Société
Les 4 freins au développement identifiés par la CSMD
25/05/2021 - 23:52
SNRTnews
Dans le rapport global présenté ce mardi 25 mai 2021 devant SM le Roi Mohammed VI au Palais Royal de Fès, les membres de la Commission spéciale pour le modèle de développement (CSMD) ont identifié quatre principaux nœuds systémiques et freins au développement du pays.
Ces freins constituent, selon les auteurs dudit rapport, les causes à l’origine de la faible mobilisation du potentiel de développement de notre pays. Ils contribuent aussi à creuser le décalage entre les promesses des politiques publiques et le vécu quotidien des citoyens, à alimenter l’illisibilité du cap et la perte de confiance dans les institutions, pour aboutir à un certain repli des acteurs sur le particulier et l’individuel plutôt que sur le collectif autour d’objectifs clairs.
Absence de vision stratégique
Le premier nœud réside dans le manque de cohérence verticale entre la vision de développement et les politiques publiques annoncées et la faible convergence horizontale entre ces politiques. Les auteurs du rapport précisent que l’absence d’une vision stratégique globale et à long terme, partagée et assumée par tous les acteurs de la gouvernance publique, ainsi que des réformes élaborées en silos, sans repères ou référentiels lisibles ne favorisent pas la cohérence d’ensemble autour de priorités compatibles avec les ressources réellement disponibles et les capacités effectives des acteurs.
En plus de l’absence d’une vision stratégique, les auteurs du rapport ont aussi identifié un autre écueil qui va dans ce même sens : le faible alignement des acteurs qui se nourrit aussi des zones grises qui entourent la répartition des rôles et des responsabilités entre les niveaux stratégiques et exécutif. Le manque de clarté de la répartition des rôles induit une certaine déresponsabilisation et attentisme des décideurs publics. Les membres de la CSMD ont également pointé une faiblesse des mécanismes de coordination de l’action publique qui aggrave davantage ce manque de cohérence et de convergence.
Lenteur de la transformation structurelle de l’économie
Le second nœud relevé par les membres de la CSMD réside dans la lenteur de la transformation structurelle de l’économie freinée par la faible ouverture sur de nouveaux acteurs innovants et compétitifs. Plusieurs constats ont été relevés par les acteurs du secteur économique et experts consultés par la commission, notamment celui d’une économie en partie verrouillée, favorisant les intérêts installés et la préservation des rentes. Une situation exacerbée par les insuffisances en matière de régulation de certains secteurs qui renforcent les postures oligopolistiques et les pratiques anti-concurrentielles, rendant l’entrée de nouveaux acteurs difficile.
Les membres de la CSMD font également état d’un système incitatif public qui contribue à entretenir la préférence des opérateurs économiques pour les activités rentières et protégées. Il n’encourage pas encore suffisamment les activités innovantes créatrices de davantage de valeur, ni les PME-PMI situées dans les territoires. Un autre facteur limitatif de la création de valeur réside dans les pratiques déloyales des entreprises qui exercent partiellement ou totalement dans l’informel pour se soustraire à leurs obligations légales, fiscales et sociales.
Les capacités limitées du secteur public
Le troisième nœud réside dans les capacités limitées du secteur public en matière de conception et de mise en œuvre des politiques publiques et de services publics accessibles et de qualité dans les domaines essentiels à la vie quotidienne et au bien-être des citoyens. Les auteurs du rapports ont énuméré plusieurs écueils qui entravent la conception des politiques publiques, notamment l’absence d’analyse approfondies établies en amont pour étayer les choix, en apprécier correctement les coûts, bénéfices et externalités, absence de mobilisation des acteurs concernés, absence d’expérimentation des politiques publiques avant leur généralisation, mais aussi l’absence d’évaluation desdites politiques en cours d’exécution.
Les auteurs du rapports relèvent aussi la persistance dans l’administration d’une culture de la conformité plutôt qu’une culture de leadership et de la performance produit de la démotivation et dissuade la prise d’initiative et la production spontanée d’idées et de projets. Ils ont également relevé un autre problème inhérent à la phase de mise en œuvre des politiques publiques : le pilotage des stratégies et des politiques publiques semble s’opérer principalement par l’allocation de moyens et insuffisamment par le suivi des résultats, reléguant au second plan la préoccupation d’impact et de performance tant sur le plan économique et social que sur le plan environnemental.
Sentiment d’insécurité
Le quatrième nœud tient à un sentiment d’insécurité et d’imprévisibilité qui limite les initiatives, en raison d’un décalage entre certaines lois comportant des « zones grises » et les réalités sociales, d’une justice qui pâtit d’un manque de confiance, d’une bureaucratie tatillonne et de recours inopérants » ce qui limite aussi bien la dynamique entrepreneuriale que la participation des acteurs de la société civile ou la capacité à attirer et garder des compétences marocaines présentes à l’international.
Ce sentiment d’insécurité est exacerbé par les pesanteurs bureaucratiques, la complexité des procédures administratives et le nombre élevé d’autorisations requises entravent la dynamique entrepreneuriale et la prise d’initiative, au regard du coût de transaction élevé qu’elles génèrent. En plus, la perception d’une justice considérée comme inefficiente contribue à brider les énergies.
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