Art & Culture
L’IA d’OpenAI enflamme les réseaux sociaux avec des images façon Ghibli
29/03/2025 - 10:33
Mohammed Fizazi
Depuis deux jours, les réseaux sociaux sont envahis d’images revisitées dans un style graphique inspiré du mythique studio d’animation japonais Ghibli. À l’origine de cette tendance virale : la nouvelle version du générateur d’images d’OpenAI, lancée mardi 25 mars, qui permet désormais de transformer des photos en illustrations détaillées, fidèles jusqu’aux expressions faciales, tout en empruntant les codes esthétiques de l’univers de Hayao Miyazaki et Isao Takahata
Cette innovation technologique repose sur la puissance du modèle GPT-4o, successeur de DALL-E3, et marque un tournant dans la capacité des intelligences artificielles à préserver le “contexte” visuel. Contrairement aux versions précédentes, le nouvel outil permet de générer des variations d’un même visuel tout en conservant un style cohérent. Les progrès sont également notables dans la génération de textes, de graphiques et d’infographies.
Mais c’est la fonction de “ghiblification” qui a captivé les internautes. Une simple commande textuelle suffit pour que le modèle transforme n’importe quelle photo — qu’il s’agisse de photos personnelles, de figures publiques, de scènes d’actualité ou de clichés historiques — en une illustration animée.
Au Maroc aussi, les utilisateurs s’emparent de cette fonctionnalité pour revisiter des clichés emblématiques ou personnels, parfois même des images d’archives historiques ou des photos d’actualité locale, dans un style qui évoque les films comme Mon voisin Totoro ou Le Voyage de Chihiro.
🎨 In the style of anime legendary Ghibli Studio.
we have brought to life the most iconic and historic moments in the history of RAJA 👨🏻🎨#DimaRaja pic.twitter.com/Dq0lrLgi8m
— Raja Club Athletic (@RCAofficiel) March 28, 2025
Parmi les exemples figurent des scènes issues de l’exploit des Lions de l’Atlas lors de la coupe 2024 au Qatar, ou encore de la CAN 2004, des scènes issues de l’histoire contemporaine du Maroc, de film marocains ou encore de “memes” mettant en scène les célèbres personnalités du Web. De plus, de nombreux internautes ont changé leur photo de profil en leur version “ghiblisée”.
Même les clubs de football s’y sont mis, Le Raja Club Athletic et l'AS FAR ont par exemple publié, sur leurs comptes officiels sur twitter, des images ghiblisées retraçant les moments historiques de leurs équipes.
La popularité fulgurante du procédé a même poussé OpenAI à limiter temporairement son utilisation, notamment à trois créations par jour pour les comptes gratuits, face à la saturation de ses serveurs.
Throwback to ASFAR’s Legendary Moments, Studio Ghibli Style! ⚽🎨 #ASFAR #MoroccanGlory #trend #studioghilbi pic.twitter.com/MIeKUTEfLz
— Association Sportive des Forces Armées Royales (@ASFAR_Officiel) March 28, 2025
Cette tendance n’est pas sans controverse. Certains spécialistes, comme le journaliste Alexandre Mathis, auteur de Un monde parfait selon Ghibli, dénoncent une représentation superficielle et sans âme du style Ghibli. Loin du travail minutieux et artisanal d’un Miyazaki, qui accorde une attention extrême à chaque détail d’animation, ces générateurs produisent un rendu jugé creux et dénaturé.
La controverse s’étend aussi sur le plan juridique. Alors qu’OpenAI affirme avoir utilisé des “données accessibles publiquement” et un partenariat avec la banque d’images Shutterstock pour entraîner son modèle, de nombreuses actions en justice ont été engagées aux États-Unis. Le New York Times, notamment, poursuit l’entreprise pour avoir intégré des contenus protégés par le droit d’auteur dans sa phase d’apprentissage.
La question de la protection juridique d’un style graphique comme celui de Ghibli reste en suspens. Selon Edward Lee, professeur de droit à l’université de Santa Clara, tout dépend du degré de spécificité du style. Si certains artistes peuvent revendiquer un style comme une œuvre protégeable, d’autres courants, comme le cubisme ou le surréalisme, tombent dans le domaine d’approche artistique plus générale.
Hayao Miyazaki, aujourd’hui âgé de 84 ans, est reconnu pour sa méthode artisanale et son approche poétique de l’animation. Il s’est exprimé à plusieurs reprises contre l’utilisation de l’IA dans le domaine artistique, notamment lors du documentaire Never-Ending Man: Hayao Miyazaki, sorti en 2016. La justice américaine devra trancher sur la légitimité du recours par les IA à des œuvres protégées, notamment via la notion controversée de “fair use”. Plus de 40 procès en cours pourraient ainsi redéfinir les contours de la création numérique, avec des implications globales, y compris pour les artistes, les studios et les utilisateurs marocains séduits par cette nouvelle forme d’expression visuelle.
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