Société
Non-respect des gestes barrières: un rebond épidémique serait inévitable
16/11/2021 - 12:00
Lina Ibriz
Si les indicateurs virologiques affichent une amélioration de la situation épidémique au Maroc, le relâchement des citoyens quant au respect des gestes barrières laisse craindre un rebond épidémique, estiment les experts.
Après presque deux ans de lutte contre la Covid, le Maroc a pu réaliser d’importantes avancées grâce à une politique sanitaire proactive et à une vigoureuse campagne de vaccination. Les efforts multiples et communs ont permis au pays d’éviter les pires scénarios auxquels font face aujourd’hui d’autres pays à travers le monde. Ainsi, la réussite de la stratégie nationale de lutte contre la propagation du virus se traduit aujourd’hui par une situation épidémique stable et un retour progressif à la vie normale.
Néanmoins, la conjoncture sanitaire internationale demeure alarmante et le Maroc n'est pas à l'abri d'une nouvelle vague de contaminations d'autant plus que les mesures sanitaires sont de moins en moins respectées.
"Un déni total de la pandémie"
Le non-respect des gestes barrières alarme les experts qui craignent une nouvelle vague du virus durant cette période d’hiver. Et pour cause ! On atteste aujourd’hui à un relâchement quasi-total quant au respect des mesures préventives et très peu sont ceux qui se conforment aux règles sanitaires et maintiennent encore le port du masque et la distanciation physique.
"Malheureusement, aujourd’hui les gens sont dans le déni total de la pandémie et pensent qu’on en est sortis vainqueurs, alors qu’il suffit de voir ce qui se passe dans le monde et rien qu’en Europe pour voir qu’il y a une flambée de l’épidémie dans plusieurs pays et qu’il existe un risque de voir apparaître de nouvelles vagues avec de nouveaux mutants. Cela devrait alerter les gens", souligne Amina Barakat, enseignante chercheuse et membre du Comité scientifique national de vaccination anti-Covid.
Pour sa part, le professeur épidémiologiste et expert en management sanitaire, Jaafar Haikal affirme que "le port du masque et la distanciation physique ne sont plus respectés, alors que le virus est encore en circulation. Le risque d’apparition de nouveaux variants qui peuvent arriver d’Europe ou d’autres pays - et contre lesquels la vaccination ne protège pas à 100% - est toujours là".
Le port du masque, un geste "crucial"
En parallèle avec la vaccination, le maintien des mesures sanitaires est primordial pour préserver les acquis. L’allègement des restrictions en place "devrait pousser les gens à respecter davantage les mesures sanitaires pour se protéger, et non pas le contraire. Aujourd'hui, on doit consolider ces acquis", estime Barakat.
En effet le port du masque dans cette période est plus urgent que jamais. "Avec la saison froide qui s'annonce le port du masque protège pas seulement contre la Covid-19, mais aussi contre la grippe et contre toutes les maladies à transmission aérienne", rappelle la professeur.
Dans ce même sens, soulignant que "le port du masque est crucial", Haikal insiste sur la nécessité de poursuivre les efforts visant à sensibiliser les citoyens et à les inciter à continuer de porter le masque dans les espaces publics. "C’est important que le gouvernement et le ministère continuent à sensibiliser et à expliquer l’importance du port du masque et de la distanciation physique, surtout dans des espaces clos. Autant il faut accorder de l’importance à la vaccination, autant il faut accorder de l’importance aux gestes-barrières" indique-t-il.
"Prêcher la voie de la sagesse"
L'apparition d'une nouvelle vague constitue un risque imminent qui ne peut être évité que par le respect strict des mesures sanitaires et la poursuite des efforts concertés pour la lutte contre le propagation du virus. Cela nécessite la mobilisation de tous les moyens nécessaires pour inciter la population à maintenir la vigilance.
Pour garantir le respect des mesures sanitaires, le professeur Haikal estime qu'"il faut qu’on continue tous les jours à sensibiliser, à éduquer, à expliquer et à convaincre. Le ministère, les médias et les professionnels de santé doivent expliquer l’intérêt aux gens, mais il faut le faire avec conviction et crédibilité, car lorsqu'on perd la crédibilité et lorsqu'on fait pas les choses dans la transparence on crée la méfiance chez les citoyens et donc le non-respect des recommandations".
La membre du Comité scientifique rejoint ce même avis: "il faut prêcher la voix de la sagesse, et puis faire des rappels, encore des rappels, toujours des rappels. Il faut aussi montrer un peu ce qui se passe dans le monde pour alerter les gens".
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