Société
Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme: Trois questions à la neuropsychologue Hind Bouamar
02/04/2025 - 14:16
MAP
Le trouble du spectre de l’autisme reste largement méconnu, ce qui freine considérablement la détection précoce des signes de cette maladie chez l’enfant, pourtant essentielle pour intervenir efficacement dès les premières années de vie, estime la neuropsychologue Hind Bouamar.
Dans une interview accordée à la MAP à l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, célébrée le 2 avril de chaque année, la spécialiste préconise une intervention individualisée dans la prise en charge des personnes autistes, notamment les enfants. Il s’agit ainsi d’allier accompagnement thérapeutique structuré et activités adaptées, couplés à des parcours éducatifs et professionnels personnalisés, de nature à révéler le potentiel des personnes autistes et favoriser leur pleine participation dans le milieu socioprofessionnel.
1- Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontées les personnes atteintes du trouble du spectre de l’autisme?
Les troubles du comportement tels que les mouvements répétitifs et les routines rigides, l’isolement, le retard dans l'acquisition du langage oral (absence de babillage vers 12 mois, absence de mots à 18 mois et d’association de mots à 24 mois), ainsi que l’utilisation d’un langage inadapté ou non fonctionnel, sont autant d’indicateurs d’alerte.
Malheureusement, le diagnostic intervient souvent tardivement et s’accompagne rarement d’un véritable accompagnement ou d’une orientation vers des structures adaptées, en raison notamment de la pénurie de professionnels formés aux spécificités de l’autisme.
Sans oublier le coût élevé des prises en charge. Les familles doivent souvent consulter plusieurs spécialistes (pédopsychiatres, orthophonistes, psychomotriciens, éducateurs spécialisés...), ce qui représente un investissement financier considérable, difficilement soutenable pour une grande partie des familles.
2- À votre avis, quelles sont les activités à privilégier pour les personnes autistes afin de développer leurs capacités et de révéler leurs potentiels?
Les personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) ont des profils très variés, avec des compétences, des intérêts spécifiques et des besoins qui leur sont propres. Il n’existe donc pas une activité unique qui conviendrait à tous, mais plutôt un large éventail de possibilités, à condition que celles-ci soient choisies en fonction des particularités de chaque individu.
Les activités, artistiques, sportives, éducatives ou ludiques, de nature à stimuler la communication, favoriser la socialisation, renforcer l’autonomie, et soutenir le développement sensoriel, moteur et cognitif sont particulièrement bénéfiques.
Ces activités viennent en complément des séances de remédiation ou de prise en charge thérapeutique que l’enfant suit régulièrement auprès de professionnels spécialisés. C’est cette combinaison, entre accompagnement thérapeutique structuré et activités adaptées, qui permet à l’enfant de s’épanouir.
3- Quelles sont les bonnes pratiques à adopter pour favoriser une meilleure intégration sociale des personnes autistes et garantir leur contribution effective au sein de la société?
Pour permettre aux personnes autistes de participer pleinement à la vie sociale, éducative et professionnelle, plusieurs actions prioritaires doivent être mises en place.
Tout d’abord, il est essentiel de former les professionnels aux spécificités du TSA, que ce soit dans le milieu scolaire, médical ou social et de développer des structures spécialisées, tels que les centres d’intervention précoce.
En outre, il faudra assurer des prises en charge individualisées, sachant qu’un accompagnement standardisé, non ajusté aux besoins spécifiques de l’enfant ou de l’adulte, peut non seulement être inefficace, mais aussi contre-productif.
De surcroît, il est essentiel de créer des passerelles vers l’emploi et l’autonomie à travers l’adaptation des contenus pédagogiques et la proposition de parcours éducatifs et professionnels personnalisés, avec des soutiens adaptés (Assistant de Vie Scolaire AVS, référents, encadrement spécialisé...), tout en sensibilisant à l’accueil des profils neurodivergents dans des conditions favorables. Les personnes autistes peuvent être très sensibles à certains sons, lumières, bruits ou contacts physiques. Un cadre trop stimulant ou imprévisible peut donc augmenter les comportements de repli, d’agitation ou d’opposition.
Il est également primordial de soutenir les familles, notamment les parents, en proposant des espaces de guidance parentale et d’écoute, eu égard au rôle central qu’ils jouent dans l’accompagnement et le bien-être physique et émotionnel de l’enfant autiste.
Propos recueillis par Fatine El Fatini
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