Sport
Hoalid, le grand frère
03/12/2022 - 15:30
Mohamed Berrada
Hoalid Regragui aura réalisé ce qu’aucun entraineur marocain n’a fait avant lui: gagner non seulement un, mais deux matchs d’affilée en Coupe du monde, qualifier les Lions de l’Atlas au deuxième tour, et finir leader du groupe. Son secret: un génie tactique, une parfaite connaissance de ses moyens, mais aussi et surtout, un esprit de famille inculqué aux joueurs, aux membres du staff, aux journalistes, et à l’ensemble des Marocains.
Le monde entier connait désormais le nom Hoalid Regragui. Sur sa ligne de touche durant ce Mondial, il attire l’attention des projecteurs et des réalisateurs, notamment par sa manière de vivre les matchs de son équipe. Ses passages devant les conférences de presse fascinent également par sa façon de communiquer, de mettre en avant les atouts de son équipe et de son staff, et d’attirer la pression vers sa personne pour libérer les autres. En bon capitaine de bord. Une fois la fin du match sifflée, Hoalid Regragui s’empresse de saluer le coach adverse, avant d’aller féliciter, prendre dans ses bras et taquiner ses joueurs, un par un, sans oublier personne. En regagnant les vestiaires, il salue les supporteurs à sa manière, réagit à leurs chants, leur rend le respect qu’ils méritent.
Ce Hoalid là, les Marocains l’ont vu grandir, et lui consacrent une place particulière dans leurs cœurs. Dès son premier passage en tant qu’entraineur principal du FUS de Rabat, il a séduit par sa manière de fédérer les plus jeunes énergies rbaties pour hisser le club de la capitale sur le toit du championnat du Maroc pour la première fois de son histoire. De retour au bercail après un court passage et un titre au Qatar, il relève le défi de prendre les rênes du Wydad, un des deux pôles du football marocain, et où la pression a déjà fait fuir par le passé les entraineurs les plus chevronnés.
Avec le Wydad, Hoalid prend rapidement le fauteuil du leader du championnat pour ne jamais le lâcher. En parallèle, il réalise l’exploit et finit champion d’Afrique, contre l’ogre du Ahly en finale. Pour le remercier, les fans du Wydad hissent un tifo lors du dernier match du WAC en championnat à domicile. Le message contient un seul mot: la famille.

Le groupe avant tout, mais l'humain d'abord
Car c’est avant tout grâce à l’esprit de famille que Hoalid Regragui a su inculquer aux différentes composantes du club qu’il est le grand coach d’aujourd’hui. Pour comprendre l'origine de cet esprit, retour en février 2022. Le Wydad traverse une période de doutes. Avec seulement une seule victoire en quatre matchs de championnat, et une défaite contre le Petro Atletico en Angola, Regragui est sur un siège éjectable. Il reçoit le Zamalek à Casablanca dans le match de la dernière chance. La bonne nouvelle survient trois jours seulement avant le match fatidique: le gouvernement marocain autorise enfin aux supporteurs à retrouver les gradins, après deux ans de restrictions sanitaires. 60.000 supporteurs répondent directement à l’appel et remplissent le stade Mohammed V, pour conduire le WAC à une victoire des grands soirs face aux Egyptiens sur le score de 3-1.
Un moment clé dans la carrière du coach national, qui atteint les sommets depuis. Entre mars et juillet 2022, date de départ de Hoalid du club rouge et blanc, un esprit de communion s’installe entre lui, les joueurs et le public. Avant chaque début de match, c’est sur le "sir, sir, sir" (vas-y, vas-y, vas-y), chant qui lui est cher et qu’il a rendu célèbre lui-même, qu’il fait son entrée sur la pelouse. En conférence de presse, il ne rate aucune occasion de mettre en avant le groupe sur l’individu, tout en insistant sur les forces et le potentiel de chaque joueur de son effectif, même les remplaçants.
Au lendemain de la victoire finale en Ligue des champions, il raconte, par exemple, comment s’est déroulée la semaine de préparation de la confrontation face au Ahly, et comment il a réussi à mettre Zouhair Moutaraji en confiance. "Nous étions un mercredi, et Zouhair me disait que sa petite fille lui manquait, et qu’il voulait rentrer à la maison", racontait Regragui sur les ondes d’une radio privée. "J’étais en panique, car il restait encore cinq jours pour le match. Pour le calmer, je me suis mis à sa place, en tant que papa moi aussi, en lui affirmant que je comptais sur lui pour la finale". Zouhair Moutaraji a fini par marquer un doublé ce jour-là.
"Ma Coupe du monde dépend de toi"
Hoalid Regragui a emmené avec lui cet esprit de famille en équipe nationale, pour en faire sa meilleure arme. "On a décidé de ramener nos familles après concertation avec le staff. Je pense qu’on a bien géré. Mais en cas de défaite, on nous aurait pointés du doigt. On est concentrés, les familles ne nous dérangent pas. On veut également retrouver l’esprit de famille sur le terrain", déclarait-il en conférence de presse la veille du match contre le Canada. Des mots pleins de sens, et qui expliquent parfaitement la philosophie Regragui.
En plus de la présence des familles, Hoalid développe une relation fraternelle avec tous les joueurs de l’effectif. Le résultat est frappant, et se reflète par exemple dans l’attitude de Hakim Ziyech depuis son retour, ses efforts défensifs, ses éclats de joie après les victoires que les Marocains n’avaient jamais vues avant. Comment a-t-on découvert ce nouveau Hakim? Grâce aux mots justes de Hoalid. "Il est important non seulement pour moi mais pour l'équipe", a résumé Regragui, en conférence de presse à la veille du premier match de son équipe contre la Croatie. "Je suis très heureux qu'il soit de retour en sélection, le pays a besoin de lui, inchAllah il va donner 100%, je n'ai aucun doute là-dessus", a-t-il ajouté. Car un joueur comme Ziyech a besoin d’être chouchouté et mis en avant pour donner le meilleur de lui-même, et Hoalid l’a bien compris.

Autre exemple frappant, celui de Sofyan Amrabat, le cœur battant du jeu des Lions. " Il y a cinq semaines, je me suis déplacé à Florence voir Fiorentina-Inter", racontait Regragui. "Je suis resté trois jours sur place pour échanger avec Sofyan, pour prendre le temps avec lui, car je trouvais qu’il devait améliorer quelques petits trucs dans son jeu. Je lui ai dit: "Ma Coupe du monde va dépendre de toi", et il est en train de passer un cap". Nous ne pouvons pas dire le contraire.
Mardi prochain, le Maroc de Hoalid affronte l’Espagne de Luis Enrique, dans un match qui est déjà entré dans l’histoire. Hoalid et "ses frères" comptent poursuivre le rêve, "et pourquoi pas la Coupe du monde", pour reprendre ses mots après le match contre le Canada. Côté supporteurs, le message est reçu: nous continuerons à lui transmettre toute notre énergie positive, pour que le rugissement des Lions continue de résonner partout dans le monde.
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