Société
Meryem Lemrani à la pointe de la lutte contre la leishmaniose grâce à l’IA
14/04/2025 - 14:08
Ayoub Mouhyiddine | Khawla ZnaiziniDans les couloirs de l’Institut Pasteur de Casablanca, une course quotidienne contre la montre est engagée face aux affections infantiles rares.
Docteure Meryem Lemrani consacre ses recherches à l’étude du syndrome de Leishmaniose viscérale, une maladie parasitaire grave. Elle pilote une équipe scientifique spécialisée dans le développement d’applications basées sur l’intelligence artificielle, capables d’analyser avec une grande précision des images de lésions cutanées afin d’identifier si un patient est atteint de leishmaniose, sans avoir besoin de prélever des échantillons biologiques.
Malgré la complexité de la leishmaniose et la difficulté de son diagnostic, la docteure Lemrani a pu mettre au point, avec ses collaborateurs, des outils scientifiques précis et fiables. L’objectif : limiter la propagation de la maladie et améliorer la vie des patients, notamment dans plusieurs régions rurales du Maroc, encore fortement touchées par ce mal.
Une maladie complexe… à multiples visages
Dans une déclaration à SNRTnews, la chercheuse précise que la leishmaniose n’est pas une maladie unique, mais un ensemble de pathologies causées par différents types de parasites du genre Leishmania. Ceux-ci sont transmis à l’être humain par la piqûre d’un moustique appelé phlébotome.
Elle explique que cette maladie se manifeste sous deux formes principales: l’une affecte uniquement la peau de l’homme, tandis que l’autre, plus grave, touche les organes internes et constitue la forme viscérale de la leishmaniose, la plus redoutable.
Les symptômes varient selon le type infantile de la leishmaniose. Ils vont des lésions cutanées superficielles apparaissant souvent sur le visage et les membres, jusqu’aux formes internes, plus dangereuses, qui peuvent entraîner la mort en cas de retard de diagnostic et de traitement.
Un diagnostic précis, grâce à l’IA
Selon docteure Lemrani, le principal défi dans la lutte contre la leishmaniose reste le diagnostic précoce de la maladie. Souvent, celle-ci n’est détectée qu’après un certain temps, lorsqu’elle a déjà bien progressé dans le corps du malade.
Pour surmonter cette difficulté, son équipe s’est engagée dans le développement d’outils innovants et intelligents qui ne se contentent pas de détecter la présence du parasite, mais permettent aussi de préciser la nature et la gravité des lésions cutanées, orientant ainsi vers un traitement adapté.
Le groupe de chercheurs travaille à la mise en place d’applications utilisant l’intelligence artificielle, capables d’analyser avec grande précision des images de lésions pour déterminer si le patient souffre de leishmaniose, sans nécessiter de prélèvements biologiques. Cette méthode représente un pas en avant vers un diagnostic plus rapide, surtout dans les régions isolées où les équipements médicaux sont souvent insuffisants.
La chercheuse insiste sur l’importance d’adopter une stratégie globale, qui ne se limite pas au diagnostic ou au traitement, mais prend également en compte la compréhension du cycle de vie du parasite et de son hôte humain. Cela passe par l’utilisation des sciences de données, notamment la biologie computationnelle.
L’objectif est clair : mettre en place des stratégies de prévention efficaces, particulièrement pour les enfants, en raison de leur vulnérabilité. Ceci est d’autant plus crucial que la diversité des types de leishmaniose rend les méthodes de lutte et de prévention complexes.
La même source met également en avant l’importance de la collaboration scientifique. Elle évoque les partenariats engagés avec des institutions relevant du réseau de l’Institut Pasteur, ainsi qu’avec des universités européennes et marocaines, pour favoriser l’échange d’expertise et renforcer les compétences en matière de santé publique.
Une reconnaissance internationale, un levier supplémentaire
Meryem Lemrani a également évoqué sa sélection au sein du comité scientifique des pays du bassin méditerranéen pour l’année 2025, une distinction qu’elle accueille avec une grande fierté; "C’est un honneur et une responsabilité à la fois. Cette reconnaissance m’encourage fortement à poursuivre mes recherches sur les mystères de la leishmaniose et à explorer des solutions innovantes pour lutter contre cette maladie et prévenir sa propagation. Elle nous pousse également à viser l’excellence scientifique."
Elle précise que l’équipe qu’elle supervise travaille actuellement sur deux projets fondamentaux.
Le premier consiste à développer des modèles prédictifs basés sur l’intelligence artificielle pour anticiper la survenue de la leishmaniose, en analysant les données épidémiologiques et environnementales.
Le second s’intéresse à l’élaboration de protocoles thérapeutiques alternatifs, plus efficaces que ceux actuellement disponibles, à travers la découverte de nouvelles molécules et méthodes de traitement intégrées.
Elle insiste sur le fait que l’avenir de la lutte contre les maladies parasitaires au Maroc et dans toute la région méditerranéenne repose sur la science, la recherche collaborative et la prise de décision éclairée.
Un parcours académique solide
Originaire de la ville de Sefrou, Meryem Lemrani a suivi sa scolarité primaire et secondaire dans des établissements publics avant d’obtenir en 1988 sa licence en sciences expérimentales à la Faculté des sciences de Rabat.
Elle a ensuite obtenu un diplôme d’études approfondies en parasitologie à la Faculté des sciences de Ben M’Sik en 1992, puis un doctorat d’État en parasitologie en 2007.
En 1993, elle a intégré l’Institut Pasteur du Maroc, où elle occupe aujourd’hui le poste de cheffe du laboratoire des maladies parasitaires. Elle est également chargée de la formation des chercheurs au sein de l’Institut.
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