawahib" (Talents) au début des années 1970, animée par Abdelnabi Jirari. Bien que sa famille ait initialement exprimé des réserves, cette opportunité a marqué le début de son succès et de sa renommée.
Dans une interview radiophonique, Naïma Samih a révélé que sa première chanson après son apparition dans "Mawahib" était "Noun Ya Kahl Al-Oyoun", une composition du grand musicien marocain Mohamed Benabdeslam. Ce fut le point de départ de sa carrière.
Le compositeur et violoniste Abdelaziz Ahbari, qui a accompagné Naïma Samih au sein de l'Orchestre National pour l’enregistrement de plusieurs de ses chansons emblématiques comme "Yak A jarhi" et "Hada Hali", témoigne que dès ses débuts, ceux qui entendaient sa voix savaient qu’ils étaient en présence d’une future grande artiste.
Dans une déclaration à SNRTnews, Ahbari a souligné que, malgré sa gloire, Naïma Samih est restée une personne d’une grande humilité, dotée de nobles qualités humaines et d’une grande générosité envers son entourage.
Il a également affirmé que l’une des raisons majeures de la place particulière qu’elle occupe dans le cœur des Marocains est son refus d’émigrer vers l’Orient, malgré les nombreuses offres alléchantes en termes de fortune et de célébrité. Elle a choisi de chanter exclusivement en darija (dialecte marocain) et de puiser ses thèmes dans la culture et le patrimoine marocains.
Bien qu’elle n’ait jamais suivi de formation musicale académique, Naïma Samih a su s’imposer dans le monde de la musique. Elle est devenue l’une des figures les plus marquantes de la scène artistique marocaine, avec une voix unique et une capacité remarquable à adapter le patrimoine musical marocain aux formes contemporaines.
Elle a offert au public des œuvres profondément enracinées dans l’identité marocaine. Concernant ses choix musicaux, elle confie : "Je veille toujours à sélectionner des mélodies et des paroles qui expriment la richesse de la culture marocaine."
Elle a collaboré avec de grands compositeurs tels qu'Abdelkader Rachdi, Abdelkader Wahbi et Ahmed Al Alaoui, ainsi qu’avec des poètes éminents comme Ahmed Tayeb El-Alj et Ali Haddani.
Naïma Samih a interprété des chansons devenues intemporelles, notamment "Yak a jarhi", "Chft El Khatem W Ajabni", "Jari Ya Jari", "Amri Lillah", "Ahla Soura", "El Bahara", "Rah", "Nhamdou Rabi W Nachkrouh", "Ala Ghafla", "Ghab Ali Lhilal" et "Jitek Lbabak Habibi", dédiée à son public du Golfe arabe.
Naïma Samih restera l’une des plus grandes figures de la chanson marocaine moderne. Par son talent et son attachement à l’authenticité musicale marocaine, elle a inscrit son nom dans l’histoire de la musique marocaine et arabe. Grâce à sa voix singulière et son engagement à préserver l’identité musicale du Maroc, elle a contribué à faire rayonner la culture de son pays à l’international.
Sa renommée ne s’est pas limitée au Maroc. Son talent a traversé les frontières et ses chansons ont été reprises par de grands artistes arabes. En reconnaissance de son parcours exceptionnel, l’ambassade du Maroc en Tunisie a publié un livre-hommage intitulé Naïma Samih... Une empreinte tunisienne... Témoignages sur une voix à la fois mélancolique et envoûtante, rassemblant des récits d’écrivains, de journalistes et de musiciens sur la richesse et la singularité de son œuvre.
Dans ce livre, le poète marocain Abdelrahim Al-Khassar signe un témoignage intitulé "Naïma Samih... Dame du Tarab marocain", où il écrit :
"Naïma Samih est la voix des voix sur la terre et dans le ciel du Maroc, une voix enracinée dans l’histoire et étendue dans la géographie. Elle coule avec les rivières du pays, se mêle à sa brise, tombe avec la neige et la pluie, et s’harmonise avec le chant des oiseaux dans leurs nids. C’est une voix profonde, limpide et sincère. Une voix qui nous ressemble, qui nous exprime et qui traduit nos émotions. Une voix qui conserve toute sa force, qu’elle résonne dans un palais ou s’échappe d’un petit transistor dans une maison d’un vieux quartier. Une voix que l’on suit en quête d’une joie retrouvée, d’un bonheur qui, grâce à Naïma Samih, n’est plus impossible."
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