Economie
L'industrie chimique au Maroc face au défi de la transformation des matières premières et de la décarbonation
13/05/2026 - 22:51
Mustapha Azougah | Fahd MerrounAu Maroc, l'industrie chimique est aujourd’hui confrontée à un double défi stratégique : améliorer la transformation des matières premières et accélérer sa décarbonation. Dans ce contexte, les acteurs de la filière misent sur un renforcement de l’intégration industrielle afin de générer davantage de valeur ajoutée et de faciliter l’accès aux marchés internationaux, de plus en plus exigeants en matière environnementale.
Ces enjeux ont été au cœur des discussions, mercredi 13 mai, lors de la session d’ouverture de la 4e édition du Forum international de la chimie, organisé par la Fédération de la chimie et de la parachimie, en partenariat avec le ministère de l’Industrie et du Commerce, sous le thème : « La chimie au cœur de l’intégration industrielle ».
Organisé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cet événement vise à mettre en lumière le rôle structurant de l’industrie chimique dans le renforcement des chaînes de valeur industrielles. Il a réuni plusieurs acteurs nationaux et internationaux du secteur.
Dans un contexte mondial marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques, les tensions énergétiques et les mutations technologiques, la Fédération souligne que l’intégration industrielle constitue un levier stratégique pour renforcer la compétitivité, la souveraineté et la durabilité. L’industrie chimique y joue un rôle central, en reliant plusieurs branches d’activité, en valorisant les ressources et en stimulant l’innovation.
Les tensions sur les chaînes d’approvisionnement énergétique et la hausse des prix des matières premières renforcent l’urgence d’une meilleure intégration industrielle. Le secteur, dont le chiffre d’affaires avoisine les 200 milliards de dirhams, représente le premier contributeur aux exportations industrielles du Royaume, avec près de 23 %.
Intervenant à cette occasion, le président de la Fédération de la chimie et de la parachimie, Abed Chagar, a indiqué que le secteur continue d’afficher une croissance régulière, précisant qu’environ la moitié de son chiffre d’affaires est liée aux exportations du groupe OCP.
Il a rappelé que la chimie constitue un maillon essentiel reliant plusieurs secteurs clés, notamment l’énergie, les mines, l’agriculture, l’industrie automobile, les batteries et les matériaux à haute performance. Selon lui, le Maroc dispose d’atouts solides pour devenir un pôle de référence dans les industries chimiques.
De son côté, le vice-président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Saïd El Hadi, a estimé que les performances du secteur restent en deçà de son potentiel. Il a notamment pointé le fait qu’une part importante de la production est encore exportée sous forme brute. Il a ainsi plaidé pour une transformation accrue des matières premières avant exportation, citant l’exemple du groupe OCP, qui multiplie par trois à cinq la valeur du phosphate en le transformant en engrais.
Pour sa part, le Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Industrie et du Commerce, chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira, a relevé que, malgré son rôle moteur, l’activité du secteur demeure fortement concentrée, à hauteur de 85 %, dans les régions de Casablanca-Settat et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Il a insisté sur la nécessité de renforcer l’intégration territoriale et de développer de nouveaux modèles de création de valeur, fondés sur la transformation intelligente des ressources, notamment dans le domaine des batteries et du stockage d’énergie.
Il a également souligné que l’industrie chimique, qui représente 26 % de la consommation énergétique nationale, reste particulièrement exposée aux chocs externes, ce qui renforce l’importance d’une transition énergétique maîtrisée.
Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a pour sa part affirmé que la chimie de demain reposera sur une économie circulaire, des procédés à faible empreinte carbone et le développement de matériaux avancés à forte valeur stratégique. Il a estimé que le Maroc dispose des atouts nécessaires pour se positionner comme un pôle régional, voire mondial, notamment dans le domaine du stockage d’énergie.
Même constat du côté de la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, qui a rappelé que l’industrie chimique figure parmi les secteurs les plus énergivores du Royaume. Elle a insisté sur l’importance d’un accès à une énergie propre, compétitive et durable pour renforcer la compétitivité du secteur et réduire son empreinte carbone.
Dans une allocution prononcée en son nom, le secrétaire général du département, Mohammed Ouhmid, a souligné que le Maroc a engagé un nouveau modèle énergétique axé sur les énergies renouvelables. Celui-ci repose sur plusieurs piliers, notamment le développement des énergies vertes, l’efficacité énergétique, l’intégration régionale et la structuration d’une chaîne de valeur autour de l’hydrogène vert.
La ministre a également mis en avant le potentiel des énergies solaire et éolienne, couplées à des solutions de stockage et de production autonome. Selon elle, les industries chimiques disposent d’opportunités concrètes pour réduire leurs coûts énergétiques, améliorer leur performance environnementale et répondre aux exigences des marchés internationaux.
Enfin, elle a souligné que l’hydrogène vert constitue une solution stratégique pour accélérer la décarbonation de l’industrie lourde, en offrant une alternative crédible aux énergies fossiles et en contribuant à réduire la dépendance énergétique du Royaume.
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