Société
Mustapha Shimi: "Les manifestations traduisent un malaise social profond"
01/10/2025 - 21:44
SNRTnewsAlors que plusieurs villes du Royaume connaissent depuis une semaine des manifestations de jeunes, parfois émaillées de débordements, le politologue et professeur de droit Mustapha Shimi a livré son analyse du climat social et des enjeux qui se dessinent.
Selon Mustapha Shimi, ces mobilisations s’inscrivent dans un contexte marqué par des tensions économiques et sociales persistantes. Le chômage atteint 13,2% avec 1,6 million de personnes sans emploi, dont 300.000 diplômés. À cela s’ajoutent la baisse du pouvoir d’achat et le manque de perspectives d’amélioration, malgré la mise en place d’aides sociales directes.
Le déclencheur immédiat des manifestations a toutefois été un drame sanitaire : le décès de huit femmes à la suite de césariennes à l’hôpital Hassan II d’Agadir. "Cet événement a agi comme un choc national, mettant en lumière le déficit du système de santé, mais aussi celui de l’éducation et la lutte contre la corruption", souligne le politologue.
Des rassemblements non encadrés
Si la liberté de réunion et de manifestation pacifique est garantie par l’article 29 de la Constitution, elle suppose une déclaration préalable, ce qui n’a pas été fait. "Ces jeunes ne sont pas encadrés, pas structurés, sans leaders identifiés. Cela a créé une situation complexe", explique M.Shimi.
La première phase, de samedi à lundi, a été marquée par des mobilisations pacifiques. Mais dès le début de la semaine, des violences ont éclaté. Le bilan est lourd: 263 blessés parmi les forces de l’ordre, 23 parmi les civils, ainsi que 142 véhicules de police endommagés ou incendiés.
L’analyste souligne que la géographie des manifestations témoigne d’un mouvement national, touchant de nombreuses villes, à l’exception notable des provinces du Sud. "Cela peut s’expliquer par un sens plus affirmé des responsabilités et de la maturité", observe-t-il.
Une jeunesse en dehors des structures
La question de l’encadrement de la jeunesse demeure centrale. Selon une enquête du Haut-Commissariat au Plan, seuls 1% des jeunes sont membres d’un parti politique et 4% actifs dans une association. "La majorité évolue en dehors des structures institutionnelles, nourrie principalement par les réseaux sociaux", analyse Shimi.
Face à cela, les politiques publiques doivent s’adapter, notamment en matière de communication. Un communiqué conjoint du RNI, de l’Istiqlal et du PAM, publié mardi, a d’ailleurs affirmé la volonté d’ouvrir un dialogue avec les jeunes. Mais celui-ci se heurte à une difficulté: "dialoguer avec qui, en l’absence de structures représentatives et de leadership identifié ?"
Pour Mustapha Shimi, l’accompagnement des jeunes doit s’appuyer sur plusieurs cercles: la famille, "structure de base pour la socialisation", l’école, "véritable seconde maison porteuse de valeurs et d’éthique", ainsi que la société civile et l’ensemble des institutions.
Il appelle également à mieux expliquer aux jeunes les choix de développement du pays, souvent contestés. "Quand ils rejettent la construction de stades pour le Mondial, il faut leur faire comprendre que ces infrastructures conditionnent le développement du Maroc et créeront, à terme, des emplois."
La problématique reste entière : pourquoi les investissements du pays génèrent-ils si peu d’emplois ? Une question, conclut-il, qui doit être posée au gouvernement et aux politiques publiques.
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