Société
Quand Drâa-Tafilalet était une mer... Découverte de traces de créatures datant de 360 millions d'années
19/06/2026 - 19:04
Youness Oubaali
Des recherches récentes ont révélé que la région située entre Erfoud et Taouz, aujourd'hui connue pour sa nature désertique et aride, était il y a environ 360 millions d'années le foyer d'un écosystème marin riche en vie et en biodiversité
Une équipe de chercheurs marocains et internationaux, sous la direction de la chercheuse Wahiba Belhaouz de l'Université Hassan II de Casablanca, a mis au jour un ensemble impressionnant de traces fossiles dans l'Anti-Atlas oriental. Cela confirme que cette zone désertique au climat semi-aride faisait autrefois partie d'un environnement marin riche et diversifié.
Ces découvertes revêtent une importance mondiale, car une nouvelle trace fossile, unique au monde, a été documentée et nommée Rusophycus antiatlasensis, en référence aux montagnes de l'Anti-Atlas où elle a été trouvée.
L'intérêt de cette découverte ne se limite pas à documenter de nouvelles traces fossiles, mais s'étend à la révélation d'aspects précis du comportement des créatures qui vivaient dans ces mers anciennes.
Les fossiles d'Erfoud
L'étude, basée sur l'analyse de plus de 60 échantillons collectés lors de missions sur le terrain entre 2018 et 2025, a permis d'observer des indices de mouvements collectifs de trilobites et de leurs méthodes de recherche de nourriture, ainsi que des comportements liés à la prédation, à la défense et à la protection.
Dans une déclaration à SNRTnews, Abdelouahed Lgnaoui, professeur de paléontologie à l'École Supérieure de l'Éducation et de la Formation de Berrechid (Université Hassan 1er) et membre de l'équipe de recherche, a expliqué que les travaux d'excavation et d'étude ont débuté en 2018. En 2023, la découverte d'un fossile complet de requin, baptisé Maghriboselache, est venue renforcer l'importance du site et enrichir les connaissances scientifiques s'y rapportant.
Le spécialiste en paléontologie a souligné que l'époque à laquelle remontent ces découvertes coïncide avec ce que l'on appelle "la crise biologique de Hengenberg". Il s'agit d'une phase qui a connu un déclin brutal du nombre de créatures marines à l'échelle mondiale, de l'ordre de près de 75 %. Cela donne à ces traces une valeur exceptionnelle pour comprendre comment les créatures ayant survécu à ces bouleversements majeurs ont vécu.
Lgnaoui a ajouté que l'étude ne s'est pas contentée d'identifier les espèces qui vivaient dans la région, mais a également permis de comprendre leurs comportements quotidiens : comment elles marchaient ou rampaient sur le fond marin, comment elles se nourrissaient et comment elles interagissaient avec leurs proies et leurs ennemis. Elle offre ainsi de nouveaux chapitres de l'histoire d'un monde marin disparu depuis des centaines de millions d'années, mais toujours préservé dans les roches du désert marocain
Plus précisément au sein de la formation d'Oufilal, les scientifiques ont trouvé des empreintes, des terriers et des marques de repos laissés par des créatures qui vivaient au fond de la mer à la fin du Dévonien. Ces traces remontent à environ 360 millions d'années, ce qui en fait une fenêtre rare sur les détails de la vie marine ancienne à cette époque lointaine .
La découverte ne s'arrête pas là, puisque les chercheurs ont également repéré la Cruziana lobosa, un type de piste de trilobite que l'on pensait auparavant disparu du registre fossile et qui n'existait qu'au Canada et en Libye.
Lagnaoui a réaffirmé que l'importance de ces découvertes dépasse la simple description de nouveaux fossiles pour offrir des données précises sur le comportement des animaux anciens. Les traces découvertes révèlent comment les trilobites se déplaçaient sur le fond marin, comment ils cherchaient leur nourriture et se reposaient, et peut-être aussi comment ils interagissaient avec les autres créatures qui les entouraient, des millions d'années avant l'apparition des dinosaures.
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