Société
Le quinoa, une culture sobre en eau qui fait son apparition dans l'Oriental
17/09/2022 - 11:52
MAP
Si au niveau du Maroc la sécheresse se fait particulièrement sentir cette année, dans la région de l’Oriental cette situation est déjà présente depuis plusieurs années, devenant un problème structurel à prendre en compte dans tous les secteurs.
Dans l’agriculture, les chercheurs et agronomes concentrent leurs efforts sur la promotion et l’adaptation de cultures à faible consommation en eau, dans le but de soutenir le développement économique et social des zones rurales tout en préservant au mieux les ressources naturelles.
Parmi eux, Ilham Abidi a fait le pari du quinoa, une plante herbacée venue du Nouveau monde et dont les graines recèlent une valeur nutritive avérée, de même qu’elle représente un potentiel économique très important, notamment pour les femmes rurales.
Armée d'une volonté à toute épreuve et d'une énergie remarquable, cette ingénieure agronome de l’Office régional de mise en valeur agricole de la Moulouya (ORMVAM) ne cesse de sillonner les zones rurales de la région de l'Oriental à la poursuite d'un double objectif : introduire la culture du quinoa, une plante aux multiples vertus, et contribuer à l'autonomisation des femmes rurales, en associant les coopératives féminines à ce projet.
"Les graines de quinoa sont une sorte de céréales qu’on peut utiliser sous forme de divers plats, comme les salades, les sushis ou le coucous…Elles sont encore meilleures que le riz ou le blé car elles contiennent neuf sortes d’acides aminés. C’est un aliment complet, qu’on a récemment utilisé sous forme de comprimés pour l’alimentation des astronautes de la Nasa", explique Ilham Abidi à la MAP.
Le quinoa est aussi utilisé pour fabriquer du lait pour les personnes souffrant de la maladie cœliaque, une maladie chronique de l'intestin déclenchée par la consommation de gluten, inexistant dans le quinoa, ajoute cette experte passionnée, responsable du programme des nouvelles cultures résistante à la sécheresse et à la salinité au sein de l’ORMVAM.
Originaire d’Amérique Latine, le quinoa a déjà été introduit au Maroc dans la région de Rhamna et El Youssoufia. Dans la région de l’Oriental, Ilham Abidi mène depuis plus de trois ans, dans le cadre d’un projet de recherche entre l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, l’ORMVAM et le ministère de tutelle, une première expérience d’introduction et d’adaptation de cette culture aux conditions locales, compte tenu de la forte capacité d’adaptation de cette plante à plusieurs types de climat et de sol, ainsi que de sa résistance à la sécheresse et à la salinité.
“Nous avons testé plusieurs variétés de quinoa et nous savons maintenant lesquelles sont les mieux adaptées au sol et au climat de cette région. Compte tenu des changements climatiques en cours, la résistance à la sécheresse et à la salinité constitue un véritable enjeu d’actualité”, souligne-t-elle, notant que dans ce contexte, il est indispensable d’introduire des cultures résistantes à ces défis, en vue de remplacer éventuellement certaines cultures qui ne sont pas adaptées à ces conditions ou pour diversifier la production agricole, un objectif poursuivi par les différentes stratégies nationales dans ce secteur.
Ilham Abidi n’oublie pas de mettre en exergue la fonction socio-économique du quinoa. “Cette culture se prête à l’action des coopératives agricoles, notamment celles féminines, qui peuvent valoriser cette plante qui va donner un produit à forte valeur nutritive et leur permettre de réaliser un revenu régulier pour améliorer leur niveau de vie”.
L’agronome, qui met en oeuvre au niveau de la région de l’Oriental un projet international de promotion de la culture du quinoa, intitulé "Quinoa for Mediterranea" (Quinoa4Med) et soutenu par le programme PRIMA de l'Union Européenne, a collaboré dans ce sens avec des coopératives dans plusieurs provinces, notamment la coopérative féminine El Hamri dans la commune de Boughriba, province de Berkane.
“La coopérative d’El Hamri nous a sollicités pour les aider à introduire cette culture, afin de diversifier leur production, et cela cadre aussi avec l’orientation de la stratégie Génération Green, à savoir l’intérêt porté à l’élément humain, l’amélioration du niveau de vie et l’introduction de cultures résistantes à la sécheresse”, fait-elle savoir.
Cette coopérative féminine réalise l’ensemble des opérations liées à cette culture tout au long de la chaîne de valeur, de la plantation à la valorisation, dans le cadre de la politique menée par le département de l’Agriculture au niveau central et régional en vue de promouvoir l’économie sociale et solidaire, en particulier au profit des femmes.
Le projet porte aussi sur la multiplication de cette plante en vue de l’acquisition d’équipements permettant la mécanisation du processus de mise en valeur, car dans cette culture, le travail le plus important arrive après la récolte du quinoa, notamment pour l’élimination de la saponine et la production de produits dérivés, comme le couscous ou les pâtes, avant de passer au conditionnement et à la commercialisation, explique Mme Abidi.
A noter que le mode de production suivi au niveau de cette coopérative est totalement biologique, sans utilisation d’engrais chimiques ou de pesticides. Malgré cela, le niveau de production reste encourageant avec un rendement estimé entre 2 et 3 tonnes par hectare.
Trois variétés de quinoa sont cultivées à titre expérimental dans cette exploitation, en vue de déterminer la variété la plus réussie et offrant la meilleure valeur nutritive, qui fera l’objet ensuite d’un projet de multiplication.
De grands espoirs sont ainsi placés en cette culture, une nouvelle filière en perspective à même de diversifier l’agriculture de l’Oriental, contribuer à la promotion socio-économique des femmes rurales et apporter des réponses concrètes aux problèmes de sécheresse et de changement climatique.
Articles en relations
Economie
Economie
Economie
Economie