Société
Ménopause: entre défis hormonaux et avancées thérapeutiques
02/03/2026 - 13:21
Chahrazad Aiouch
La ménopause marque une étape incontournable dans la vie de chaque femme, mais ses répercussions vont bien au-delà de la simple fin des règles. Cette transition hormonale peut provoquer des bouffées de chaleur, des troubles du sommeil, des changements de poids, des douleurs articulaires ou encore des perturbations sexuelles et cardiovasculaires.
Ces effets, parfois difficiles à vivre au quotidien, soulignent l’importance d’une information claire et d’un accompagnement adapté. Aujourd’hui, grâce aux avancées médicales et aux stratégies personnalisées, il est possible de mieux comprendre, gérer et atténuer les impacts de la ménopause pour préserver la santé et la qualité de vie.
Dounia Makrane, chirurgienne Gynécologue, explique, dans une déclaration à SNRTnews, que la ménopause correspond à l’arrêt définitif des règles pendant au moins douze mois consécutifs. Elle résulte de l’épuisement du capital folliculaire ovarien et de la chute progressive des œstrogènes.
Makrane souligne que la ménopause n’est pas uniquement reproductive, puisque les récepteurs aux œstrogènes se trouvent dans de nombreux tissus, dont le cerveau, les os, les vaisseaux sanguins, la peau, l’appareil génito-urinaire et le métabolisme.
Selon la spécialiste, la carence œstrogénique peut entraîner des bouffées de chaleur, des sueurs nocturnes, des troubles du sommeil, des variations de l’humeur et de la concentration, ainsi que des symptômes génito-urinaires tels que sécheresse, douleurs et infections urinaires.
Elle précise que cette déficience hormonale peut aussi provoquer une perte osseuse et un risque d’ostéoporose, des modifications du profil lipidique avec augmentation du risque cardiovasculaire, ainsi qu’une redistribution abdominale des graisses.
Dr Makrane insiste sur le fait que le traitement hormonal est le plus efficace pour soulager les symptômes liés à la carence en œstrogènes. Il agit sur les symptômes vasomoteurs, le syndrome génito-urinaire, la prévention de la perte osseuse, l’amélioration du sommeil chez certaines patientes et la qualité de vie globale.
Et d'ajouter que la voie d’administration est déterminante: la voie orale implique un passage hépatique, tandis que la voie transdermique contourne ce premier passage et présente un profil métabolique différent. La prescription doit toujours être individualisée, et chez les femmes symptomatiques sans contre-indication, lorsqu’il est initié dans les années suivant la ménopause, le rapport bénéfice-risque est favorable.
Lorsque le traitement hormonal est contre-indiqué ou non souhaité, certaines alternatives non hormonales disposent de données scientifiques solides, surtout pour les symptômes vasomoteurs. Certains antidépresseurs à faible dose (ISRS et IRSNa) réduisent la fréquence et l’intensité des bouffées de chaleur, et la gabapentine constitue également une alternative efficace. Plus récemment, les antagonistes des récepteurs de la neurokinine B permettent de diminuer les bouffées de chaleur sans recours aux hormones. Ces traitements ciblent essentiellement les symptômes vasomoteurs et n’agissent pas sur la perte osseuse, le syndrome génito-urinaire ou les effets métaboliques de la carence œstrogénique.
Pour le syndrome génito-urinaire, les traitements locaux à base d’œstrogènes restent particulièrement efficaces et sûrs pour la sécheresse vaginale et la dyspareunie. Des techniques régénératives, utilisant lasers CO₂ fractionnés, Er:YAG ou radiofréquence, peuvent stimuler la production de collagène, améliorer la vascularisation et restaurer l’épaisseur de l’épithélium vaginal, mais les données scientifiques restent hétérogènes et les protocoles non standardisés. Des approches expérimentales comme les exosomes ou certaines injections biostimulatrices sont encore au stade préliminaire et nécessitent un suivi médical rigoureux.
Dans ce sillage, Fatima Ouammou, gynécologue-obstétricienne, a déclaré à SNRTnews que la ménopause survient en moyenne à 51 ans, tandis que la péri-ménopause se situe entre 45 et 55 ans, caractérisée par l’irrégularité des cycles menstruels. Elle précise que l’insuffisance ovarienne prématurée peut survenir avant 40 ans. Les symptômes fréquents incluent bouffées de chaleur (75% des cas), troubles du sommeil (40 à 60%), douleurs articulaires, baisse de libido, troubles cognitifs et symptômes uro-génitaux comme atrophie vaginale et incontinence.
Selon Ouammou, les conséquences hormonales incluent l’ostéoporose avec perte de densité osseuse et détérioration de la microarchitecture osseuse, touchant 30% des femmes, principalement au niveau de la colonne vertébrale, du col du fémur et du poignet. S’ajoutent arthralgies, myalgies, prise de poids avec redistribution des graisses de type androïde et risque cardiovasculaire, y compris augmentation de la tension artérielle après 50 ans. Les troubles génito-urinaires incluent baisse de libido, hyperactivité vésicale, infections urinaires et brûlures mictionnelles.
Pour la prise en charge, elle recommande une hygiène de vie adaptée: activité physique régulière, nutrition équilibrée, prévention du surpoids et de l’obésité, supplémentation en vitamine D et calcium et sensibilisation aux risques cardiovasculaires. Le traitement hormonal, sous forme combinée d’œstrogènes et progestérone (ou œstrogènes seuls après hystérectomie), est indiqué pour les femmes de moins de 60 ans et dans les dix premières années suivant la ménopause, afin de soulager les symptômes vasomoteurs, prévenir l’ostéoporose, améliorer le sommeil et réduire les douleurs articulaires. Pour les troubles génito-urinaires et sexuels, elle évoque lubrifiants, acide hyaluronique vaginal, traitement œstrogénique topique ou systémique, physiothérapie et consultation sexologique.
Les deux expertes s’accordent sur le fait que la ménopause est une étape physiologique normale, mais que ses effets ne sont pas une fatalité. Une approche individualisée, combinant traitements adaptés et modifications du mode de vie, permet à chaque femme de traverser cette transition de manière sereine, tout en préservant sa santé et sa qualité de vie.
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