Politique
Jeunes en politique: Promesse de renouveau et défi de crédibilité
09/04/2026 - 09:18
Khaoula Benhaddou
À l’approche des échéances électorales, la question du renouvellement des élites politiques s’impose.
Face à une jeunesse de plus en plus connectée et porteuse de nouvelles idées, une interrogation persiste: les jeunes sont-ils prêts à assumer des responsabilités politiques et à gagner la confiance des électeurs? Entre attentes de renouvellement, scepticisme sur leur expérience et nécessité d’adaptation, la place des jeunes interroge autant qu’elle suscite l’espoir.
A quelques mois des élections législatives, les partis politiques essaient tant bien que mal de recruter de nouveaux visages et plus précisément les jeunes qui peuvent attirer plus d’électeurs.
Nouveaux visages ou simple vitrine politique?
Cette initiative est considérée comme une arme à double tranchant! Si les jeunes ont un nouveau discours, des connaissances et une facilité d’intégration, leurs manques d’expérience ne pourra pas forcément convaincre la majorité des lecteurs composée de personnes âgées comme l’explique le politologue Mohamed Bouden; "Certes, les partis politiques se tournent vers les jeunes pour les prochaines élections, mais c’est une question qui a une relation directe avec l’avenir et qui doit être posée de manière objective et générale, et non uniquement dans le cadre des élections". Autrement dit, la participation des jeunes doit s’inscrire dans une vision globale d’intégration dans tous les secteurs de la société.
La question de la confiance renvoie souvent à celle de la responsabilité. Les jeunes peuvent-ils assumer des fonctions politiques? Pour Mohamed Bouden, la réponse est clairement affirmative, à condition d’un encadrement adéquat. Les partis politiques doivent jouer un rôle clé dans la formation et l’accompagnement des jeunes, afin de leur permettre d’acquérir l’expérience nécessaire.
Mais surtout, insiste-t-il, la sélection ne doit pas se baser uniquement sur l’âge. "La compétence et les connaissances doivent primer", affirme-t-il.
L’âge peut être un atout, mais il ne doit pas être utilisé comme un simple argument de façade. Miser sur des jeunes uniquement pour moderniser une image politique, sans réelle capacité d’action, risque de produire l’effet inverse.
Un poids démographique incontournable
Les jeunes représentent une composante essentielle de la société, notamment par leur poids démographique. Leur implication politique ne devrait donc pas être une exception, mais une norme. Cependant, comme le souligne Mohamed Bouden, il est important de dépasser les clichés: la jeunesse n’est pas un bloc homogène. Elle est traversée par des différences d’idées, de parcours académiques et d’orientations idéologiques.
Cette diversité constitue à la fois une richesse et un défi pour les acteurs politiques, qui doivent composer avec des profils variés et des attentes multiples.
Une génération porteuse d’innovations
Les jeunes disposent aujourd’hui d’atouts indéniables. Leur familiarité avec des domaines comme l’intelligence artificielle, la transition numérique, l’environnement ou encore la culture en fait des acteurs particulièrement pertinents. Ils apportent également des idées nouvelles et une volonté de changement qui peuvent dynamiser la vie politique.
Dans cette optique, la confiance des électeurs dépendra largement de l’offre politique proposée. "Une palette variée de profils jeunes, compétents et engagés est susceptible de renforcer la crédibilité de cette génération aux yeux du public et surtout des électeurs", souligne le politologue.
L’expérience, un défi mais pas un obstacle
Le manque d’expérience est souvent avancé comme un frein à l’engagement des jeunes. Pourtant, comme le rappelle Mohamed Bouden, l’expérience s’acquiert sur le terrain, grâce à la responsabilisation et à l’accompagnement. Avec le temps, la confiance et l’encadrement, les jeunes peuvent rapidement monter en compétence et se démarquer.
Mieux encore, leur proximité avec les préoccupations de leur génération constitue un avantage stratégique. Une complémentarité peut ainsi se créer entre l’expérience des aînés et l’ambition des jeunes, favorisant un équilibre nécessaire au bon fonctionnement des institutions.
Des partis politiques face à leurs contradictions
Au-delà des individus, c’est aussi le fonctionnement des partis politiques qui est pointé du doigt. Le politologue évoque un problème plus profond que celui du simple encadrement: la faiblesse de la participation des jeunes au sein des structures partisanes, estimée à environ 1%. Un chiffre révélateur d’un désintérêt ou d’un désenchantement vis-à-vis de la politique traditionnelle.
Les opportunités offertes aux jeunes restent limitées, et beaucoup d’entre eux évoluent en dehors des partis, faute d’adhésion aux pratiques ou aux idéologies en place.
Ce n’est pas tout, certains partis et précisément "à l’approche des élections privilégient encore des profils jugés sûrs pour garantir des sièges, au détriment du renouvellement", explique le politologue qui rappelle que les partis politiques ont recours à des jeunes issus de cercles familiaux ou proches de figures politiques, ce qui pose la question de l’égalité des chances.
Un impératif de renouvellement
Pour Mohamed Bouden, les partis politiques doivent impérativement se réinventer. Il ne s’agit pas de considérer les jeunes comme un simple "argument électoral", mais de leur offrir de réelles opportunités de participation et de responsabilité.
Cette orientation rejoint les appels institutionnels à une plus grande inclusion des jeunes dans la gestion des affaires publiques. "Le renouvellement des élites apparaît aujourd’hui comme une condition essentielle pour renforcer la vitalité démocratique", précise le spécialiste .
Et de conclure "les jeunes sont à la fois des électeurs, des candidats et des futurs décideurs. Leur intégration réussie dans le champ politique repose donc sur un équilibre subtil entre renouvellement et exigence. Plus qu’une question d’âge, c’est une question de vision, de mérite et d’opportunité."
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