IA
Métiers résilients: survivre à l'ère de l'IA
19/09/2025 - 12:36
Khaoula Benhaddou
Présente dans plusieurs secteurs, l’intelligence artificielle bouleverse le monde du travail. Si certaines entreprises, menacées par sa percée, ont dû mettre la clé sous la porte, d’autres professions semblent être à l’abri et profitent de cet outil pour se développer.
Depuis quelques années, plusieurs secteurs sont fortement impactés par l’intelligence artificielle comme les centres d’appels et l’industrie.
Les métiers répétitifs et automatisables reposant sur des tâches routinières, prévisibles et codifiées comme la saisie de données, l’assistance administrative de base, support client standardisé, caisse, ont été les plus exposés.
À l’inverse, d’autres professions tirent profit de l’IA pour se développer et gagner en efficacité
Métiers relationnels et humains
Certes, l’intelligence artificielle a fait son entrée dans le domaine médical. Elle est de plus en plus utilisée comme outil pour poser un diagnostic, analyser des rapports médicaux. Cependant, elle ne remplacera pas le praticien qui se distingue par la dimension émotionnelle et la confiance qu’il instaure avec ses patients.
Contacté par SNRTnews, Morad El Mazyani, expert en intelligence artificielle précise que "tous les métiers qui nécessitent une connexion émotionnelle ne sont pas menacés. Par exemple, le métier de sage femme exige écoute et empathie. C’est également le cas du médecin qui doit faire preuve de compréhension envers ses patients".
Et d’expliquer "certes, on a vu des opérations réalisées avec de la robotique mais c’est de la chirurgie assistée. Ce n’est pas une IA à 100% puisqu’un médecin contrôle à distance".
Selon lui, l’IA peut devenir un outil efficace pour les médecins "au Maroc, comme dans de nombreux pays, le nombre de médecins par habitant est limité. Il existe un vrai manque de spécialistes. Grâce à l'IA, un médecin peut traiter plus de patients facilement. L’IA peut aider au diagnostic, mais elle reste un assistant. Au lieu de traiter 100 personnes, le médecin peut en traiter 1000 pus sereinement ".
Certaines disciplines peuvent même être transformées ou développées comme l’explique l’expert "il y a des disciplines de la médecine qui vont être transformées, remplacées comme la radiologie mais le médecin restera toujours le maître".
Au delà du domaine médical, d’autres professions centrées sur l’écoute comme le psychologue, le coach, l’assistant social, et l’enseignant ne sont pas menacées.
L’IA peut dispenser des cours, mais motiver, comprendre et s’adapter aux élèves reste un rôle profondément humain comme l’explique l’expert "les métiers comme le coaching et l’éducation ne peuvent être remplacés par l’IA parce que pour les professeurs, l’information est abondante. Certes l’IA peut la donner, mais cette connexion émotionnelle pour la transmission restera toujours nécessaire".
Les métiers manuels
Les métiers manuels comme les plombiers, les électriciens, menuisiers, coiffeurs, mécaniciens et cuisiniers sont difficilement remplaçable par l’IA. Ces professions nécessitent une présence physique, une adaptation constante et une créativité sensorielle…des qualités que les machines ne peuvent reproduire.
"Pour le moment, les métiers de plombiers, d’électricien ne sont pas du tout menacés pour une simple raison, c’est que la robotique reste très couteuse" explique Morad El Mazyani.
Les métiers créatifs
Les métiers créatifs comme le journalisme, design, marketing, la créativité artistique…ne sont pas véritablement menacés. L’IA peut assister les professionnels, mais l’originalité, la créativité et la sensibilité humaine demeurent irremplaçables.
"L’IA est performante dans des tâches déjà réalisées. Par exemple, elle peut créer une chanson à la manière d’Oum Kaltoum et à la perfection mais en se basant sur un historique et sur des données existantes. Nous avons déjà vu des films et des chansons réalisés par l'IA, mais tout cela a été crée à partir de données et de data" explique l’expert.
Pour Morad El Mazyani, l’artiste reste indispensable pour créer "bien sûr, il va encore devoir plus se démarquer, sortir vraiment des choses extraordinaires et d’inédits que la machine peut reproduire"
Au-delà de la créativité, les métiers demandant pensée critique, prise de décision et stratégie comme les dirigeants, juges, diplomates ou chercheurs restent également protégés face à l’IA.
L’IA ami ou ennemi ?
Historiquement, chaque révolution technologique a détruit certains emplois mais en a créé d’autres. L’IA suit la même logique : elle ne supprime pas le travail, elle le reconfigure.
"Quand la calculatrice a été inventée, certains craignaient la fin du calcul humain. Pourtant, de grandes découvertes scientifiques ont émergé à cette époque. C’est la même chose avec l’IA. Il y a beaucoup de choses inconnues dans l'espace, dans les océans, et sur les maladies… L'IA est un outil puissant pour accélérer la recherche, mais on est très loin d'une IA indépendante" explique Morad El Mazyani.
Selon lui, l’IA est "un outil piloté par l'humain destiné à déchiffrer toutes les choses qu'on ne connaît pas du tout. On s'attend à des avancées scientifiques plus majeures grâce à l'IA, mais pas seulement à l'IA, mais grâce à aussi des chercheurs. Pour cela, je pense qu’aujourd’hui les licences et les masters ne suffisent plus. Les étudiants devront se tourner vers la recherche approfondie et les doctorats pour explorer des sujets inédits. C’est là que l’IA ne peut se substituer à l’intelligence humaine".
En somme, plus un métier repose sur l’humain, l’imprévu, l’émotion et la créativité, moins il est menacé par l’IA. Cette dernière ne doit pas être perçue comme une rivale, mais comme un outil puissant qui pousse les professionnels à évoluer et à valoriser ce que la machine ne pourra jamais remplacer : l’intelligence humaine.
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