Société
Les igoudars d'Amtoudi, les plus anciens coffres-forts du Maroc
10/04/2021 - 11:20
Imane Benichou
Niché au creux de l’oasis d'Id Aïssa, Amtoudi est connu pour être le village qui abrite des "Igoudars" historiques, les plus anciens greniers collectifs du Maroc ou comme ses habitants préfèrent fièrement les appeler les plus anciennes banques.
Encerclé de falaises impressionnantes et dominé par plusieurs "igoudar" construits depuis le 10e siècle, le village d’Amtoudi, au cœur de l'Anti-Atlas, compte près de 300 familles. À l'origine, Amtoudi et ses alentours comptaient six greniers collectifs et fortifiés.
Aujourd’hui, seul deux grands igoudars, Id Aïssa et Aguelly, ont pu résister aux assauts du temps. Une considérable restauration a été par la suite chapeautée par l’architecte et anthropologue marocaine Salima Naji.
De grands "coffres-forts"
Juchés au sommet d'une montagne rocheuse tel un bateau en pierre, l’"agadir" -nom au singulier d’"Igoudar" en amazigh-, une structure organique visuellement indivisible de l'environnement local, assurait avant tout des fonctions défensive et économique. Compte tenu de la précarité de la vie, de l'irrégularité des pluies et du risque d’incursions tribales, les Amazighs ont développé ce moyen pour stocker leurs biens et céréales, mais aussi leurs objets de valeur, de l’or ou de l’argent et leurs documents importants. Les membres des tribus pouvaient également y stocker leurs armes.
L’agadir d’Id Aïssa est composé de 73 chambres de stockage, empilées les unes sur les autres. Certaines nécessitent une échelle en bois pour y accéder. Ces petits musées, rassemblant divers objets, sont verrouillés par une clé en bois ou en métal très élaborée.
Les igoudars sont généralement gardés par une personne élue par la tribu, qui y vivait avec sa famille et qui était payée en nature ou en espèce. Cette personne était aidée, à tour de rôle, jour et nuit, par les membres de la tribu.
Inscription au patrimoine de l’UNESCO
Plusieurs voix ont depuis longtemps appelé à l’inscription des Igoudars au patrimoine mondial de l’Unesco en vue de les conserver. Ces colosses de roches sont malheureusement menacés de ruines et d'abandon, à cause des facteurs climatiques. Certains ont été restaurés et sont visités par les touristes, mais la plupart de ces structures sont cachées, négligées, voire (déjà) en ruines.
Samedi 03 avril, un atelier national a été tenu pour le lancement du projet d'inscription des greniers collectifs au patrimoine mondial de l' UNESCO.
"Cet atelier confirme l'orientation stratégique du ministère de la Culture de diversifier les inscriptions dans le cadre de la régionalisation et de la valorisation du patrimoine amazigh", a précisé mardi 6 avril Othman El Ferdaouss, ministre de la Culture, de la jeunesse et des sports dans une publication Facebook.
"C'est aussi le choix d'inscrire une série de sites historiques vernaculaires puisque plusieurs centaines d'Igoudar ont permis de bâtir des solidarités utiles en temps de crise (sécheresses, famines, épidémies, criquets, etc). La dimension immatérielle de la gestion des greniers collectifs consignée dans le droit coutumier (azerf), les chartes collectives (ilouh), la gestion de la sacralité de l’espace, la présence des jarres à dons destinées à la collecte en vue d'une redistribution communautaire. Les igoudars sont un témoignage fort du génie et de la créativité humaine face aux contraintes, notamment écologiques", a-t-il encore souligné.
Dans un autre atelier national tenu récemment en préparation de l’inscription des greniers collectifs au patrimoine mondial de l’Unesco, le Wali de la région Souss-Massa, gouverneur de la préfecture d’Agadir-Ida Outanane Ahmed Hajji avait affirmé que "les igoudars relatent une histoire ancestrale aux dimensions architecturale et sociétale et constituent un patrimoine immatériel à conserver pour les générations actuelles et futures".
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