Politique
Élections législatives au Maroc: La candidature des MRE entre droit constitutionnel et exigences de représentativité
20/06/2026 - 22:08
Morad Karakhi
À l’approche des élections législatives prévues pour le 23 septembre 2026, le débat sur la candidature des Marocains résidant à l’étranger (MRE) aux scrutins nationaux revient au premier plan de l'actualité.
Face à cette échéance, les appels se multiplient pour accorder aux membres de la diaspora une présence élargie au sein des institutions élues et pour renforcer leur contribution au processus de prise de décision politique. Cette dynamique s'inscrit en droite ligne avec le rôle actif que joue la communauté marocaine à l'étranger dans le développement du pays, une implication portée non seulement par ses transferts de fonds, mais également par l'expertise, les compétences et l'engagement constant de ses membres dans les affaires publiques nationales. Parallèlement, plusieurs partis politiques ont entamé leurs préparatifs électoraux en validant les premières accréditations de leurs candidats au niveau des circonscriptions locales, certaines formations s'orientant vers le recrutement de profils qualifiés issus de la diaspora.
Une présence politique encore restreinte
Bien que la Constitution de 2011 consacre les Marocains du monde comme une composante indissociable de la nation marocaine, leur participation au sein des instances élues demeure limitée, tant sur le plan des candidatures que de leur représentativité effective au Parlement et dans les collectivités territoriales.
Pour Abdelfettah Ezzine, professeur de l’enseignement supérieur et chercheur spécialisé dans les questions migratoires, ce débat ne peut être dissocié des mutations institutionnelles récentes qui entourent le dossier de la communauté marocaine à l'étranger. Dans une déclaration accordée à SNRTnews, il souligne que la création de la Fondation Mohammed VI pour les Marocains résidant à l'étranger ainsi que la restructuration du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME) imposent de repenser globalement les mécanismes d’inclusion de la diaspora. Ces institutions, dont le cadre réglementaire est en phase de finalisation, sont investies de missions multiples : le suivi de la situation juridique, sociale et culturelle des MRE, l'accompagnement de leurs investissements, le renforcement de leurs liens avec la patrie, ainsi que le suivi de leur participation à la vie politique.
M. Ezzine estime que l’intégration de la diaspora doit faire l’objet d’une vision d'ensemble, passant soit par l’ouverture des partis politiques aux compétences de la communauté, soit par l’adoption de nouvelles formules de représentation. Il rappelle qu’à une certaine époque, les formations politiques marocaines disposaient d’antennes organisationnelles au sein de la diaspora, ce qui permettait aux migrants de contribuer aux grands rendez-vous nationaux, avant que cette présence ne s’estompe au fil du temps. Pour inverser cette tendance, il préconise une ouverture précoce des partis politiques bien avant les scrutins, tout en tirant profit du nouveau cadre légal qui autorise les candidatures en dehors des structures partisanes (sans étiquette), insistant sur la capacité de la jeunesse à insuffler une nouvelle dynamique au paysage politique.
Entre droit constitutionnel et contraintes institutionnelles
De son côté, Mohamed El Ghali, professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, confirme que la Constitution marocaine garantit pleinement le droit de vote et d'éligibilité des Marocains du monde. Toutefois, il précise à SNRTnews que la mise en œuvre de ce droit constitutionnel reste encadrée par des dispositions légales et réglementaires intrinsèques à la nature même du mandat représentatif, lequel repose sur les principes de continuité et de présence physique effective au sein des institutions élues.
En effet, l'exercice d'un mandat au sein des conseils locaux, régionaux ou au Parlement impose l'obligation d'assister aux sessions et aux travaux des commissions. Un absentéisme répété peut déclencher des procédures de suspension ou conduire à la déchéance de la qualité de membre, conformément aux lois en vigueur. Selon l’expert, cette obligation pose un défi pratique majeur pour les candidats établis à l'étranger, confrontés à la difficulté de concilier leur lieu de résidence avec les exigences liées à l'accomplissement de leurs fonctions électives au Maroc.
Bien que plusieurs Marocains du monde aient par le passé assumé des responsabilités au sein de collectivités territoriales ou occupé de hautes fonctions, la problématique majeure est toujours restée liée à la garantie de la continuité et de la régularité de leur présence. Enfin, M. El Ghali note que les récentes modifications des lois électorales ont cherché à élargir la participation politique, en particulier celle des jeunes, en assouplissant les conditions de candidature et en encourageant l'émergence de listes jeunes via des mécanismes financiers et réglementaires incitatifs. Il conclut que le renforcement de la participation de la diaspora reste tributaire de la capacité à trouver un juste équilibre entre le droit constitutionnel à la représentation politique et les impératifs de la pratique démocratique, exigeant engagement et assiduité dans l'exercice des fonctions électives.
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