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Quelle ambition climatique pour l'UE ? Place à la réforme du marché du carbone
17/07/2026 - 11:46
AFP
Décarboner, mais à quel rythme ? La Commission européenne va proposer vendredi une réforme de son marché du carbone, pilier de sa politique climatique, au cœur d'une bataille féroce entre États, industriels et organisations environnementales.
Depuis plusieurs mois, une large partie de l'industrie, soutenue par des pays d'Europe centrale et l'Italie, mène la fronde contre le coût du carbone dans l'Union européenne.
Bruxelles va tenter de les apaiser en accordant de nouvelles flexibilités aux entreprises.
L'exécutif européen doit dans le même temps présenter un objectif chiffré d'électrification de l'économie de l'UE en 2040, alors que la part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%.
Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.
Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre à court terme aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.
Vendredi, la Commission va donc proposer aux Vingt-Sept et au Parlement européen de retoucher le marché des quotas d'émissions carbone (ETS), en place depuis plus de vingt ans.
Cette révision était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.
Entre ces deux camps, la France est "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.
Déchets et secteur aérien
En Europe, pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.
Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement.
Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués, mais ils diminuent progressivement et devaient initialement disparaître d'ici 2034, une échéance au coeur de la réforme que la Commission s'apprête à présenter.
Car Bruxelles promet des concessions, sous conditions.
Les quotas gratuits pourraient être réduits plus lentement et se poursuivre au-delà de 2034, si les industriels s'engagent à se décarboner.
La Commission va aussi pousser pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.
Outre l'enjeu des quotas gratuits, l'UE doit également déterminer si elle intègre de nouveaux secteurs à son marché du carbone : les incinérateurs de déchets et l'aérien (pour les vols de l'UE vers l'international).
Les compagnies aériennes s'y opposent fermement, des pays comme la France sont réticents et les commissaires européens sont eux-mêmes divisés sur le sujet.
L'exécutif européen devra aussi établir quel rôle peut jouer la technologie de l'absorption du carbone dans les entreprises. Ou si elles peuvent acquérir des crédits internationaux : un soutien financier à des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la réduction de leurs émissions.
Le fonctionnement du marché du carbone de l'UE est dénoncé actuellement par une large partie de l'industrie, notamment la chimie allemande, qui l'accuse de contribuer au prix élevé de l'électricité en Europe et en fait un symbole de la bureaucratie européenne.
Selon le spécialiste de la transition écologique Neil Makaroff, du think tank Strategic Perspectives, "ce sont souvent les secteurs qui ont très peu investi" dans la décarbonation à l'échelle européenne qui sont les plus critiques envers l'ETS.
"A contrario, d'autres entreprises ont fait le choix d'investir massivement en Europe dans la décarbonation et dans l'électrification, dans l'acier, le ciment et le verre par exemple. Pour elles, revenir en arrière sur l'ETS, ce serait perdre leur avantage de pionnier", met-il en garde.
Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.
Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.
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