Art & Culture
Mondialisation, réseaux sociaux et ferveur nationale: Pourquoi la folie des vignettes Panini ne faiblit pas
28/06/2026 - 16:27
Malak Zougagh
La passion du football ne se limite pas à courir derrière le ballon ou à garder des cicatrices aux genoux. Il arrive que l’enthousiasme roule au-dessus de la pelouse pour retomber entre plusieurs pages couvertes de figures emblématiques de ce sport envoûtant.
Une passion qui se traduit par l’accumulation de petits portraits distinctifs, empilés dans un catalogue. Une habitude qui se développe en passion frénétique, pour devenir un grand marché, où les collectionneurs recherchent la perle rare pour combler la collection.
Les vignettes Panini, elles, ont traversé les générations sans prendre une ride. Depuis plus de six décennies, ces petits rectangles de papier continuent de faire battre le cœur des amateurs de football, des cours d’école aux réseaux sociaux, des albums soigneusement rangés dans une bibliothèque aux rassemblements d’échangeurs.
Une histoire née entre deux journaux
Créée en 1961 à Modène par les frères Giuseppe et Benito Panini, la marque est née de l'engouement des enfants pour les images de footballeurs. Avec le lancement de l'album Calciatori, Panini popularise la collection de vignettes et les échanges entre passionnés.
Au fil des décennies, l'entreprise a étendu son activité au-delà du football en développant des collections consacrées aux comics, mangas et grandes franchises de la culture populaire comme Marvel, Star Wars ou Harry Potter.
Quand un album devient un souvenir.

Pour Salim, aujourd’hui IT manager et passionné de longue date, l’histoire a commencé bien avant l’ère des smartphones.
“Mes parents m’avaient acheté l’album Panini 98”, se souvient-il. À l’époque, explique-t-il à SNRTnews, les distractions étaient moins nombreuses et la Coupe du monde occupait une place centrale dans les conversations des jeunes.
“Presque tout mon entourage ne faisait qu’échanger et parler de ça durant toute la durée de la Coupe du monde. Cet engouement et cette excitation m’avaient profondément marqué”, raconte-t-il.
Comme beaucoup de collectionneurs, Salim n’a jamais réellement quitté cet univers. Les albums se sont refermés un temps, mais la passion est restée collée aux pages.
La chasse aux doubles continue
À première vue, l’essor du numérique aurait pu faire disparaître ces rendez-vous entre collectionneurs. Pourtant, les vignettes continuent de circuler de main en main.
Pour Salim, le football demeure le principal moteur de cette passion,“le football a toujours été populaire et cette popularité n’a cessé de croître, surtout avec l’avènement des réseaux sociaux”, déclare-t-il à SNRTnews.
Selon lui, la communauté des collectionneurs se nourrit d’elle-même. Une fois plongés dans cet univers, les passionnés cherchent naturellement à rencontrer d’autres amateurs, à partager leurs trouvailles et à organiser des échanges.

Et puis, il y a cette émotion particulière que les collectionneurs connaissent bien: celle de la vignette manquante. “L’adrénaline et l’excitation de rencontrer de nouvelles personnes, de faire les déplacements, de rechercher pendant des jours la carte manquante et finalement la trouver rendent cette activité très unique”, affirme-t-il.
Car derrière chaque album complété se cache souvent une véritable enquête. Une sorte de mercato miniature où l’on négocie un gardien contre deux milieux de terrain, où une vignette brillante peut valoir plusieurs doubles ordinaires.
Une passion mondialisée
Si les albums Panini ont gagné autant de terrain, c’est aussi parce que le football lui-même a changé d’échelle. Pour Salim, la mondialisation a joué un rôle important dans la diffusion de ces collections. “La mondialisation a permis l’accessibilité, permettant à plus de personnes d’y avoir accès”, souligne-t-il.
Il estime également que la popularité croissante de la sélection nationale marocaine contribue à cet engouement. “Le fait que l’équipe nationale soit aussi populaire aujourd’hui aide tout l’écosystème du football arabo-africain”, explique-t-il.
À chaque grande compétition, un même scénario se répète; de nouveaux collectionneurs apparaissent, attirés par l’ambiance du tournoi et par tout ce qui gravite autour du ballon rond. Les albums reviennent sur les tables, les groupes d’échange se multiplient et les listes de vignettes manquantes circulent à nouveau.
Plus qu’une collection
Pour beaucoup, les vignettes Panini ne sont plus seulement des images à coller. Elles sont devenues des souvenirs de compétitions, des témoins d’époques et parfois même des passerelles entre générations.
Dans les stades, dans les cafés ou sur les réseaux sociaux, certains parlent de tactique. D’autres statistiques. Les collectionneurs, eux, parlent souvent des numéros de vignettes.
Et lorsque la dernière case vide finit par disparaître, le sentiment de victoire n’est pas si éloigné de celui d’un but inscrit dans les derniers instants d’un match. Après tout, dans l’univers Panini, la finale se joue parfois au fond d’une simple pochette de cinq stickers.
Si les albums Panini restent indissociables de l’histoire de la Coupe du monde pour plusieurs générations de supporters, cette relation touche progressivement à sa fin. La Fédération internationale de football (FIFA) a annoncé que l’éditeur italien ne produira plus les albums officiels de la compétition après l’édition 2030.
Partenaire des Coupes du monde depuis le tournoi organisé au Mexique en 1970, Panini cédera sa place à l’entreprise américaine Fanatics, propriétaire de la marque Topps, qui assurera la production des stickers et cartes à collectionner des compétitions de la FIFA à partir de 2031.
Les collectionneurs pourront toutefois continuer à compléter les albums Panini lors des prochaines grandes échéances internationales. La marque éditera encore les collections officielles de la Coupe du monde féminine 2027 ainsi que celles du Mondial 2030.
Pour de nombreux passionnés, cette transition marque la fin d'un chapitre qui aura accompagné plusieurs générations de supporters. Une page se tourne, mais les albums déjà remplis, eux, continueront de raconter l'histoire du football à travers des milliers de vignettes soigneusement conservées.
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