Société
Ramadan: La recrudescence inquiétante de la conduite dangereuse
03/03/2026 - 20:23
Morad Karakhi
Le Show driving connaît une hausse notable au Maroc, où certaines rues et places publiques se transforment en espaces de démonstrations dangereuses réalisées par des jeunes au volant de voitures modifiées ou de motos, sans se soucier des conséquences de leurs actes sur les usagers de la route et leur sécurité.
Ces pratiques, connues sous le nom de "conduite téméraire", enregistrent une augmentation significative durant le mois de Ramadan, notamment avant l’appel à la prière du Maghreb et pendant la prière des Tarawih. Certains conducteurs profitent de la baisse du trafic à certains moments pour effectuer des manœuvres spectaculaires, telles que les dérapages contrôlés "drift", les excès de vitesse ou encore l’émission de bruits assourdissants via des pots d’échappement modifiés.
Des grandes villes comme Casablanca, Marrakech et Tanger connaissent une propagation croissante de ces comportements dangereux, notamment sur certains axes routiers, où des rassemblements de jeunes filment ces démonstrations et les publient sur les réseaux sociaux à la recherche de "likes" et de vues.
Les services de sécurité intensifient leurs opérations pour repérer ces comportements, en s’appuyant parfois sur les caméras de surveillance et les vidéos circulant sur Internet afin d’identifier les personnes impliquées et les traduire en justice.
Une propagation inquiétante de pratiques dangereuses
Ilyass Salib, président de l’Observatoire national de la sécurité routière, a affirmé que la conduite acrobatique connaît une expansion préoccupante et se pratique dans différents quartiers et rues, y compris sur les grands boulevards.
Dans une déclaration à SNRTnews, il a précisé que ces comportements se manifestent par des manœuvres dangereuses, telles que l’usage brusque des freins pour provoquer un dérapage, connu sous le nom de "burn-out", ainsi que la conduite de motos sur une seule roue.
Il a également souligné que la modification des pots d’échappement pour produire des bruits dérangeants figure parmi les pratiques les plus nuisibles, affectant la tranquillité des habitants, notamment les personnes âgées, les malades et les enfants.
Selon lui, la propagation de ce phénomène est liée à plusieurs facteurs, dont la recherche de visibilité, l’influence des réseaux sociaux et le manque de sensibilisation aux dangers de la conduite risquée.
Il a insisté sur le fait que ces pratiques mettent en danger la vie du conducteur lui-même ainsi que celle des autres usagers de la route, pouvant entraîner des accidents graves, voire mortels, ou provoquer des handicaps permanents.
Dispositif juridique : est-il suffisant ?
La loi actuelle sanctionne les excès de vitesse dépassant 50 km/h ainsi que la circulation en sens inverse, mais elle ne criminalise pas explicitement la "conduite acrobatique" en tant qu’infraction autonome, comme l’a expliqué l’avocat au barreau de Casablanca, Yassine Assila.
Dans une déclaration à SNRTnews, il a indiqué soutenir une proposition soumise à la Chambre des représentants visant à "qualifier la conduite acrobatique de délit et à l’ajouter aux infractions prévues à l’article 175 du Code de la route", estimant que cette initiative constitue "un pas dans la bonne direction".
Il a ajouté que les sanctions actuelles, consistant en des amendes allant de 4.000 à 8.000 dirhams et la suspension du permis, ne suffisent plus à dissuader les contrevenants. Il a plaidé pour "des sanctions plus sévères proportionnelles à la gravité des faits, la mise en fourrière immédiate des véhicules utilisés pour ces démonstrations et de véritables poursuites pénales, et non de simples contraventions".
Programmes de sensibilisation
L’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) œuvre pour sa part à lutter contre le phénomène de la conduite dangereuse à travers des programmes de communication et de sensibilisation principalement destinés aux jeunes, dans le cadre d’une approche globale combinant actions de terrain et communication numérique.
L’agence a précisé qu’elle met en œuvre un plan de communication reposant sur la diffusion de spots télévisés et radiophoniques en partenariat avec les chaînes publiques et privées, afin de mettre en lumière les dangers de la conduite téméraire et les conséquences juridiques qui en découlent.
Selon les informations fournies à SNRTnews, la NARSA exploite également les plateformes numériques et les réseaux sociaux pour diffuser des messages de sensibilisation dans un langage proche des jeunes, à travers des formats créatifs adaptés à leurs centres d’intérêt.
Dans ce cadre, l’agence a lancé une campagne numérique interactive intitulée "Safe Moto", visant à sensibiliser les conducteurs de motos aux dangers des démonstrations sur la voie publique et à souligner l’importance du port du casque et du respect des règles de sécurité.
Par ailleurs, des campagnes de terrain sont organisées en partenariat avec des acteurs de la société civile, comprenant des ateliers d’éducation à la sécurité routière et des présentations directes destinées aux jeunes dans des espaces publics de plusieurs villes, ainsi que la participation à de grands événements et manifestations de jeunesse pour diffuser des messages de prévention contre les démonstrations dangereuses en voiture ou à moto.
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