Société
Achoura: Pourquoi les pétards et feux d'artifice inondent-ils les marchés malgré l'interdiction?
20/06/2026 - 17:50
Ouiam Faraj
À l’approche de chaque célébration de la Achoura, le phénomène de la prolifération des pétards et feux d’artifice interdits refait surface au Maroc. Malgré un arsenal juridique strict régulant les substances explosives, les réseaux de contrebande continuent d'approvisionner les marchés populaires, causant chaque année de graves accidents.
Les récentes interventions des services de sûreté témoignent de la persistance de cette activité illicite. Le jeudi 18 juin, les éléments de la police de la préfecture de sûreté d'Agadir, en coordination avec leurs homologues de Taroudant et sur la base d'informations précises fournies par la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), ont intercepté 40.020 unités de pétards et de pièces pyrotechniques. Trois individus suspectés d'être impliqués dans ce trafic de matières inflammables ont été interpellés.
Par ailleurs, des opérations distinctes menées le 16 juin par la police judiciaire à Casablanca et à Salé ont permis de saisir 86 711 unités de produits pyrotechniques de contrebande et d'arrêter cinq suspects. Ces saisies massives illustrent l’ampleur du marché noir, en dépit des efforts sécuritaires pour tarir les sources d’approvisionnement.
Le flou réglementaire pointé du doigt
Interrogé par SNRTnews, Me Yassine Assila, avocat au barreau de Casablanca, rappelle que le Maroc a franchi une étape cruciale en 2018 avec l'adoption de la loi n° 22-16 relative aux substances explosives et aux pièces pyrotechniques, venue remplacer des textes obsolètes datant de 1914. Ce texte prévoit des sanctions sévères, pouvant atteindre cinq ans d'emprisonnement et des amendes allant jusqu'à 500 000 dirhams pour toute détention, fabrication ou commercialisation non autorisée.
Cependant, Me Assila nuance l'efficacité de cette loi en raison du retard de publication de ses décrets d'application, qui ne sont parus qu'en 2022. Ce vide a favorisé la continuité du commerce informel dans les quartiers populaires. L'avocat préconise un durcissement de l’article 54 de ladite loi pour punir plus sévèrement la vente aux mineurs, proposant des peines de 3 à 7 ans de prison et des amendes de 100 000 à 1 000 000 de dirhams, ainsi que l'obligation pour les condamnés de publier les jugements à leurs frais à des fins de dissuasion.
"Des projectiles thermiques explosifs" menaçant la santé publique
De son côté, Ali Lotfi, président du Réseau marocain pour la défense du droit à la santé et du droit à la vie, alerte sur la dangerosité de ces articles, qu'il qualifie de "projectiles thermiques explosifs" menaçant directement l'intégrité physique et le droit à la vie, et non de simples jouets. Il salue les opérations anticipatives de la Sûreté nationale mais déplore que les contrebandiers exploitent l'inconscience des enfants et des adolescents.
M. Lotfi appelle à une application rigoureuse de la loi n° 22-16, notamment ses articles 54 (sanctions pénales) et 24 (contrôle des importations et traçabilité). Il demande également que la responsabilité civile et pénale des détaillants et des intermédiaires — qui vendent ces produits aux enfants via des plateformes numériques en violation de l'article 38 — soit engagée. Enfin, il préconise le déploiement d’une stratégie nationale conjointe impliquant l’Intérieur, la Santé, l’Éducation et les Médias.
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