Art & Culture
Dikra ramadanesque: Larbi Doghmi, un pilier des arts de la scène au Maroc
25/02/2026 - 22:01
Halima AamirIl se peut que la génération actuelle ne connaisse pas Larbi Doghmi comme l'ont connu les générations précédentes à l'époque de la télévision en noir et blanc. Pourtant, ce nom est resté, durant de longues années, synonyme d'une voix radiophonique puissante, d'une présence télévisuelle imposante et d'un engagement artistique rigoureux.
C'est dans cette optique que cet épisode que "Dikra ramadanesque" revient sur le patrimoine artistique laissé par Larbi Doghmi, décédé en 1994. Il fut l'un des pionniers ayant contribué à fonder l'expérience du théâtre radiophonique au Maroc et l'un des piliers sur lesquels s'est appuyée la présence du théâtre, de la télévision et du cinéma durant la phase de fondation, à une époque où l'art était un espace de création, d'engagement et un message culturel pérenne.
Du Msid aux planches
La personnalité de Larbi Doghmi s'est forgée dès son plus jeune âge, lorsqu'il commença son parcours par la mémorisation du Saint Coran au Msid (école coranique), ce qui a affiné sa mémoire et renforcé sa maîtrise de la langue. Il a ensuite poursuivi ses études à l'école primaire Mohammedia, puis au groupe scolaire Mohammed V à Rabat, conciliant réussite académique et carrière dans l'enseignement, où il a exercé comme professeur adjoint avant de devenir enseignant.
Durant ces années, les prémices de son talent artistique se sont imposées. Il possédait une capacité remarquable à incarner des personnages et à imiter ses professeurs et ses collègues avec précision et humour. Ce sens inné de la comédie a poussé son entourage éducatif à l'encourager à tenter l'aventure artistique.
À la fin des années quarante, précisément en 1948, Larbi Doghmi décide de passer de l'amateurisme au professionnalisme. Il intègre l'école de la Maâmora et rejoint la troupe du "Théâtre Marocain" supervisée par Abdelkrim El Fellous, entamant ainsi une phase de formation sérieuse et d'implication effective dans le mouvement théâtral.
Quatre ans plus tard, il renforce son parcours en rejoignant l'Institut de Recherches Théâtrales sous la direction du Français André Voisin, une expérience qui lui a ouvert de nouveaux horizons dans la compréhension des techniques de scène et des styles de jeu.
Dès 1953, une nouvelle génération théâtrale émerge et contribue à cristalliser les contours du théâtre marocain, aux côtés de noms illustres tels que Tayeb Saddiki, Ahmed Taib El Alj et Mohamed Afifi. Doghmi en devient l'un des piliers et l'un des visages emblématiques de la phase fondatrice de l'histoire du théâtre marocain moderne.
Une voix familière dans les foyers marocains
Larbi Doghmi s'est ouvert à l'expérience du théâtre radiophonique dès ses débuts avec des troupes amateurs à Rabat au milieu des années quarante, avant de devenir l'un des plus éminents piliers de la Radio Nationale. Il y a œuvré en tant qu'acteur, auteur et réalisateur pendant plus de trois décennies. Sa voix était familière dans les foyers marocains, accompagnant les détails de leur quotidien, au point de devenir une marque distinctive de la mémoire auditive collective.
Avec les débuts de la diffusion télévisée en direct, sa présence s'est renforcée au sein de la troupe de comédie de la Maison de la Radio et de la Télévision Marocaine, qui produisait des œuvres quotidiennes pour la radio et des drames hebdomadaires pour la télévision.
À cette étape, son nom s'est imposé comme premier rôle, maître de ses outils, capable de passer avec fluidité de l'arabe classique à la darija. Il a participé à des œuvres théâtrales de spectacle accompagnant des événements nationaux et historiques majeurs, notamment aux côtés du grand artiste Tayeb Saddiki.
Il a également poursuivi sa présence sur scène à travers ses collaborations avec Abdellah Chakroun et avec la troupe de la Maâmora jusqu'au milieu des années quatre-vingt, confirmant son statut de figure de proue du théâtre marocain.
Une présence marquante au cinéma
Au cinéma, Larbi Doghmi a inscrit son nom au sein de la génération qui a accompagné les débuts du film marocain. Il a participé à des œuvres nationales et internationales, gagnant la confiance des réalisateurs et jouant aux côtés d'acteurs mondiaux, affirmant ainsi son statut d'acteur solide aux multiples facettes.
Parmi les films les plus marquants auxquels il a participé, citons : "Quand mûrissent les dattes", "Le Silence, sens interdit", "Noces de sang", "Bamou", "Le Coiffeur du quartier des pauvres" et "Caftan d'amour". Ces œuvres, aux thématiques variées entre le social, le dramatique et l'historique, ont démontré sa capacité à interpréter des rôles complexes avec une présence imposante.
Le film "Ibrahim qui?" constitue une étape notable de son parcours. Écrit et réalisé par Nabil Lahlou, Doghmi y incarne le personnage d'un fonctionnaire retraité en attente de la régularisation de sa pension, un rôle humain qui a touché les souffrances d'une large frange de Marocains.
Sa dernière œuvre fut le film "La Bataille des Trois Rois" du réalisateur Souhail Ben Barka, une méga-production historique réunissant des acteurs de plusieurs pays, dans laquelle Doghmi a laissé une empreinte confirmant son expertise et son immense accumulation artistique.
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